Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

COMMUNIQUE DE PRESSE

12 Février 2019, 13:37pm

Publié par PCF Villepinte

 

CDG EXPRESS : La ministre des transports piétine la concertation et répond à la contestation par la force !

 

Lundi 11 févier 2019, la Ministre des Transports Elisabeth BORNE a signé le contrat de concession du CDG Express à une société commune SNCF Réseau, Aéroport de Paris et la Caisse de Dépôts et Consignations pour la réalisation de ce projet largement rejeté.

C’est une véritable provocation quand on sait que la concertation engagée sur le CDG Express par le Préfet de Région est toujours en cours ! A l’initiative de notre association, plus de cent élu.es de tous bords politiques, des responsables d’associations d’usagers, des syndicalistes ont signé un appel demandant justement au Préfet de Région d’abandonner le CDG Express et d’exiger que la priorité soit donnée aux transports du quotidien en grande souffrance.

Stoppons ce projet discriminatoire qui pénalisera les usagers et les habitants de la Seine Saint-Denis, de la Seine et Marne, du Val d’Oise, de l’Oise, de l’Aisne… ainsi que ceux résidant au sud de la ligne du RER B, mais aussi par ricochet ceux du RER D et des lignes transiliens au départ de la gare de l’Est !

Vendredi 9 février 2019, notre association s’est adressée aux usagers en distribuant plus de 20 000 tracts dans une douzaine de gares, rencontrant beaucoup d’inquiétudes et de colères avec ce projet ségrégatif. Le même jour, une douzaine d’associations participaient à une conférence de presse. Samedi dernier, une nouvelle initiative s’est tenue à Mitry rassemblant citoyen.es, usagers et élu.es. Toutes et tous appellent à amplifier la mobilisation sur toutes ses formes. Du carton rouge dans les gares au brassard jaune « urgence RER B » tout en appelant à participer tous les matins à des rassemblements à Mitry pour empêcher le démarrage en force des travaux !

Ce matin, non content de piétiner la concertation, de tourner le dos aux usagers du quotidien, le gouvernement a envoyé les forces de police sur les manifestants à Mitry-Mory. Décidemment, passage en force et répression semblent être la marque de fabrique de ce gouvernement !

Nous en appelons à la mobilisation générale pour mettre en échec ce projet ségrégatif, dispendieux et inutile et faire prévaloir d’autres solutions dans l’intérêt des usagers des transports du quotidien. Rassemblons-nous dès le mercredi 13 février 2019, à 6H30 à Mitry-Mory (rond-point à l’angle RD 84 et RD 309 – par RER Station Villeparisis-Mitry-le-Neuf et remonter la rue Jean-Baptiste Clément).

Sans attendre nous appelons les usagers, les citoyens à interpeller la Ministre des Transports Madame Elisabeth BORNE :

secretariat.ministretransports@transports.gouv.fr

et le Préfet de Région Monsieur Michel CADOT :

pref-secretariat-particulier-prefet@paris.gouv.fr

 

Paris le 12 février 2019

Voir les commentaires

Pour l’interdiction des lanceurs de balles de défense

12 Février 2019, 08:45am

Publié par PCF Villepinte

Publié le 11/02/2019 par PCF

Les LBD (lanceurs de balles de défense) marquent un usage excessif et dramatique de la force publique, estime le groupe CRCE du Sénat qui a déposé, le 22 janvier dernier, une proposition de loi visant leur interdiction.

https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/pcf/pages/9764/attachments/original/1549901088/visuel-lbd.jpg?1549901088

Le texte établit un état des lieux dramatique : « Depuis l’acte I des gilets jaunes (le 17 novembre 2018) le bilan ne cesse de s’alourdir. Deux mille blessés chez les manifestants, environ un millier parmi les forces de l’ordre, selon le ministère de l’Intérieur. Pour plusieurs observateurs, spécialistes du maintien de l’ordre, on dénombrerait, au 17 janvier, une centaine de blessés graves, parmi lesquels 71 liés à des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD), pour nombre d’entre eux irréversibles. Le volume de tirs d’armes dites « intermédiaires » « à létalité réduite » ou encore « sublétales » a atteint un niveau historique ces dernières semaines. »

Pourtant le gouvernement persiste à nier l’évidence.  Sur le papier, l’usage du lanceur de balles de défense est très encadré. Pourquoi les dérives actuelles ? Le texte pointe plusieurs explications.

Il y a lieu de s’interroger sur la doctrine d’emploi des forces de l’ordre dévoyée depuis les années Sarkozy. C’est toute la doctrine traditionnelle d’évitement entre la police et les manifestants qui est remise en cause. Par ailleurs, le caractère dit « non létal » minimise l’usage de ces armes dites « intermédiaires » auxquelles certains policiers ont recours de manière « décomplexée » voire en toute impunité.En outre, il apparaît notable que la formation des forces de l’ordre en matière d’usage des armes, et en particulier des lanceurs de balles de défense, est défaillant.

Seulement, aujourd’hui, le contexte législatif semble peu enclin à ce type de réflexions. L’heure est à la surenchère répressive, au renforcement du tout sécuritaire au détriment des libertés publiques.

« Il est temps de faire machine arrière et d’adopter une logique inverse afin de garantir et de réaffirmer le droit de manifester comme l’expression la plus pure du peuple de s’exprimer démocratiquement. »

La proposition de loi vise donc à interdire l’usage des lanceurs de balles de défense.

« Bien entendu, il ne s’agit en aucun cas de remettre en cause l’emploi de la force publique légitime qui doit rester un outil de sauvegarde de la sécurité publique, dans le cadre du respect de la Constitution, du droit et des lois. Mais il s’agit avant tout de garantir l’effectivité d’un droit fondamental et constitutionnel, celui de manifester. »

Le texte montre que d’autres doctrines d’emploi des forces de l’ordre existent, notamment en Europe, pour pacifier le maintien de l’ordre. Un travail d’ampleur doit être engagé pour mettre en oeuvre des stratégies de désescalade efficaces et celui-ci doit commencer par une étude sérieuse, complète, détaillée et documentée des avantages et des inconvénients de chaque type de doctrine.

Le texte propose donc « trois mesures simples » :

« L’article 1er vise à interdire immédiatement l’usage des lanceurs de balles de défense dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre et en particulier lorsqu’un attroupement nécessite sa dispersion par les forces de l’ordre qui peuvent faire usage directement de la force si des violences ou voies de fait sont exercées contre eux ou s’ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu’ils occupent..

L’article 2 vise à permettre une plus grande transparence des données relatives à l’usage des armes par les policiers, au regard des derniers événements liés au mouvement des gilets jaunes. Car si les cas recensés n’étaient pas relayés sur les réseaux sociaux par quelques spécialistes de la question du maintien de l’ordre, nous n’aurions aucunes données. Or, le manque de transparence du pouvoir sur ces sujets nuit à notre démocratie.

L’article 3, enfin, est porteur de solutions pour le long terme. Il s’agit de demander au Gouvernement de remettre au Parlement un rapport détaillé et documenté sur les stratégies de désescalade et de pacification à mettre en œuvre dans le cadre du maintien de l’ordre, notamment en s’appuyant sur les modèles européens.

 

 

 

Voir les commentaires

La confiance selon Blanquer : concurrence et autoritarisme

12 Février 2019, 08:38am

Publié par PCF Villepinte

 

PCF.

L'Assemblée nationale examine, depuis le 11 février 2019, le projet de loi "pour une école de la confiance" porté par le ministre de l'Education nationale.

https://d3n8a8pro7vhmx.cloudfront.net/pcf/pages/9763/attachments/original/1549896033/visuel_blanquer.jpg?1549896033

Jean-Michel Blanquer a donc décidé de restreindre la liberté d’expression des enseignant-e-s mais il leur fait "confiance" pour faire fonctionner l’école avec toujours moins de moyens. Il répond aux jeunes mobilisés à coups de flashball mais il leur fait "confiance" pour construire eux-même leur propre parcours. Comme ça, s’ils ne sont pas sélectionnés par Parcoursup, s’ils restent à la porte de l’université, ils seront les seuls responsables ! Et pour ne pas entamer sa propre confiance en lui-même, Blanquer supprime l’organisme chargé d’évaluer les politiques éducatives et le remplace par un conseil à sa botte.

 

Blanquer est bien le ministre d’un gouvernement des riches, pour les riches. Sa confiance, il la donne surtout à l’enseignement privé. L’obligation d’instruction dès l’âge de trois ans, qui était déjà quasiment effective, contraindra les communes à financer les écoles maternelles privées. Cet argent aurait pu servir à accueillir tous les enfants dans de meilleures conditions. Au lieu de ça, ce sera toujours plus de ségrégation sociale, toujours plus tôt !

La création d’"établissements publics des savoirs fondamentaux" regroupant les classes de la petite section de maternelle jusqu’à la fin du collège pose une nouvelle brique dans la construction d’une école à plusieurs vitesses. Pour la majorité, l’école du socle sera limitée aux fondamentaux, quand celles et ceux qui en ont les moyens bénéficieront de contenus plus ambitieux et de la possibilité d’entrer à l’université.

 

Nous ne faisons pas confiance à la sélection et au tri social pour assurer l’avenir de nos enfants et de notre société. Le PCF sera de toutes les mobilisations contre cette loi, dans les établissements, dans la rue, au parlement. Il y portera ses propositions pour une école de l’égalité et de l’émancipation. Il est urgent de reconstruire et d’imposer des politiques éducatives de progrès, au service de toutes et tous !

 

Voir les commentaires

Après le vote du Sénat, le gouvernement doit retirer le projet de privatisation d’ADP

11 Février 2019, 10:06am

Publié par PCF Villepinte

Aéroports de Paris -

Par Le groupe Communiste, Republicain, Citoyen et

Ecologiste  / 6 février 2019

Après plusieurs heures de débat, une très large majorité du Sénat a rejeté la privatisation d’Aéroports de Paris (Adp) prévue par le projet de loi croissance et transformation des entreprises (loi Pacte). C’est la première fois depuis 1986 qu’une majorité parlementaire se dégage contre une privatisation.

Les sénatrices et sénateurs du groupe Communiste, Républicain Citoyen et Écologiste ont dénoncé vivement, à cette occasion, le non-sens de cette privatisation. Porte de la France sur le monde, ADP est une entreprise publique hautement stratégique en termes de souveraineté et de sécurité nationale. Par ailleurs, ce monopole naturel permet à l’Etat de recevoir près de 200 millions d’euros de dividendes par an !

Les aéroports parisiens sont stratégiques pour le développement économique du pays et pour l’intérêt général. Ils sont un élément déterminant pour la création de richesses et d’emplois en France, pour un aménagement du territoire équilibré.

Le scandale de la privatisation des autoroutes, de la privatisation de l’aéroport de Toulouse ainsi que les difficultés du pouvoir face à la mobilisation citoyenne actuelle ont eu raison des réticences des parlementaires de la majorité sénatoriale.

L’État actionnaire doit rester présent dans les secteurs stratégiques où la souveraineté est indispensable, c’est le message que les parlementaires du groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste ont porté lors de ce débat.

Alors que s’engage dans le pays le grand débat national, le gouvernement et l’Assemblée nationale doivent maintenant tenir compte du rejet massif du Sénat. Il serait inconcevable qu’ils ne prennent pas en considération le vote majoritaire de la haute assemblée.

Ces privatisations doivent être définitivement écartées.

 

Voir les commentaires

LE PROCÈS BAUPIN, DE LA PAROLE LIBÉRÉE À LA PAROLE ENTENDUE

11 Février 2019, 07:42am

Publié par PCF Villepinte

Lundi, 11 Février, 2019

L'Humanité Marie Barbier

La procédure intentée par l’ancien élu écologiste s’est retournée contre lui. La force de la parole des femmes a tout emporté sur son passage. Leurs avocats ont réclamé un «jugement exemplaire» à la hauteur de ce «procès historique». Récit.

Il est presque 20 heures, ce vendredi soir, à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. L’heure est aux plaidoiries de la défense. Les avocats des accusatrices de Denis Baupin et des journalistes poursuivis pour diffamation se succèdent à la barre. Claire Moléon est la première à prononcer le mot que tous ceux qui assistent à ce procès sentent confusément depuis quelques jours: «C’est un procès historique! Votre décision est très attendue et vitale pour toutes ces femmes, poursuit l’avocate de l’ancienne députée Isabelle Attard.

En tant que femme, jeune, je comprends parfaitement ce qu’ont pu ressentir Isabelle, Elen, Sandrine et les autres. Je sais ce que c’est de devoir modifier son trajet, renoncer à ses ambitions. Ce procès est plus que d’intérêt général.» Et de conclure, la voix tremblante, avec la plaidoirie de Gisèle Halimi en novembre 1972 dans un autre procès historique pour les droits des femmes, celui de Bobigny qui ouvrit la voix à la légalisation de l’avortement: «Nous, les femmes, nous, la moitié de l’humanité, nous sommes mises en marche. Je crois que nous n’accepterons plus que se perpétue cette oppression.»

Pour la procureure, «une impérieuse lutte contre le silence»

Le procès en diffamation intenté par Denis Baupin à ses accusatrices et aux médias qui révélèrent leurs propos fera sans doute date dans l’histoire du droit des femmes. Le procès de Bobigny fut celui du droit à l’avortement; celui de Denis Baupin sera celui d’un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles. Pas celui de la parole libérée, mais sans doute de la parole entendue. «Nous avons toujours parlé, a rappelé l’adjointe au maire du Mans, Elen Debost, dans ses derniers mots devant le tribunal. Ce qu’ont fait ces journalistes, c’est le développement de l’écoute. Il faut écouter les femmes.»

Dès l’ouverture des débats, cette audience s’annonçait déjà hors du commun parce que remplie de paradoxes. Le premier d’entre eux, ce sont ces femmes qui se serrent sur le banc des prévenus, le «banc de l’infamie» devenu, au fil des témoignages, celui de la fierté et du courage. Pour elles, la justice ne passera jamais. Au terme d’une enquête préliminaire, leurs plaintes pour agressions et harcèlements sexuels ont été classées sans suite. Les faits étaient «susceptibles d’être qualifiés pénalement», mais prescrits, selon le parquet. Absent à l’audience, Denis Baupin s’est imposé au fil des débats comme la figure centrale de ce procès devenu le sien.

Une justice toute de travers, remise à l’endroit par la procureure dans un réquisitoire incisif. La représentante du ministère public a requis la relaxe: «Chacune des personnes prévenues a sincèrement rapporté son vécu subjectif, on ne peut pas leur faire grief de mauvaise foi.» Jugé «sérieux», le travail des journalistes ne mérite pas non plus condamnation, selon Florence Gilbert : «La prescription ne jette pas un tombeau sur les faits décrits. S’interroger sur les faits reprochés à M. Baupin est bien un sujet d’intérêt général.» Sa conclusion est cinglante: «La seule qualité de ce procès aura été de mettre en exergue une impérieuse lutte contre le silence.»

«Je n’ai jamais assisté à un procès de presse comme celui-là, avec tant d’émotion, a déclaré Edwy Plenel à la barre. On s’est parfois cru aux assises.» Ému, le cofondateur de Mediapart a clos le procès par ces mots adressés au tribunal : «Ce qu’on vous demande, c’est une décision judiciaire qui aille au-delà du cas de la presse, qui fasse le même événement que le procès de Bobigny. Parce que les femmes, elles nous libèrent tous.» Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 19 avril. Si, comme l’ont réclamé les avocats de la défense, il condamnait Denis Baupin pour procédure abusive, son jugement serait une jurisprudence essentielle pour les droits des femmes à dénoncer les violences qu’elles subissent.

«Le procès en diffamation est une arme couramment utilisée par les agresseurs pour faire taire leurs victimes, explique Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme! Ce procès est celui de ceux qui ont essayé de bâillonner les femmes. Leur condamnation pour “procédure abusive” encouragerait les femmes à parler, à porter plainte, ce serait une première étape pour remettre la justice à l’endroit.» Pour Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes, ce procès est le «tout début» d’une «nouvelle ère» : «Acculée par le rapport de forces, la justice commence à comprendre les violences sexuelles, mais c’est un processus qui prend énormément de temps, les résistances sont fortes.» «Une condamnation de Denis Baupin serait une première, un signal fort contre ces ‘‘procédures bâillons’’, détaille Martine Billard, ex-élue des Verts, aujourd’hui à la France insoumise. On pourra s’appuyer sur cette jurisprudence pour libérer la parole dans les cercles militants.»

Tout au long de ce procès, la défense de Denis Baupin, l’avocat Emmanuel Pierrat – lui-même ancien militant écologiste –, s’est illustrée par son déni de ces violences. Sa plaidoirie de près de trois heures n’a pas échappé à cette règle. «La réalité, je suis désolé, c’est le libertinage», a maintenu l’avocat, qui parle de «drague lourde». «Il n’y a rien: c’est lourdingue mais pas répréhensible par la loi pénale. Si on devait qualifier pénalement tout ce qui nous est désagréable, ce serait un enfer.»

Mais cet aveuglement est apparu comme les résidus d’un vieux monde face à la force de la parole des femmes. «Ce procès qu’on n’a pas choisi nous permet de dire haut et fort, sans honte, ce que nous avons vécu, pour que ça sorte enfin!» a lancé fièrement Isabelle Attard à la barre. «Maintenant que c’est dit, les filles après nous, non seulement elles auront des responsabilités politiques, mais en plus, elles sauront qu’elles ne sont pas obligées de subir ça!» a dit, en pleurs, l’ex-ministre Cécile Duflot, elle-même victime de Denis Baupin (lire son entretien page 6).

«Il faut que votre décision dise : n’ayez plus peur, parlez !»

Apogée de ces débats, les plaidoiries des avocats de la défense, vendredi soir, ont été à la hauteur de l’enjeu. «Certes, c’est désagréable d’être sur le banc, Mesdames, mais vous aurez un magnifique jugement, qui va vous relaxer et dira que vous avez bien fait de parler», commence le vice-bâtonnier Basile Ader, avocat de France Inter. «Il est temps d’ouvrir les fenêtres, de chasser les fantômes de cette phallocratie institutionnelle», réclame pour sa part Romuald Sayagh. Elen Thoumine se tourne vers le banc de la partie civile : «Je dis honte sur vous, Denis Baupin, honte sur vous! Cette procédure est évidemment abusive, c’est une procédure bâillon pour fermer la porte qu’elles ont essayé d’ouvrir.» Jean-Yves Moyart: «Il faut que votre décision dise : n’ayez plus peur, parlez !»

«Il y a des oreilles qui saignent quand on vient vous dire que mettre la main sur les seins, c’est de la drague pataude!» tonne pour sa part Yann Le Bras. Pour Antoine Comte, «un vers de Victor Hugo résume ce procès: “Quand tout est petit, femmes vous restez grandes”, parce que tout est petit de l’autre côté de la barre»… Enfin, Emmanuel Tordjman: «Monsieur le président, Madame, Monsieur, je vous demande solennellement que ces femmes n’aient plus jamais peur de dénoncer les comportements des hommes qui commettent des infractions pénales. L’eau coule, le fleuve coule, et on vient vous dire qu’il faudrait taire cette parole? Au contraire, il faut la rassurer, l’aider. On ne badine pas avec l’expression des femmes, on la touche avec précaution. Monsieur le président, Madame, Monsieur, je vous demande un magnifique jugement sur la vérité!» Et Laurence Mermet de conclure ce procès par ces mots: «Je souhaiterais que justice soit fête.» 

 

 

Voir les commentaires

« Je voulais soigner nos vieux, en fait je dorlotais l'actionnaire »

10 Février 2019, 09:05am

Publié par PCF Villepinte

 

Nadège Dubessay

L’Humanité Jeudi, 7 Février, 2019

Mathilde Basset était infirmière en Ehpad, Anne-Sophie Pelletier est auxiliaire de vie. Toutes deux, « dégoûtées, attristées », racontent et alertent sur le sort que la société réserve aux aînés et à ceux qui prennent soin d’eux.

Elle parle de Juan les yeux embués de chagrin, encore aujourd’hui. Lorsque Anne-Sophie Pelletier fait sa connaissance, elle a quitté son poste confortable de direction d’établissements hôteliers et recommencé sa vie professionnelle pour devenir aide à domicile chez les personnes âgées. Elle devait intervenir chez Juan une heure, chaque matin. Aider au lever, préparation du petit déjeuner et ménage. La fiche de poste n’en disait pas plus. Le vieil homme vivait dans un taudis. Très vite, il lui demanda de partager avec lui son café et ses tartines et lui raconta sa vie, moitié en espagnol, moitié en français. Il avait fui la dictature de Franco. Il avait été mécanicien et travaillé dur toute sa vie. Une fois partie, elle l’imaginait seul toute la journée, dans son gros fauteuil, devant la télévision. Son état se dégradait de jour en jour. Il était grand temps de réclamer un certificat d’aggravation d’état de santé afin de financer un lit médicalisé. « J’ai dû attendre trois semaines. Juan est mort quelques jours avant. Il était mon urgence, un être humain en souffrance. Aux yeux de l’administration, un simple numéro de dossier. » Elle a de la colère dans la voix. La faute à l’État, dit-elle. Qui ne sait pas, ne veut pas mettre les moyens humains nécessaires. Et qui, au final, a abandonné Juan. Anne-Sophie Pelletier raconte cette histoire, et bien d’autres, dans un livre empli d’engagements, de colère et surtout d’humanité, « Ehpad, une honte française », sorti le 28 janvier aux éditions Plon.

La décision s’impose comme une évidence un soir, durant le dîner, après la mort de sa grand-mère tant chérie: à 43 ans, Anne-Sophie Pelletier décide de changer radicalement de métier pour se consacrer aux aînés, à domicile puis en Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). « Je me suis lancée dans le grand bain, sans aucune formation, sans jamais avoir vu une personne âgée nue. » Son tout premier contrat la mènera chez Georgette, 94 ans. Elle reste à son chevet en attendant l’infirmière pour la toilette. « Elle n’enleva même pas son manteau, dit à peine bonjour, remplit la bassine et débuta la toilette. Elle déshabilla Georgette, à vrai dire sans grande délicatesse. Elle commença par lui laver le torse; Georgette était seins nus. J’étais gênée. Son regard dans le mien, je n’osais imaginer ce qu’elle vivait. Sa pudeur était sacrifiée sur l’autel de l’efficacité, du temps à ne pas perdre », écrit Anne-Sophie Pelletier. Rentrée chez elle, elle pleure, longtemps. Elle avait compris ce matin-là que « la société refusait de prendre ses anciens en compte, elle préférait les cacher ».

Non-assistance à personne en danger

Aide à domicile puis auxiliaire de vie pour une association en Camargue, et à l’Ehpad des Opalines à Foucherans (Jura), elle prend très vite conscience de ce manque d’humanité dans la prise en charge des aînés. « Non seulement l’État ne remplit pas son devoir, mais il y a aussi non-assistance à personne en danger. Il laisse le champ libre aux associations d’aide à domicile, qui se frottent les mains devant ce juteux marché qui leur tend les bras. » Elle raconte comment Fantine a dû quitter sa chambre du jour au lendemain: la direction de l’Ehpad privé à but lucratif lui avait fait croire à un concours de tricot, sinon, elle ne serait jamais partie. Les soignants n’avaient pas été informés de cette décision. Tout avait été organisé en petit comité. « Si vous n’avez plus les moyens de payer, on vous vire, on vous place là où c’est moins cher. Ici, pas de trêve hivernale pour les expulsions! » Anne-Sophie Pelletier tempête. « Après cette mascarade, je n’oublierai jamais que je travaille pour des actionnaires, pas pour des philanthropes. » Dans les maisons de retraite, elle est confrontée à une course permanente contre la montre. Les soignants enchaînent les chambres sans respecter le rythme des personnes. Au suivant! Les douches? Pas toujours le temps. Elle dénonce les « 3F »: « Figure, fesses, fauteuil. » Trois lettres qui symbolisent ce que les soignants sont contraints de faire. « Sans le vouloir, nous sommes acteurs de la régression des aînés. »

La jeune infirmière en Ehpad, Mathilde Basset, témoigne dans son livre « J’ai rendu mon uniforme », sorti le 23 janvier aux Éditions du Rocher, des mêmes cadences, insoutenables, dangereuses souvent. « Lorsqu’on est seule pour quatre-vingt-dix-neuf résidents, on a à peine cinq minutes à consacrer par personne. On en devient délétère. Quand on doit surveiller une femme qui est en train de faire un œdème aigu du poumon et qu’en même temps on distribue les médicaments sans regarder la prescription car il faut gagner du temps, on peut faire des bêtises… » Dans son ouvrage, elle raconte les difficultés d’une profession à bout de forces, des équipes en sous-effectif chronique dont la formation ne correspond pas à la réalité de leur quotidien, entre distribution de pilules et soins à la chaîne, avec le sentiment, tenace, de bâcler le travail et de totalement négliger la relation humaine.

La 400e fortune de france

Fraîchement sortie de sa formation, Mathilde Basset se voit peu à peu devenir « stressée, stressante et maltraitante ». Elle fulmine. « Expliquer qu’il faut soigner toujours plus de personnes avec de moins en moins de moyens, cela se nomme des injonctions contradictoires. C’est juste pas possible! » Elle porte le douloureux souvenir de ces résidents, réveillés dès 7 heures le matin parce qu’il y en a dix-sept autres à voir derrière. « On adapte le résident à l’organisation des soins alors qu’il faudrait faire le contraire! De quel droit décide-t-on de bafouer les habitudes et la dignité des personnes sous prétexte qu’elles se retrouvent en collectivité? » Elle se voit encore s’enfermer dans les toilettes d’un couloir et pleurer à chaudes larmes « pour essayer de supporter un peu la pression », avant de reprendre le service les yeux rougis.

Mathilde Basset et Anne-Sophie Pelletier passeront par les mêmes chemins: l’épuisement, le sentiment d’impuissance, les larmes – beaucoup de larmes –, la colère et l’engagement. Le 27 décembre 2017, Mathilde Basset rentre chez elle plus démoralisée que jamais. La boule au ventre, elle décide de quitter son service et elle lance sur Facebook un cri de colère, une bouteille à la mer. Elle dénonce le manque de moyens, décrit l’épuisement des soignants, la souffrance des personnes âgées dans ce qui est devenu une véritable usine. « Je me suis aperçue que je n’étais pas seule. Très vite, 20000 personnes avaient partagé ma lettre. » Elle écrit alors à la ministre de la Santé, comme un exutoire, sans espoir d’un quelconque retour. « J’ai peur, Madame la ministre. Votre politique gestionnaire ne convient pas à la logique soignante. Ce fossé que vous avez créé, que vous continuez de creuser, promet des heures bien sombres au “système de santé”. Venez voir, rien qu’une fois. Moi, je rends mon uniforme, dégoûtée, attristée. » Une lettre qui restera sans réponse. Mais qui aura un écho retentissant.

Anne-Sophie Pelletier choisira, elle, de mener le combat par la grève. « Les burn-out se multipliaient dans l’équipe, les pleurs, les boules au ventre en arrivant au travail – notre quotidien. Il était temps de faire entendre nos voix, nous ne pouvions décemment plus être ces soignants qui souffraient », écrit-elle. Une réunion de crise est mise en place. Viennent sur la table les salaires des aides-soignantes diplômées, en moyenne à 1250 euros pour onze heures de travail par jour. Le manque d’effectifs criant… « Nous n’avons pas les moyens de prendre des intérimaires! » assène la direction de l’Ehpad des Opalines. « Pas les moyens? Nos actionnaires sont la quatre centième fortune de France et vous n’avez pas les moyens? » rétorque le personnel. « La précarité féminine est très présente dans ces métiers, rappelle Anne-Sophie Pelletier. Il y a cette conscience collective qui dit que, comme les femmes savent s’occuper des enfants – c’est dans leurs gènes –, elles peuvent donc très bien aussi s’occuper des personnes âgées. Eh bien non! Si nous ne sommes pas formées, on s’accidente, on se tue. Le métier de soignant compte plus d’accidents du travail que ceux du bâtiment. »

Seniors: une richesse, pas un coût

Aux Opalines, le mot est lâché. La grève est décidée. Cent dix-sept jours où l’auxiliaire de vie va « manger, dormir, vivre grève ». Elle adhère à la CGT, devient la porte-parole emblématique du conflit social. La presse s’empare de l’affaire. « L’Humanité » d’abord, puis « le Monde », puis toute la presse nationale. « Je crois que le thème que l’on défendait – la prise en charge de nos aînés – a touché tout le monde. » Le deuxième livre d’Anne-Sophie Pelletier portera uniquement sur cette lutte. « Ce sera un message d’espoir, pour dire que, oui, l’exemple des Opalines prouve qu’il est possible de l’emporter, même dans un village. Ce combat, nous l’avons commencé à 12 et, au final, nous étions des milliers. » Grâce à la solidarité citoyenne et au soutien des syndicats, aucun des grévistes n’aura perdu un centime de salaire. Depuis, les conditions de travail et de vie dans les Ehpad sont connues de tous.

Pourtant, la victoire a un goût amer. Car, finalement, « rien n’a changé », écrit-elle. « Sur le terrain, les soignants sont en souffrance, les familles cadenassées dans leur parole, et l’État dans une logique illogique avec recours à des groupes privés, dont beaucoup n’ont comme mot d’ordre que la rentabilité. » Mathilde Basset l’affirme: la priorité absolue passe par l’augmentation des effectifs. Aujourd’hui infirmière en psychiatrie, elle a rendu son uniforme en Ehpad par souci d’honnêteté professionnelle. « Je ne voulais pas cautionner ce fonctionnement, qu’un tel travail soit admis. » Anne-Sophie Pelletier, elle, a choisi d’entrer en politique: elle est candidate aux élections européennes sur la liste de la France insoumise. Elle compte porter haut et fort l’idée que la vieillesse doit être considérée comme une richesse, une transmission des valeurs et non comme un handicap. « Aujourd’hui, l’Union européenne prône dans ses traités l’ouverture à la concurrence de nos services publics, on le voit avec La Poste, la SNCF… Des sujets de société régaliens ne doivent pas entrer dans le champ de la privatisation. La vieillesse en fait partie. » En modifiant les lois, en s’engageant en politique, sa résistance commence.

Nadège Dubessay

 

« Ehpad, une honte française », d’Anne-Sophie Pelletier. Éditions Plon, 280 pages, 17,90 euros.

« J’ai rendu mon uniforme », de Mathilde Basset. Éditions du Rocher, 250 pages 14,90 euros.

Voir les commentaires

Françoise Vergès : « Le féminisme doit retrouver son tranchant antiraciste, anticapitaliste »

9 Février 2019, 08:00am

Publié par PCF Villepinte

 

Vendredi, 8 Février, 2019

L'Humanité Rosa Moussaoui

Entretien. Dans son dernier ouvrage, Un féminisme décolonial (la Fabrique), la politologue Françoise Vergès, militante antiraciste et féministe, déploie à partir des luttes des femmes du Sud global une critique radicale du «capitalisme racial».

Vous mettez en perspective, dans ce livre, les luttes de celles que vous appelez les femmes « racisées », en soulignant leur contribution à la définition d’une politique globale de libération. Que gagnent les mouvements d’émancipation à reprendre à leur compte cette catégorie de « race » forgée par le capitalisme naissant pour légitimer la traite et l’esclavage ? Pourrait-on imaginer une autre désignation que celle de « racisées », qui fixe le stigmate et relègue l’appartenance de classe à l’arrière-plan?

Françoise Vergès Je suis proche, ici, de la thèse du capitalisme racial. Le capitalisme, dès le départ, porte en lui des processus de racisation. Dès sa genèse, ce système entreprend de trier les êtres humains, de raciser des groupes. Pour le théoricien africain-américain Cedric Robinson, les premiers groupes racisés furent les juifs d’Europe. Il existait donc des processus de racisation antérieurs à l’esclavage. Mais avec la traite et l’esclavage colonial, ces processus de racisation se sont consolidés, en même temps qu’ils ont revêtu une dimension globale. Ces processus de racisation se renouvellent perpétuellement. En France, aujourd’hui, les Roms en sont l’objet. Qui seront les prochains, je l’ignore, mais il y en aura. Ils sont à l’œuvre jusque dans les départements d’outre-mer: à l’île de La Réunion, avec les Malgaches ou les Comoriens ; dans les Antilles, avec les Haïtiens ou les Dominicains. Ces groupes sont prolétarisés et racisés dans le même mouvement; les formes de domination, ici, se recoupent, se conjuguent. Sur le marché du travail capitaliste, ce sont les travailleurs et les travailleuses subalternes, ceux qui occupent le bas de l’échelle, qui sont, de fait, racisés. Cette racisation peut d’ailleurs tout à fait toucher des Blancs. Prenons l’exemple des Irlandais. Ils furent historiquement racialisés par les Anglais. Aux États-Unis, dans l’immigration, ils se sont encore confrontés au racisme: à New York, certains cafés affichaient sur des pancartes à leur entrée: «Pas de chiens, pas d’Irlandais». Ceux qui vont devenir «blancs» le seront en adoptant le racisme anti-Noirs.

Ces processus, qui ne tiennent strictement ni à des couleurs, ni à des identités, permettent au système capitaliste de diviser ceux qui subissent l’exploitation. Être racisé, c’est être rejeté au ban de l’humanité, de la citoyenneté. La fabrique de la précarisation, de la prolétarisation, s’adosse à cette racisation comme aux discriminations et inégalités liées au genre. Ce sont de constantes productions impliquant à la fois l’État, le capitalisme et le patriarcat.

Le «féminisme décolonial», dont vous définissez le périmètre en termes de camp politique, de luttes et d’options idéologiques, s’inscrit dans une rupture radicale avec ce que vous désignez comme le « féminisme civilisationnel ». En quoi la tradition féministe serait-elle aujourd’hui récupérable par la droite néolibérale, voire l’extrême droite, comme vous le suggérez?

Françoise Vergès Il y a encore quinze ans, se dire féministe était sulfureux. Cela faisait de vous une lesbienne, une hystérique, une femme hostile aux hommes, ce genre de bêtises. Aujourd’hui, une militante d’extrême droite peut tranquillement se revendiquer du féminisme. Ce glissement s’inscrit, je crois, dans un grand mouvement idéologique global. Très tôt, en France, en Europe et en Occident, une réaction à l’anticolonialisme a pris corps. Portée par des personnalités associées à la gauche, cette réaction s’est ensuite patiemment diffusée. Dans ce mouvement, les peuples émancipés de la tutelle coloniale ont été affublés de toutes les tares : ils avaient renvoyé les femmes à la maison tout en les voilant, s’étaient tournés vers la religion, opprimaient les gays… Il fallait présenter la décolonisation comme un échec, un recul de civilisation.

Objectif : déconsidérer ce grand mouvement de libération qui avait profondément transformé le monde dans la seconde partie du XXe siècle. Certes, nous dit-on, l’Occident, dans sa générosité, a bien accepté cet élan de libération, mais le résultat est là: la décolonisation est synonyme de régression des droits des femmes et des libertés individuelles, les démocraties européennes sont seules capables d’œuvrer à la libération des femmes. Des féministes du Nord se sont prêtées au jeu en approuvant ce genre de discours. Or ces interprétations gomment les luttes et la contribution politique des féministes du Sud, qui ont très tôt pris part au combat de la décolonisation, mues par une puissante aspiration à la justice sociale, à l’émancipation collective et pas seulement par le désir de conquérir des droits abstraits, individuels. Dès les années 1930, des féministes comme Claudia Jones, Noire caribéenne, membre du Parti communiste américain, ont identifié et combattu la triple oppression fondée sur la race, la classe, le genre. Il fallait recouvrir ces figures, ces mouvements d’émancipation, il en allait du maintien de la supériorité de l’Europe, de l’Occident.

Il fallait effacer la débâcle des Américains au Vietnam, la défaite des Français en Algérie, puis, avec l’offensive néolibérale, enterrer l’espoir, porté par la Tricontinentale, d’un troisième monde rendu possible par les alliances entre mouvements révolutionnaires du Nord et du Sud. En Europe, dans les années 1980, l’anticolonialisme ne fut pas la seule cible ce ces attaques idéologiques. Dans le même mouvement, la Commune était jetée aux orties, la Révolution française réduite à la guillotine, la révolution d’Octobre assimilée au goulag. C’est dans ce contexte que des féministes françaises, pas toutes, sont devenues parties prenantes de ce que j’appelle le féminisme civilisationnel, solide allié du néolibéralisme et de l’impérialisme.

Les luttes féministes, dites-vous, exigent de se confronter dans un même mouvement à l’État, au capital, au patriarcat. Vous défendez aussi une approche «multidimensionnelle». De quoi s’agit-il?

Françoise Vergès En travaillant sur l’esclavage, je me suis rendu compte que l’insistance sur les chaînes, la brutalité et la cruauté de ce système en appauvrissait la compréhension. Une telle approche fait l’impasse, par exemple, sur la destruction des écosystèmes et des paysages induite par l’économie de plantation. Celle-ci ne transforme pas seulement la production, elle produit du genre, de la norme, du conformisme. Elle transforme les goûts des Européens, qui se mettent à aimer le sucre, le café, le cacao, le tabac. Avec l’assignation de chaque colonie à une monoculture bien définie (l’arachide au Sénégal, le riz en Indochine), une nouvelle organisation du monde prend forme. L’approche multidimensionnelle prend en considération ces échelles locale, régionale et globale en même temps qu’elle permet de tirer, à partir d’une situation, d’un fait, d’un individu, les fils de toutes les oppressions.

 Prenons le cas d’une femme de ménage à la gare du Nord, à Paris. Sa condition pose les questions de la migration, des papiers, des transports, du logement, du genre, de l’invisibilisation des travailleurs et travailleuses du nettoyage. Poser simplement la question de sa sous-rémunération serait ici réducteur, même si la question du salaire est bien sûr cruciale. L’approche multidimensionnelle refuse la séparation entre les enjeux, prend en considération le caractère global du capitalisme, permet d’analyser les imbrications entre logiques capitalistes et logiques d’État. C’est essentiel, au moment où l’alliance entre régimes autoritaires et néolibéralisme vise les femmes, les queers, les autochtones, tous les groupes qu’il faut remettre au pas. Depuis quelques années, les luttes des femmes du Sud global retrouvent une visibilité et posent des questions politiques dépassant la seule défense des droits des femmes. En Amérique latine, le puissant mouvement contre le féminicide converge avec les luttes des peuples autochtones pour le droit à la terre.

En Inde, les femmes se lèvent contre le viol comme politique de dépossession et de discipline, et pas simplement comme abus de la domination masculine. On pourrait citer encore, en Europe, la place prise par des figures féminines dans le combat contre les violences policières, ou encore les grèves des femmes de chambre dans les hôtels de luxe. J’y vois l’expression d’un féminisme qui embrasse la cause entière de l’émancipation. Ces luttes mettent en cause dans un même mouvement l’ordre colonial, capitaliste, patriarcal. C’est la raison pour laquelle elles déchaînent des réactions féroces: je pense à l’assassinat de la militante brésilienne Marielle Franco.

Comment se manifeste le «racisme institutionnel» que vous dénoncez?

Françoise Vergès La France n’a jamais véritablement procédé à une décolonisation de ses institutions. De même que des fonctionnaires vichystes sont restés dans les rouages de l’État, des colonialistes responsables de massacres à Madagascar, au Cameroun, en Algérie y sont demeurés. Il s’agissait pour l’État de recourir au savoir-faire des colonialistes dans la gestion des groupes et des communautés qu’il racialisait. Cela ne tient pas seulement à des individus. La structure même, l’organisation de l’État en France, est empreinte d’héritages coloniaux. Toutes les institutions de l’État – police, armée, justice, école, université – reproduisent des structures hiérarchiques «blanches» au sens idéologique du terme et non au sens de la couleur de la peau.

Si ce racisme institutionnel est à ce point ancré, comment expliquer la capacité de l’État, du capital, à digérer, à l’ère du néolibéralisme, les politiques de la diversité, de la tolérance et même les politiques «décoloniales» dont vous vous réclamez?

Françoise Vergès Cette capacité de récupération est surtout celle du capitalisme. Elle est moins manifeste, s’agissant de l’État. Ce phénomène d’absorption, la vitesse qui le caractérise doivent nous interpeller. Les besoins, les aspirations sont immédiatement repérés, analysés, transformés en applications, mis au service d’une pulsion de consommation qui exclut toute réflexion. Pour y résister, il faut reconstruire, patiemment, des formes d’autonomie. Le terme «féminisme» lui aussi a été galvaudé dans ce mouvement de récupération. La dirigeante d’une multinationale qui exploite ses salariés et se prête à l’évasion fiscale peut parfaitement, aujourd’hui, s’en revendiquer. Il est donc indispensable de redonner au féminisme son tranchant, ses dimensions antiraciste, anticapitaliste, anti-impérialiste. Ce n’est pas une posture, un engagement inoffensif et consensuel.

Face à la violence que le système est capable de déchaîner pour assurer sa préservation, vous affirmez que la lutte doit être joyeuse, inventive, capable de puiser dans des imaginaires non occidentaux. Qu’entendez-vous par là?

Françoise Vergès Militer, c’est vivre des moments de confrontation difficiles. Mais c’est aussi se lier d’amitié, tisser des liens affectifs, éprouver un sentiment de loyauté vis-à-vis de ses camarades, ressentir vis-à-vis d’elles et eux une solidarité immédiate. Si le capitalisme divise, individualise, pousse au repli, alors nous devons rendre cette dimension sensible à l’expérience militante. La sortie de l’isolement est déjà en soi un enjeu de la lutte. Je donne l’exemple du marronnage, une forme de résistance consistant à fuir pour échapper à la plantation. Je vois dans les communautés autochtones autonomes ou dans les zones à défendre (ZAD) des formes contemporaines de marronnage. Ces expériences politiques offrent la possibilité de se retirer pour bâtir, dans la pratique quotidienne, des alternatives concrètes, sans attendre que s’élaborent de grandes stratégies de changement.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

Bibliographie

Un féminisme décolonial, la Fabrique éditions, 2019. Le Ventre des femmes : capitalisme, racialisation, féminisme, Albin Michel, 2017. L’Homme prédateur, ce que nous enseigne l’esclavage sur notre temps, Albin Michel, 2011. Nègre je suis, nègre je resterai. Entretiens avec Aimé Césaire, Albin Michel, 2007. La Mémoire enchaînée. Questions sur l’esclavage, Albin Michel, 2006. Abolir l’esclavage : une utopie coloniale. Les ambiguïtés d’une politique humanitaire, Albin Michel, 2001.

 

Voir les commentaires

Rejet de la fusion Alstom/Siemens :

9 Février 2019, 07:47am

Publié par PCF Villepinte

 

Construisons une véritable coopération ferroviaire en Europe (Fabien Roussel)

Comme prévu, l’Union européenne a rejeté la fusion entre Alstom et Siemens. La Commission a interdit cette concentration parce que les deux parties « n’étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence relevés », a souligné la commissaire Margrethe Vestager.

Cette décision ne doit surprendre personne. Dès l’annonce de ce projet, le 26 septembre 2017, j’avais pris l’initiative de demander une commission d’enquête à l’Assemblée nationale. Depuis, les salariés des deux entreprises, et leurs syndicats, n’ont cessé d’alerter sur les dangers d’une telle absorption/fusion, au profit de Siemens Mobility, promis à diriger le futur ensemble. Dans leur sillage, les autorités de concurrence britannique, néerlandaise, belge, espagnole et allemande avaient elles aussi contesté ce rapprochement, au nom « d’une perte globale de concurrence ».

D’autres risques étaient parfaitement identifiés : la mise en place de restructurations entre les deux groupes se serait en effet traduite, à terme, par des ventes d’activités et la suppression de 4 à 7000 emplois, selon les projections syndicales.
L’entêtement du gouvernement français, tout comme les certitudes affichées par les responsables des deux groupes, n’ont donc pas troublé le bon sens.

L’arbitrage de la commission européenne ouvre aujourd’hui une nouvelle voie pour bâtir un autre projet. Pour répondre aux besoins des habitants de l’Union européenne et face à la concurrence internationale, la réponse passe par la coopération la plus large, associant les États et les industriels, au sein d’un Groupement d’intérêt économique (GIE). Cela passe aussi par la mise en place d’un European Buy Act pour protéger notre marché et assurer la localisation des productions.

C’est de cette manière, et non par des rapprochements purement capitalistiques, que l’on pourra impulser un grand plan de développement du fret ferroviaire à l’échelle de l’Union européenne pour relever le défi écologique. La Banque centrale européenne jouerait pleinement son rôle en finançant à taux zéro une telle démarche industrielle.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

 

Voir les commentaires

"Le Grand Débat doit se faire dans les entreprises"

8 Février 2019, 16:27pm

Publié par PCF Villepinte

Voir les commentaires

Justice. Cécile Duflot : « Je regrette de ne pas avoir parlé plus tôt »

8 Février 2019, 08:16am

Publié par PCF Villepinte

 

Vendredi, 8 Février, 2019

L'Humanité Marie Barbier

Entendue au procès intenté par Denis Baupin contre des médias et ses accusatrices, l’ex-ministre a livré un témoignage accablant. Emmanuelle Cosse, elle, a défendu son compagnon.

Les langues continuent de se délier à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Hier matin, Cécile Duflot, citée comme témoin par les journalistes poursuivis pour diffamation par Denis Baupin, a livré une déposition bouleversante et accablante pour l’ex-député écologiste. La voix brisée, très émue, l’ancienne ministre a raconté qu’elle avait été la dépositaire des confidences de Sandrine Rousseau, également poursuivie, mais aussi qu’elle avait elle-même été agressée par Denis Baupin.

Les faits remontent à 2008. Cécile Duflot est alors secrétaire nationale d’Europe Écologie-les Verts (EELV), elle vient d’accoucher d’une petite fille dont elle se sépare pour la première fois pour se rendre à un congrès mondial des écologistes à Sao Paulo, au Brésil. «Ma fille vient de naître, je suis très fatiguée, se souvient Cécile Duflot. Je l’allaite encore, donc je tire mon lait toutes les quatre heures.» Denis Baupin lui envoie un message pour lui demander son numéro de chambre d’hôtel. «Je ne réfléchis pas, je lui réponds d’une main, le tire-lait dans l’autre. Il se passe moins de deux minutes avant que ça frappe à ma porte.» Elle rabat son tee-shirt pour lui ouvrir. «Avant même qu’il ouvre la bouche, j’ai compris qu’il y avait un problème. Il me regardait bizarrement. Il m’a dit: “Je sais que tu en as envie autant que moi.” Il me caresse, me met sa main sur mon cou et me dit: “Laisse-toi faire.” J’ai eu un bon réflexe, je lui ai donné un coup de pied dans le tibia, je l’ai poussé dehors et j’ai claqué la porte. Le stress a fait couler mon lait, je me sentais tellement vulnérable…» Cécile Duflot appelle alors le père de sa fille. «Ce n’était pas une bonne idée, il s’est fâché.» Elle n’en parlera plus jamais. Denis Baupin est alors son concurrent à la présidence du parti écologiste. «Évidemment, si je disais quelque chose, on me dirait que c’était parce qu’il était candidat contre moi. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit de porter plainte.»

«Les filles sauront qu’elles ne sont pas obligées de subir ça»

Si Cécile Duflot accepte aujourd’hui de raconter son histoire devant un tribunal, c’est pour soutenir son amie Sandrine Rousseau et toutes celles qu’elle n’a pas voulu entendre. «Ça fait longtemps que je fais de la politique, je suis devenue une femme solide, trop solide. J’ai une capacité d’encaisser, c’est une énorme erreur. J’ai manqué de compréhension à l’égard des autres femmes. J’étais capable de dire: “Si t’es choquée parce qu’un mec te demande de le sucer, franchement, ça nous arrive tous les jours.”» Au sujet de Denis Baupin, elle avait, dit-elle, cette formule qu’elle trouvait drôle: «C’est le genre de mec avec qui il est plus facile de coucher que de résister.» Plusieurs fois, Sandrine Rousseau essaye de se livrer à Cécile Duflot, sans que cette dernière ne l’entende. En 2014, lors d’un petit déjeuner entre les deux amies, elle finit par tout lui raconter. «La première chose qu’on a faite, c’est de regarder les délais de prescription. C’était trop tard. Je ne pensais pas qu’elle porterait plainte quand même.»

En 2016, elle refuse d’abord de répondre aux questions des journalistes de France Inter et de Mediapart, puis finit par accepter. «Aujourd’hui, je les remercie, je regrette de ne pas avoir parlé plus tôt. Je n’ai aucun doute sur le fait que les femmes qui ont parlé ont dit la vérité. Maintenant que c’est dit, les filles après nous, non seulement elles auront des responsabilités (dans les partis politiques – NDLR), mais en plus, elles sauront qu’elles ne sont pas obligées de subir ça.» Cécile Duflot, en pleurs, conclut sa déposition par ces mots: «C’est une bonne chose qu’on soit passé à une autre époque.»

«Je pense que mon mari n’est pas un harceleur»

Dans l’après-midi, les témoins cités par Denis Baupin (toujours absent au procès) sont venus lui apporter leur soutien. Sa conjointe, Emmanuelle Cosse, a bravé la meute des cameramen et des photographes devant la salle d’audience pour venir témoigner à la barre. «C’est la première fois que je prends la parole dans cette affaire, a commencé l’élue au conseil régional d’Île-de-France. Quand cette affaire a éclaté, j’étais ministre du Logement, je ne voulais pas répondre à la presse.» Sans surprise, l’ancienne présidente d’Act Up a apporté son soutien à son mari et père de ses enfants, niant tout «conflit de loyauté». «J’étais militante de ce parti et non, il n’était pas raconté partout que Denis Baupin était un harceleur et un agresseur. C’est un homme qui avait la réputation d’un séducteur. Je le savais quand j’ai choisi de faire ma vie avec lui.» Sur les questions du président, elle évoque un «homme qui aimait plus le jeu de la conclusion que le fait de conclure». «Je ne pense pas que mon mari se méprenne sur la question du consentement, conclut-elle. C’est pour ça que je pense que ce n’est pas un harceleur. Si mon mari avait commis des actes répréhensibles, avec mon histoire politique, je l’aurais dit.»

Une avocate de la défense l’interroge: «Ces femmes ont dit ici qu’elles avaient beaucoup d’estime pour vous, peut-être que c’est pour cette raison qu’elles n’ont pas révélé les faits…» «Dans des affaires aussi graves, il n’y a pas d’estime, c’est trop facile», répond, cinglante, Emmanuelle Cosse.

Le procès se termine ce vendredi avec les plaidoiries et le réquisitoire. La décision du tribunal devrait être mise en délibéré.

Marie Barbier

 

 
 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 > >>