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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

PSA: de tous temps un patronat rétrograde

18 Mars 2013, 11:58am

Publié par PCF Villepinte

 2013

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Rassemblement des salariés devant le siège parisien de PSA à l’occasion du CCE du 18 mars
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Communiqué de presse de la CGT PSA Aulnay
15/03/2013

Dans leur 9ème semaine de grève (depuis le 16 janvier), les salariés de PSA Aulnay se mobilisent à l’occasion de la réunion extraordinaire du CCE à Paris (début de la réunion à 13h30).

Le point essentiel de l’ordre du jour de la réunion est l’information/consultation des élus du CCE sur le projet d’accord concernant les mesures d’accompagnement suite à la fermeture de l’usine d’Aulnay et des 1 400 licenciements de Rennes.
 
Ce projet d’accord est très majoritairement rejeté par les salariés de PSA Aulnay, en grève ou non. Des salariés de l’usine ont pris l’initiative de faire circuler une pétition refusant ce projet d’accord et demandant l’ouverture de nouvelles négociations. Cette pétition est en ce moment en train de recueillir des centaines de signatures, bien au-delà des 300 salariés en grève. 
 
Même si la direction a fait quelques concessions à partir du moment où la grève a démarré à Aulnay, il n’en reste pas moins que ce projet d’accord reste très loin du compte et ne garantit absolument pas que les salariés ne se retrouvent pas à Pôle Emploi. C’est pour cette raison essentielle que la grève continue à Aulnay, paralysant encore totalement la production. 
 
En réalité ce projet d’accord est un accord de renoncement et prépare des milliers de licenciements.
 
Les revendications des salariés n’ont pas bougé : Un CDI pour tous et une pré-retraite dès 55 ans.
 
Par un vote au CCE, la direction de PSA espère une nouvelle fois entériner un accord majoritairement rejeté par les salariés. Mais la direction pourra faire voter et revoter autant de fois qu’elle voudra son accord de la honte, elle n’en fera pas pour autant un bon accord accepté par les salariés. 
Pour la CGT, c’est aux salariés et à eux seuls de se prononcer sur leur avenir.
 
Départ de l’usine d’Aulnay à midi pour se rendre en RER
 
Rassemblement à partir de 13h30 devant le siège parisien
 
Jean-Pierre Mercier
DS CGT PSA Aulnay et DS Central adjoint CGT du groupe PSA 

1939

 

 PSA-39.jpg 

 

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UE + FMI+ BCE= DESASTRE SOCIAL

17 Mars 2013, 18:35pm

Publié par PCF Villepinte

  le 17 Mars 2013

 

La troïka fait les poches des citoyens de Chypre

 

 

Le Parlement de Chypre votera demain lundi le plan d’aide européen. En échange de 10 milliards d’euros de prêt, Nicosie doit instaurer une taxe sur les dépôts bancaires. C’est la première conséquence du retour de la droite au pouvoir.

L’Union européenne (UE) instaure un impôt sur le patrimoine… des Chypriotes modestes. Tous les comptes en banque des résidents à Chypre devraient être taxés. À 6,75 % pour les dépôts inférieurs à 100 000 euros. À 9,9 % au-delà. Ces mesures, si elles sont validées lundi 18 mars par le Parlement, pourraient être la conséquence de l’accord trouvé dans la nuit de vendredi à samedi entre les ministres de l’Économie de la zone euro (Eurogroupe), en coordination avec le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne.

Elles sont la contrepartie exigée par les Européens pour que Chypre obtienne 10 milliards d’euros de prêt. Bien moins que les 17 milliards d’euros attendus par Nicosie. Ce prélèvement sur les comptes bancaire devrait rapporter 5,8 milliards d’euros : autant de moins à verser pour les fonds de secours européens.

Par ailleurs, un prélèvement à la source sur les intérêts sera réalisé. Selon le ministre des Finances, Michalis Sarris, les taxes sur le capital et les intérêts des dépôts seraient compensées par la distribution d’actions… Alors que le système bancaire chypriote, vérolé, doit être restructuré.

Car, c’est de ce dernier que vient le problème. Ses avoirs pèsent huit fois le PIB de Chypre. Les banques de l’île possédaient nombre de titres de dette grecque. Or une partie de cette dette a été annulée. Nicosie est victime de cet effacement. La dépréciation des bons du Trésor hellène représente 4,5 milliards d’euros pour les banques chypriotes, aujourd’hui en crise et qui se retournent maintenant vers l’État. S’il laisse une banque faire faillite, celui-ci aura à garantir les dépôts à hauteur de 100 000 euros pour respecter les directives européennes. Cela pousserait le pays à une quasi-faillite. 

« J’ai travaillé des années pour mettre cet argent de côté et maintenant, je le perds parce que les Néerlandais et les Allemands en ont décidé ainsi. Cela ne touche pas les Russes », se plaignait Andy Georgiou, samedi. 37 % des sommes déposées à Chypre le sont par des non-résidents, notamment russes.

« C’est du vol ! » confiait à l’AFP, Kyriakos, un trentenaire, samedi, qui, comme des dizaines d’autres Chypriotes, retirait de l’argent de son compte. Le Parlement doit voter l’accord avant l’ouverture des banques, mardi. Sinon, leurs coffres vont se vider.

Le Parlement devait examiner le texte dès aujourd'hui, mais le débat a été repoussé à demain lundi.

Élu président de la République le 24 février, face au candidat soutenu par les communistes, Stavros Malas (42,52 %), Nicos Anastasiades (57,48 %) n’a pas de majorité au Parlement, renouvelé en 2011. Son Rassemblement démocratique (Disy), centriste, ne dispose que de 20 des 56 sièges à la Vouli. Il aura besoin de l’apport des neuf voix du parti de droite Diko, qui examine encore les détails de l’accord.

Ce racket des épargnants chypriotes est la première conséquence de la perte de la présidence de la République par les communistes d’Akel qui comptent 19 députés dans leurs rangs. Le prédécesseur d’Anastasiades, Dimitris Christofias, qui ne s’était pas représenté, était pudiquement qualifié d’« obstacle politique » par les fonctionnaires européens. Le président communiste refusait un mémorandum à la grecque, qui aurait amené à la privatisations des entreprises publiques.

Gaël De Santis

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CGT

17 Mars 2013, 18:29pm

Publié par PCF Villepinte

 - le 17 Mars 2013

 

 

Table ronde : Le syndicalisme peut-il changer les choses ?

 

 

Le 50e Congrès de la CGT se tient à partir de demain lundi à Toulouse jusqu'au 22 mars. Alors que la confédération est montrée du doigt par les bien-pensants néolibéraux, l'organisation syndicale s'est vue portée à la première place dans les petites entreprises lors des récentes élections professionnelles.

Après la signature, le 11 janvier dernier, de l'accord national interprofessionnel (ANI) sur la sécurisation de l'emploi, très favorable au grand patronat et au Medef, par les organisations syndicales minoritaires, le syndicalisme est interrogé... En pleine crise financière et devant les seules politiques d'austérité, les plans de licenciement, les fermetures de sites de production se multiplient. Les salariés subissent la pression toujours grandissante de la mise en concurrence, de la flexibilité dans l'emploi et de la baisse de leurs rémunérations. Quel rôle pour le syndicalisme dans cette situation de crise ? De quelles propositions, capacités et leviers dispose-t-il pour arracher des avancées dans ce contexte de régression ?

TABLE RONDE AVEC : Gérard Aschieri, syndicaliste, membre du conseil scientifique FSU. Maryse Dumas, syndicaliste, représentante CGT au Conseil économique, social et environnemental. Didier Le RESTE, militant politique et syndical, animateur du Front des luttes. Michel Vakaloulis, philosophe et sociologue, maître de conférences à l'université Paris-VIII.

Selon vous, le mouvement syndical a-t-il suffisamment pris en compte les fortes transformations du travail des dernières années ?

Maryse Dumas. Jamais assez bien sûr, mais en partie malgré tout. Les syndiqués sont des salariés qui amènent naturellement dans le syndicat les préoccupations qui naissent dans le travail. Deux obstacles cependant à une réelle prise en compte : d’abord l’importance du problème de l’emploi, en quantité et en qualité, qui, depuis des années, prend le pas sur toutes les autres préoccupations ?; ensuite, la trop faible implantation syndicale, avec des trous béants dans des secteurs professionnels entiers, notamment dans le privé. Le syndicalisme est présent dans un plus grand nombre d’entreprises mais avec, à chaque implantation, des collectifs syndiqués plus réduits. Cela handicape ses capacités à appréhender les évolutions du travail, notamment pour les non-syndiqués, qui sont les plus nombreux, ne l’oublions pas. De plus, les différentes organisations syndicales n’ont ni les mêmes propositions ni les mêmes pratiques. C’est pourquoi organiser la confrontation entre les salariés et avec les syndiqués sur les problématiques de leur travail est absolument nécessaire. Non seulement il ne faut rien craindre du débat mais il est la condition pour l’implication du plus grand nombre. L’action syndicale y trouvera des forces et des raisons nouvelles de confiance et de dynamique revendicative sur tous les sujets, y compris les salaires et l’emploi.

Gérard Aschieri. Mon expérience est surtout celle des services publics, et je pense qu’il y a des conceptions et des démarches diverses au sein du syndicalisme. Je me garderai donc de toute réponse trop tranchée. Cela dit, il me semble que les transformations du travail sont aujourd’hui une préoccupation de mieux en mieux prise en compte par le mouvement syndical, avec de multiples initiatives pour y réfléchir, former les militants et intervenir sur ces sujets. Il y a sans doute des progrès à faire mais on est en bonne voie. En revanche, je me demande si les modes d’organisation et les structures des syndicats se sont bien adaptés à ce nouveau contexte. C’est peut-être là qu’il y a le plus besoin d’évolution pour avoir des organisations efficaces face au développement de la précarité, à la sous-traitance, au nouveau management, rassembler non seulement les salariés dans les entreprises et les services mais aussi tous ceux qui y passent brièvement ou sont cantonnés à la périphérie, et pouvoir intervenir sur la réalité du travail.

Didier Le Reste. Sous l’impulsion des politiques de droite, la gestion de plus en plus libérale des entreprises, qu’elles soient du public ou du privé, a globalement conduit, ces dernières années, le mouvement syndical à se focaliser plus sur l’emploi que sur le travail, son contenu, son sens et sa finalité. Il y a même eu confusion entre travail, emploi et employabilité. Au nom de l’excellence, de la performance individuelle, de la concurrence exacerbée, de la rentabilité financière, les logiques managériales ont organisé ce que les sociologues appellent la mise en « précarité subjective » des salariés. De fait, il y a de plus en plus de souffrance au travail provoquant des suicides, et l’on a vu, pour la première fois lors des manifestations contre la réforme des retraites en 2010, des banderoles affichant ? : « Métro, boulot, tombeau ! » En règle générale, les salariés aiment leur travail mais ce qu’on leur impose de faire vide celui-ci de son sens. Ce n’est pas le travail en tant que tel qui est source de souffrance mais ce que l’emploi en fait. Le mal travail coûte chaque année quatre points de PIB à notre économie (80 milliards d’euros). Il y a urgence à réinvestir dans la « centralité » du travail, à placer celui-ci au cœur d’une véritable dynamique d’émancipation.

Michel Vakaloulis. La perception syndicale des transformations du travail salarié est sans doute très précoce et s’exprime de manière solennelle dans les rapports introductifs aux congrès confédéraux dès les années 1970. Mais l’analyse des méthodes patronales de « modernisation », qui finissent par faire exploser l’ancienne configuration des rapports de classes, n’imprime pas immédiatement sa marque chez les militants de base. Lorsqu’il s’agit de passer du constat aux actes, la peur de bousculer les situations acquises, aussi bien dans les structures de l’organisation que dans l’entreprise, repousse à plus tard l’expérimentation du renouveau syndical. Acteur du changement social, le syndicalisme est à son tour pris en défaut par la force corrosive du capitalisme libéral. Le mouvement syndical a certainement « bougé » dans les années de crise, mais à quel rythme, à quel prix et dans quelle direction ? Il demeure combatif, mais ses réserves militantes s’amenuisent. Dans les faits, il peine à passer de la « stratégie du bouclier » (déjouer les « mauvais coups ») à un « syndicalisme de conquête ». L’intervention dans le fonctionnement global et les critères de gestion de l’entreprise n’est partagée que par une minorité de syndicalistes. Quant à la composition socioprofessionnelle du militantisme, elle correspond de moins en moins à la diversité du salariat marqué par la tertiarisation et la féminisation de l’emploi, l’arrivée massive des jeunes diplômés, la montée des cadres et des professions intellectuelles. Cette inadéquation fragilise le syndicalisme. Elle se manifeste notamment dans la difficile prise en compte des problèmes posés par ces nouvelles catégories ? : la précarisation, le rapport travail/hors travail, la quête de reconnaissance et la valorisation des compétences individuelles.

Justement, on décrit souvent un rapport des forces très défavorable aux salariés. Dans le contexte de crise et de pression austéritaire, l’action revendicative et le mouvement syndical sont-ils en capacité de résister, et surtout d’arracher des conquêtes sociales ?

Gérard Aschieri. Si l’on regarde ce qui s’est passé ces dernières années, on peut se dire qu’au mieux l’action syndicale a permis de résister de façon partielle, et que, plus le temps passe et plus la crise s’approfondit, plus le syndicalisme en est réduit à se contenter de limiter les reculs. On est bien loin de véritables conquêtes sociales ! Tout se passe comme si la crise qui a montré les impasses du système néolibéral et les catastrophes qu’il génère servait d’argument pour accentuer encore plus cette politique et faire sauter les dernières protections des salariés. Pourtant le syndicalisme, en France et dans le monde, a souvent conservé la confiance des salariés et une incontestable capacité de mobilisation de masse. Mais le problème me semble être qu’il n’est pas encore en capacité de rendre crédibles de véritables alternatives aux politiques néolibérales. C’est sans doute ce qui a manqué en 2010. Pour cela, il me semble indispensable non seulement de mener des luttes mais aussi d’être capable de faire un vrai travail d’éducation populaire, de débat politique de masse au meilleur sens du terme, et de le faire en liaison avec d’autres types de forces, qu’elles soient associatives ou politiques. Autant je crois indispensable de préserver jalousement l’indépendance syndicale, autant je pense que celle-ci ne doit pas signifier ignorer les autres mais implique de travailler avec d’autres dans le respect absolu des spécificités de chacun. Le syndicalisme a la responsabilité de défendre les salariés ? : de ce point de vue, il n’y a pas de petite bataille ou de petits acquis. Il est indispensable d’obtenir et d’acter des résultats même partiels. Mais si le syndicalisme se contente d’agir dans les marges que lui laisse le système néolibéral et s’il ne se bat pas aussi pour transformer le système, il risque d’être enfermé dans ces marges qui ne feront que rétrécir.

Maryse Dumas. Disons qu’ils doivent s’organiser avec l’ambition de gagner. Parler propositions, revendications, avenir est le meilleur moyen d’affronter l’offensive antisociale en donnant corps à des alternatives. La seule opposition, même nécessaire, à des réformes nocives atteint vite des limites si elle ne s’appuie pas sur l’exigence de mesures alternatives. Le grand problème actuel est le sentiment grandissant d’impuissance, celui d’avoir tout essayé, des luttes aux bulletins de vote, sans parvenir à enrayer le rouleau compresseur. Or, la confiance peut être restaurée sur des revendications qui paraissent plus à portée de main, qu’elles se posent au quotidien ou sur les lieux de travail et de vie. D’où l’importance de ne surtout pas délaisser, et même d’investir en termes offensifs et dynamiques, tous les sujets d’actions concrètes et de faire la preuve sur ce terrain-là de l’efficacité de l’action collective et syndicale. Pas pour abandonner les luttes sur des enjeux plus globaux, au contraire, pour leur donner plus de force. Nouveau statut du travail salarié, plein-emploi solidaire, développement humain durable, développement industriel, nouvelles réponses de service public, la CGT avance des propositions ambitieuses et transformatrices. Elles méritent de prendre corps dans une multiplicité de revendications quotidiennes et d’initiatives d’actions et d’unité d’actions. Faute de quoi, le rapport de forces global continuera de se détériorer. À l’occasion du centenaire de la CGT, Jean-Pierre Chabrol disait : « Avec la CGT, la vie aurait pu être meilleure, sans la CGT, elle aurait été pire. » Travaillons à ce que les salariés, demain, puissent ajouter que, grâce à leur intervention et à leur adhésion à la CGT, leur vie a changé.

Michel Vakaloulis. Malgré ses tâches non remplies et sa faible vision stratégique, le syndicalisme est toujours capable de marquer des points. Son rôle n’a pas fondamentalement changé, même si l’étendue de ses missions et ses modes d’intervention sont à repenser. Sa légitimité est de partir des contenus professionnels pour donner des réponses concrètes aux problèmes des travailleurs, en les intégrant dans une dynamique collective. Quels moyens se donner pour réaliser cet objectif ? D’abord, il faut s’appuyer sur l’existant afin de mettre en perspective des solidarités élémentaires de classe. Les aspirations positives des précarisés à une transformation de leur situation représentent un boulevard pour l’action syndicale de sécurisation professionnelle. Ensuite, il faut conquérir une distance réflexive par rapport aux difficultés actuelles. Les salariés attendent des militants non pas des messages prédigérés, mais des éléments d’intelligibilité et d’optimisme permettant de nourrir leur propre opinion et d’améliorer leur condition. Enfin, le militantisme ne se vit plus actuellement comme un « destin » ou une « vocation », mais sur le registre de l’accomplissement de soi et du respect de l’autonomie personnelle. Ce qui oblige à revisiter la question de la démocratie syndicale.

Didier Le Reste. Un rapport de forces ne se décrète pas à coups de slogans ou d’incantations. Il se construit autour d’objectifs revendicatifs portés par une démarche démocratique. Il est d’autant plus efficace qu’il s’appuie sur l’unité des syndicats. Malheureusement, comme on le voit avec l’accord interprofessionnel dit à tort de « sécurisation de l’emploi », porteur de lourdes régressions sociales, le pôle syndical réformiste qui a signé avec le Medef passe de plus en plus du compromis à la compromission. Cela divise et affaiblit la capacité du monde du travail à se défendre et à peser favorablement sur les stratégies patronales et gouvernementales. Cela dit, en France, inversement au faible taux de syndicalisation, demeurent de fortes potentialités de mobilisation, comme on le voit en ce moment avec les nombreuses luttes sociales qu?il convient de saluer et de soutenir. Le syndicalisme tire pour une part sa légitimité dans le mouvement social mais, aussi indispensables soient les luttes du monde du travail, elles ont leurs limites. Sur les enjeux de société entre autres, elles trouvent leur pleine efficacité lorsqu’elles se conjuguent avec la bataille politique.

Face à la finance et à la place croissante des actionnaires, la question des nationalisations, de la reprise en coopérative ou du droit de veto a ressurgi comme alternative au massacre industriel et à l’hémorragie des suppressions d’emplois. Une articulation avec le politique est-elle à rechercher afin de rendre possible ces nouvelles formes d’« appropriation sociale et démocratique » ?

Michel Vakaloulis. La politique dominante ne marche qu’au rapport de forces. Elle a renoncé à changer le monde, elle ne fait que l’enfoncer dans la crise. Pour reconstruire le projet démocratique qui est en panne, il faut s’attaquer aux dispositifs de dépossession qui cloisonnent la vie politique et déroutent la participation des citoyens. En revanche, l’idée directrice du mouvement syndical est la possibilité de changer le cours des choses en faisant de la question sociale une priorité politique. D’où la rencontre inévitable avec le politique?: le syndicalisme a un intérêt vital à la réhabilitation de l’action publique. Or, on ne saurait bâtir l’indépendance syndicale sur les ruines de la crédibilité partisane. Ni mettre en perspective la démarche syndicale dans un paysage politique marqué par la dépression des projets alternatifs.

Maryse Dumas. Ces propositions ne valent pas seulement pour des entreprises en difficulté. Il faut créer les conditions d’un nouveau type de développement, respectueux des femmes et des hommes qui travaillent ainsi que des préoccupations environnementales, et se donner les moyens de contester au libéralisme sa domination. Une part du discrédit politique s’explique par la suprématie du pouvoir économique et financier sur le pouvoir politique. Rendre aux citoyens les moyens d’une force d’intervention dans l’économie pour conduire de grands projets industriels, sociaux et de recherche et innovation fera progresser l’intérêt pour la vie démocratique. C’est en ces termes que je pense l’articulation avec « le politique ». Tout appelle à une force syndicale indépendante du pouvoir et des partis politiques, à la fois constructive et critique, et surtout capable de mobiliser au-delà des choix partisans. Tous les engagements politiques sont présents dans la CGT, même si c’est à des degrés divers, et la plus grande partie des syndiqués n’adhèrent à aucun. Restreindre l’action de la CGT à une alliance avec le Front de gauche, cela pourrait peut-être faire plaisir à certains, en fonction de leurs propres sympathies, mais ce serait désastreux pour le rapport de forces global et la capacité de la CGT à unir et à rassembler pour des alternatives réelles et durables. L’offensive médiatique visant à accréditer l’idée d’une CGT réduite à une colonne vertébrale Front de gauche me paraît très parlante à cet égard !

Gérard Aschieri. Bien sûr, il est important de se battre pour ces pouvoirs nouveaux et pour des gestions plus démocratiques où les salariés puissent intervenir sur les choix stratégiques et pas seulement sur leurs conséquences. D’ailleurs, cela vaut aussi pour les services publics où se pose la question de modes de gestion permettant l’intervention aussi bien des agents que des usagers. Ce sont autant de conditions non seulement pour lutter contre les délocalisations et le chômage mais pour agir sur le contenu même du travail. Et c’est bien sûr la responsabilité du législateur de le permettre. Les organisations syndicales ont donc à travailler avec les politiques pour élaborer ces dispositifs : comme je l’ai déjà dit, la condition est simplement le respect de la spécificité de chacun et le refus de l’instrumentalisation (du syndicalisme par le politique mais aussi l’inverse). Mais je pense que ce travail peut porter plus largement sur des sujets d’une autre ampleur.

Didier Le Reste. Avec un taux de chômage dépassant les 10?%, un montant de dividendes versés aux actionnaires supérieur à celui de l’investissement productif, il y a urgence à étendre les droits et à doter les salariés et leurs représentants de réels pouvoirs aux fins d’intervenir sur les choix de gestion et de peser sur la stratégie des entreprises. Face au pillage d’activités stratégiques portant l’enjeu de la souveraineté du pays, on reparle à juste titre de nationalisations. Il convient de concevoir celles-ci dans une nouvelle approche, celle de « l’appropriation sociale » allant au-delà du seul aspect de la propriété publique. C’est là un élément déterminant dans la maîtrise économique et la transformation de la société. Cela suppose bien une interaction entre le mouvement syndical et le courant politique de transformation.

Cela exige-t-il de nouveaux dispositifs législatifs ? Et lesquels en priorité ?

Gérard Aschieri. Je pense qu’il y a plusieurs urgences : la première me semble être de permettre l’intervention des organisations syndicales en amont des choix stratégiques des entreprises. Il faut également mettre au plus vite en œuvre les nouvelles règles de représentativité, et les faire valoir non seulement en matière de négociations et d’accords mais aussi de gestion de notre protection sociale. L’on peut aussi évoquer une nouvelle législation sur les Scop qui facilite la reprise d’entreprises par les salariés.

Michel Vakaloulis. Il est important de conquérir de nouveaux droits, notamment sur le front de la lutte contre les précarisations, encore faut-il réinvestir et étendre les droits existants. Par exemple, les potentialités d’intervention sur la marche de l’entreprise sont insuffisamment explorées et exploitées par les élus dans les instances représentatives du personnel. À quelques exceptions audacieuses près, la jonction avec le militantisme de proximité n’opère guère. Mais cette jonction est plus que nécessaire pour l’emporter sur les difficultés du présent et retrouver un élan conquérant.

Didier Le Reste. À l’instar de la loi sur l’amnistie sociale, saluons le travail réalisé ces derniers temps par les parlementaires du Front de gauche, le mouvement syndical et des juristes, débouchant sur une proposition de loi visant à interdire les licenciements boursiers et les suppressions d’emplois abusives. L’idée est d’aller plus loin pour traduire dans la loi l’obtention d’un droit de veto suspensif attribué aux comités d’entreprise et aux délégués du personnel, un droit de préemption pour les salariés en cas de cession de leur entreprise.

Entretiens croisés réalisés par Pierre Chaillan

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Hommage

17 Mars 2013, 08:00am

Publié par PCF Villepinte

Société - le 14 Mars 2013

  Mots clés : cgt, Robert Castel, alain supiot, henri hatzfeld,

 

Robert Castel : "je pense que l’individu est un sujet social", dernière rencontre avec le penseur de la "question sociale"

 

 

Le sociologue vient de nous quitter à l’âge de soixante-dix-neuf ans. Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, l’auteur des Métamorphoses de la question sociale a marqué la sociologie. Il avait relu le 6 mars les épreuves de cet entretien réalisé fin février. 

Le parcours intellectuel de Robert Castel reste intimement lié à ses origines sociales. Au croisement de la sociologie, de la philosophie et de la psychanalyse, il a toujours tenu compte dans ses travaux de recherche des plus défavorisés et de ceux qui travaillent. Né le 27 mars 1933 à Saint-Pierre-Quilbignon, aujourd’hui quartier de la ville de Brest, fils d’un employé des Ponts et Chaussées, imprégné de la culture républicaine et laïque, Robert Castel est issu de ce monde du travail où les difficultés de subsistance sont bien réelles. C’est d’ailleurs très jeune qu’il doit affronter l’épreuve de la perte très précoce de ses parents. Enfant issu de milieu modeste, il passe tout « naturellement » un CAP d’ajusteur mécanicien. Mais un événement ou plutôt une rencontre va changer le cours de ce déterminisme social. Grand lecteur, il est remarqué par un professeur de mathématiques, ancien déporté communiste, qui l’incite à poursuivre ses études. Ce moment capital dans sa vie, il nous l’a raconté avec émotion lors de l’entretien qu’il nous accordait il y a quelques jours encore (voir ci-contre) et qu’il avait confié dans un de ses derniers ouvrages Changements et pensées du changement, échanges avec Robert Castel, codirigé avec Claude Martin (2012, La Découverte). Boursier, il passe l’agrégation de philosophie en 1959 et se lance dans une thèse sous la direction de Raymond Aron à la Sorbonne. C’est dans ces années-là qu’il rencontre Pierre Bourdieu, avec qui il commence à travailler, abandonnant la philosophie pour la sociologie. Après mai 1968, il enseigne à l’université de Vincennes, qui deviendra Paris-VIII. Dans les années 1970 et au début des années 1980, il s’intéresse à la psychanalyse et à la psychiatrie, ainsi qu’au traitement et à la prise en charge des malades mentaux, en établissant une sociologie critique se rapprochant de Michel Foucault, dont il reprendra la démarche généalogique. Sur ce sujet, il publiera plusieurs ouvrages et de nombreux articles. Il sera à l’origine de la constitution du Groupe d’analyse du social et de la sociabilité (Grass).

Mais ce sont surtout ses travaux sur le salariat qui font de lui le penseur de la question sociale et du monde du travail. Dans les années 1980 et 1990, il s’intéresse aux transformations de l’emploi, l’intervention et les politiques sociales. En 1990, il devient directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess). Aboutissement de plusieurs années de travail, la sortie de son monumental ouvrage les Métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat (1995, Fayard) a un impact tel qu’il est devenu presque immédiatement un « classique » de la sociologie contemporaine.

Il analyse la façon dont la « société salariale » s’est constituée à partir d’une « propriété sociale », puis son effritement à partir de la crise des années 1970. Il étudie les conséquences sur l’intégration sociale et le statut de l’individu contemporain, pointant des menaces, avec l’apparition de « l’insécurité sociale » générée par la précarité et le chômage de masse. Il dirige le Centre d’étude des mouvements sociaux (Ehess-CNRS) jusqu’en 1999. Poursuivant sa démarche d’analyse sociologique, ses œuvres les plus récentes, l’Insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ? (Seuil, 2003) et la Montée des incertitudes (Seuil, 2009), constatent la montée croissante des incertitudes et des risques dans les sociétés contemporaines, conséquence du passage à un « nouveau régime du capitalisme ».

Robert Castel est décédé mardi 12 mars à Vincennes. Quelle émotion et tristesse à l’annonce de sa disparition… Fin février, nous l’avions rencontré pour un échange humain fort. Il nous laisse ses travaux et ses nombreux écrits en héritage.

Dans vos travaux, vous décrivez une « grande transformation » comme passage du capitalisme industriel au capitalisme financier. Est-elle achevée ?

Robert Castel. Il est toujours aventureux de prévoir l’avenir. Les sociologues ne sont pas des prophètes. Ils essaient de comprendre les changements et, peut-être, d’extrapoler le sens dans lequel ils vont. Dire « ce sera comme ça » me paraît dangereux. Ce n’est pas un hasard si j’ai intitulé mon avant-dernier ouvrage la Montée des incertitudes. C’était une façon de qualifier la grande transformation en cours depuis une trentaine d’années. Auparavant, il était très répandu de penser que demain serait meilleur. Seule une minorité de gens a maintenant cette espèce d’optimisme. Les sondages d’opinion montrent que beaucoup de Français ont une vision plutôt pessimiste. Pour autant, les choses sont incertaines, et en un sens heureusement : on ne peut pas affirmer avec certitude que « tout fout le camp ». Le pire de l’avenir n’est pas certain.

Avec le capitalisme industriel, 
un compromis s’est établi dans 
les rapports sociaux : ce que vous avez appelé la «société salariale» basée sur la «propriété sociale» ?

Robert Castel. Dans les années 1960, un équilibre relatif a été atteint. Ce n’était pas quelque chose de merveilleux. Beaucoup de baratin a été fait sur les « Trente Glorieuses ». Il persistait de grandes inégalités. Il y avait des injustices pas très reluisantes et des épisodes peu glorieux comme les guerres coloniales. Néanmoins, un certain équilibre a pu être trouvé entre, pour aller très vite, les intérêts du marché et ceux du travail. Ce n’était pas idyllique mais cela a assez bien fonctionné. Cette période qui a succédé à la Seconde Guerre mondiale a permis le développement du droit du travail, de la protection sociale et de l’économie. À partir des années 1970, on a commencé à parler d’une crise, d’abord considérée comme provisoire dans l’attente de la reprise…

Aujourd’hui, ce sont moins 
de protections sociales, de droits sociaux, de santé, de sécurité. 
Où est passé le compromis ?

Robert Castel. Il faut avoir une certaine méfiance vis-à-vis d’un discours hyper-catastrophiste. Le capitalisme industriel avait commencé à s’instaurer d’une manière sauvage au regard de la situation des prolétaires du début du XIXe siècle. Le compromis établi est toujours en vigueur. Nous sommes dans une dégradation de la situation. La question est de savoir jusqu’où cette dégradation ira-t-elle ?

Prenant les exemples de la Révolution française et de Mai 68, vous préférez parler de « métamorphose » ?

Robert Castel. Les dynamiques de changement sont extrêmement complexes. L’histoire ne progresse pas de façon unilatérale en permanence. La sociologie, ce n’est pas les mathématiques. Les mots ont leur importance et sont bien définis. Une métamorphose est une conciliation, un accrochage, une synthèse entre le « même » et « l’autre ». Ce n’est pas nécessairement parfait, ni extrêmement précis, mais c’est au moment où il y a du « même » et du « différent ». L’histoire, ce qui advient, est quelque chose qui fait date, qui fait rupture. Cela amène de l’innovation par rapport à une situation antérieure. On invente mais on n’invente pas tout. On ne repart pas de zéro. Au contraire, on reprend.

Cette idée de «métamorphose» justifie une posture de «critique sociale» ou de «sociologie critique». En quoi la société est-elle critiquable ?

Robert Castel. On ne peut avoir qu’un point de vue critique. J’ai évoqué le prolétariat du XIXe siècle lorsque le fer de lance de la production mourait d’alcoolisme à trente-cinq ans. On n’en est plus là. Les formes actuelles contenues dans la précarité appellent à repenser les processus de dissociations sociales. Ils ne sont pas identiques à ceux qui prévalaient, il y a deux siècles, mais ils semblent avoir la même fonction de délitement des solidarités et de toutes les formes qui font société.

Vous parlez même de désaffiliation ?

Robert Castel. La désaffiliation est la forme limite de ce processus. J’ai utilisé ce terme pour éviter un abus de l’usage du mot exclusion à propos de situations complètement hétérogènes. Dire d’un sans-abri, d’un jeune de banlieue ou encore d’un cadre au chômage qu’ils sont des exclus, cela ne veut plus rien dire à part qu’ils seraient dehors, dans le « hors-social ». Il faut plutôt comprendre les processus qui y mènent. Avant d’en arriver là, on est vulnérable. Ces situations doivent être analysées : elles mènent à la limite d’être déconnecté des rapports de travail, des échanges et des réseaux de sociabilité familiaux, de voisinage, de territoire…

Cette critique n’appelle-t-elle pas 
une transformation sociale ? 
Le changement a été majoritairement souhaité par les Français. Quelles réformes progressistes faudrait-il engager pour sortir de ces incertitudes ?

Robert Castel. La crise semble toujours plus profonde. En 2008, on a pu penser que devant une telle gravité les gens allaient prendre conscience qu’il fallait un changement radical. Il n’en est rien. Pour ma part, je pense que l’on peut être réformiste de gauche. Bien sûr, cela reste à prouver et passe par un repositionnement des droits. Ayant beaucoup pratiqué l’histoire sociale, j’ai appris que rattacher des droits forts au travail a sécurisé la condition ouvrière et a constitué une mutation assez fantastique par rapport à celle du prolétaire. Aujourd’hui, on ne peut pas rester aux termes exacts du compromis social des années 1970. Le nouveau régime du capitalisme se traduit par une grande mobilité. Un travailleur ne restera pas accroché à son emploi toute sa vie. Il passera par des alternances travail et non-travail. Il faut une acceptation et une maîtrise de cette mobilité. Surtout, ces transformations ne doivent pas s’accompagner de déclaration d’inemployabilité, ni conduire à jeter les gens ou à les mettre dans des situations lamentables. Cet enjeu de la sécurisation a été formulé par les organisations syndicales. Le juriste du travail Alain Supiot a proposé, lui, de donner un statut au travailleur. Les propositions qui vont dans ce sens pourraient constituer un réformisme de gauche, sauf que son contenu réel demeure problématique. Il existe plus que des nuances entre la position de la CGT et celle de la CFDT. Je n’ai pas une fonction qui me permet de dire qui a tort ou raison. Mais quelles que soient les divergences entre les syndicats de salariés, j’espère que les positions sont moins éloignées entre eux qu’avec le Medef.

Selon vous, la «propriété sociale» 
est constituée d’une addition 
de droits concédés au travail pour compenser la logique de rentabilité imposée par le capital. Mais aujourd’hui, devant la financiarisation, ne faut-il pas concevoir une «appropriation sociale» nouvelle ?

Robert Castel. Oui, cela pourrait être une façon d’entrevoir les choses. La propriété sociale, cela signifie que le travailleur est propriétaire de droits. Il y a également des propriétaires privés. Un certain nombre de droits sont irrécusables comme la santé, la retraite, etc. On pourrait énoncer six ou sept droits qui fondent un socle assurant au travailleur ses ressources de base pour que le travail continue d’être pourvoyeur d’indépendance sociale et économique. Bernard Gazier a mis en avant les « marchés transitionnels » suivant lesquels le travail est de plus en plus établi sous des formes transitionnelles. De son côté, Yves Barel a mis en évidence que le travail demeure la base de notre intégration sociale. Le travail, même s’il est moins consistant, est tout aussi important. Dans ce contexte, il faut des droits à la formation réelle pour chaque salarié. Cela est un élément nécessaire pour sécuriser le monde du travail.

Dans ces «métamorphoses» sociales, quel rôle attribuez-vous 
au syndicalisme ?

Robert Castel. Le rôle du syndicalisme et de la classe ouvrière révolutionnaire a été très important mais loin d’être exclusif. Henri Hatzfeld a fait une bonne analyse des composantes à l’origine des protections sociales dans son livre Du paupérisme à la Sécurité sociale. Il a démontré au travers d’un siècle d’histoire qu’il n’y a aucune unité au sein du mouvement ouvrier, notamment à cause de l’antagonisme réformisme/révolution et qu’il existe une nébuleuse de positions complexes. Une partie du patronat s’est ainsi ralliée un certain temps à des positions réformistes pour mettre en avant la productivité.

Dans l’ouvrage collectif Changements et pensées du changement (1), 
vous avez accepté de dialoguer 
avec une quinzaine de chercheurs. Vous concluez avec un texte admirable dédié à votre professeur de mathématiques. Relier «objectif» et «subjectif», les affects et les déterminations sociales, Freud et Marx, c’est le chantier qui reste ouvert ?

Robert Castel. Je ne sais pas si ce texte est admirable mais il recoupe une conviction profonde que j’ai depuis mes études de philosophie et ensuite dans mes travaux de sociologie. Contrairement aux conceptions libérales selon lesquelles seul l’individu fait des choix et prend des risques, je pense que l’individu est un sujet social. Nous sommes tous traversés par l’histoire. Ce n’est pas seulement un décor. Cela marque très profondément nos choix, nos amours, nos peines. Nous avons une dette vis-à-vis de l’histoire. J’ai raconté cette anecdote… Très jeune, je n’aurais pas dû faire d’études. J’étais en collège technique. Un professeur surnommé « Buchenwald », ancien déporté et probablement résistant communiste, m’a un peu pris en charge en m’incitant à rejoindre le lycée. Grâce à lui et à travers lui, j’ai fait quelque chose que je n’aurais pas fait. Je crois que j’ai mené ma vie en restant fidèle au système de valeurs qu’il portait. C’est aussi cela la transmission, la solidarité entre les êtres humains. C’est l’image que l’on peut se faire de la société complètement différente de celle qui a pour seul but le profit pour le profit. De ce point de vue, les politiques sociales n’ont pas souvent tenu compte des individus. Elles ont d’abord pris en charge collectivement les membres de groupes. Dans la dernière période, notamment avec la crise, un processus se met en place visant à les placer dans le cadre de politiques des individus. Ce sont les discours qui rendent responsables les individus. Ils ont pour conséquence de ne plus accorder des droits inconditionnels en contrepartie. J’aborde cette question dans l’Avenir de la solidarité (2).

En tant que citoyen, vous êtes signataire de l’Appel des appels, est-ce que cela rejoint cette interrogation ?

Robert Castel. Oui. La position de l’Appel des appels met l’accent sur cette implication de l’individu, non pour recevoir des cadeaux qui lui tomberaient du ciel, mais pour s’inscrire dans une logique de droit. Cela renvoie à la référence première de l’Assemblée constituante de 1793 : la patrie a des devoirs envers les citoyens les plus fragiles. Le droit au secours est le noyau de la politique républicaine.

(1) Changements et pensées du changement. Collectif dirigé avec Claude Martin. 
Éditions La Découverte, 362 pages, 27 euros.

(2) L’Avenir de la solidarité. 
Avec Nicolas Duvoux. « La vie des idées », 
PUF, 103 pages, 8,50 euros.

  • Lire aussi :

La radicalité de Bourdieu selon Robert Castel
Robert Castel : « La précarité est devenue un état permanent »

Décès de Robert Castel, l'auteur des "métamorphoses de la question sociale"

Entretien réalisé par Pierre Chaillan

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Pas facile d’être la cinquième roue du carrosse démocratique !

16 Mars 2013, 22:19pm

Publié par PCF Villepinte

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les choix Cinéma de l'Humanité:

16 Mars 2013, 22:14pm

Publié par PCF Villepinte

Humphrey Bogart dans "les Griffes jaunes" de John Huston (1945)

 - le 15 Mars 2013

 

 

Camille Claudel 1915, Le mur invisible, Cloud atlas, 40 ans, mode d'emploi, Tu seras sumo

 

 

Retrouvez, chaque semaine, toute l'actualité cinéma avec les critiques de films de la rédaction.
Cette semaine...

Camille Claudel 1915, de Bruno Dumont
Le mur invisible de Julian Romain Pölsler
Notre monde de Thomas lacoste
Cloud atlas de Lana Wachowski, d'Andy Wachowski et de Tom Tykwer
40 ans, mode d'emploi de judd Apatow
Tu seras sumo de Jill Coulon 

 

  • Camille Claudel 1915, de Bruno Dumont. France. 1 h 37

Par Jean Roy. Camille Claudel, artiste statuaire, est née en 1864. 
Son frère Paul est de quatre ans son cadet. Élève puis maîtresse de Rodin pendant quinze ans, elle le quitte en 1895. En 1913, elle est internée par sa famille pour troubles mentaux. Le film la saisit pendant trois jours, en 1915, alors qu’elle est internée à Montdevergues, dans le Vaucluse. C’est Juliette Binoche (dans un de ses meilleurs rôles) qui incarne le rôle-titre, entourée d’une poignée de professionnels et de davantage d’internés authentiques. Le 
20 février dernier nous l’écrivions, c’était notre film préféré au sein de toute la compétition berlinoise. D’où il est revenu scandaleusement bredouille.
>>> Lire l'entretien avec Bruno Dumont : "Il nous faut reprendre ce que la religion a accaparé"

La bande annonce :

 

  • Le Mur invisible, de Julian Roman Pölsler. Autriche-Allemagne, 1 h 48

Par Jean Roy. Non, ce n’est ni un film sur l’apartheid ni un film sur le plafond de verre dont sont victimes les femmes visant au travail l’ascension sociale. Plus prosaïquement, à moins qu’il ne faille dire plus « fantastiquement », en prenant le terme au sens premier, c’est l’histoire d’une femme qui se trouve séparée des siens plus ou moins fortuitement, alors qu’elle conduit sa voiture vers un chalet isolé qu’elle vise à rejoindre en pleine forêt dans la montagne autrichienne. Personne ne vient à sa recherche et pour cause. (...) Cela évoque le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich, mais au cinéma. >>> Lire la suite

La bande annonce :

  • Notre Monde, de Thomas Lacoste. France, 2012, 1 h 59

Par Lionel Venturini. Il faut dire un mot d’abord du dispositif filmique. Notre monde, de Thomas Lacoste, manifeste foisonnant de propositions concrètes, reprend un dispositif inauguré avec les ciné-entretiens, 47 au total, menés par l’auteur. Il y a une rencontre en place publique, comme un appel au « peuple à venir », qui remplit peu à peu les gradins de la Maison des métallos, qui servit de cadre aux entretiens. Il y a ensuite une lumière jaillissant du noir, un clair-obscur modelé par la patte d’Irina Lubtchansky « pour faire naître de cette nuit le détail et le sujet », comme le dit joliment Thomas Lacoste ; il y a encore de subtils silences. Et puis chacun, dans son domaine de compétences, vient exposer les maux du monde. (...) Rassemblant plus de 35 intervenants dans des champs disciplinaires variés, le film de Thomas Lacoste se veut projet politique, pour encourager à une pensée commune. >>> Lire la suite

La bande annonce

 

Les choix de Vincent Ostria

  • Cloud Atlas, de Lana Wachowski, 
Andy Wachowski et Tom Tykwer. États-Unis, 2012, 2 h 45.

Saga mammouth en six époques tournée par trois 
réalisateurs ; d’un côté, 
les Wachowski, auteurs de Matrix, et, de l’autre, l’Allemand Tom Tykwer, qui compose également la musique. La vraie nouveauté, qui apparente Cloud Atlas à certaines séries télé (Heroes, Lost), c’est l’alternance permanente entre les diverses périodes – ici, elles vont 
du XIXe au XXIVe siècle. Le propos global du film est plus ou moins libertaire et messianique. 
On passe de l’affranchissement d’un esclave sur un bateau en 1849 à diverses séquestrations et évasions, culminant en 2144 avec un Spartacus au féminin (une serveuse asiatique 
de fast-food), qui deviendra 
une icône des siècles plus tard. 
Mais malgré l’audace du montage
alterné et les nombreuses passerelles entre les épisodes, 
le résultat reste inégal, encombré 
par les costumes et les maquillages (des mêmes comédiens principaux à travers les âges). La plus belle partie, 
à notre sens, est l’épisode orwellien de 2144, dû 
aux Wachowski, qui prolonge leurs inventions de Matrix par un saisissant imaginaire dramaturgique et plastique.

  • 40 ans, mode d’emploi, de Judd Apatow. États-Unis, 2012, 2 h 15.

Les aléas 
de la vie d’un couple marié 
avec enfants, au moment 
où leurs finances commencent à battre de l’aile. Le réalisateur redonne vie à des personnages secondaires d’En cloque, 
mode d’emploi, mais ce faisant, si son talent d’observateur cinglant de la trivialité 
de l’american way of life demeure intact, il s’éloigne 
de plus en plus de la comédie (romantique) qu’il avait renouvelée avec brio dans 40 ans, toujours puceau, 
son brillant premier film. 
Reste une chronique sociale 
bien vue mais mal construite. 
Un fouillis braillard qui manque de pleins et de déliés. Un peu 
de stylisation, que diable !

  • Tu seras sumo, de Jill Coulon. France-Japon, 2012, 1 h 23.

L’expérience 
d’un jeune Japonais de dix-huit  ans qui entre dans 
une école de sumo de Tokyo. Récit au jour le jour, commenté par le principal intéressé, d’une vie communautaire et studieuse qui s’avère assez banale. 
Si on a quelques aperçus 
de ce sport étrange qu’est 
le sumo, l’essentiel est surtout consacré aux états d’âme 
d’un ado parmi tant d’autres, rebuté par la discipline sportive.

  • Lire aussi :

Guédiguian ou l’Estaque rivé au cœur.  Un beau livre de Christophe Kantcheff vient de sortir sur le cinéaste né dans ce quartier de Marseille.

Deauville en vigie des horizons cinématographiques d’Asie. Le Festival du film asiatique de Deauville tenait sa quinzième édition.

La chronique cinéma d'Emile Breton : Capellani encore, et un livre

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Unité populaire par Patrick Le Hyaric

16 Mars 2013, 07:37am

Publié par PCF Villepinte

Créer un mouvement général pour inverser l’ordre des choses 1

 

 

 

 

Il y a un an, même si elle était raisonnée et raisonnable, l’espérance d’un changement permettant d’améliorer la vie, était bien réelle. Aujourd’hui, nous sommes dans un moment d’inquiétude, de doute, de scepticisme, de colère aussi, sentiments partagés par une part très importante de l’électorat qui a poussé la gauche au pouvoir. S’ils devaient conduire le mouvement populaire à être tétanisé, rien de bon ne serait à attendre. Seuls, le débat, le rassemblement et  l’action peuvent  bouger les lignes du côté des attentes populaires et de la résolution du cancer du chômage et du pouvoir d’achat. Ce n’est pas leur faire injure que de constater qu’au lieu de résister aux demandes du grand patronat, des marchés financiers, et aux injonctions de la Commission de Bruxelles, la majorité du gouvernement et le Président de la République les écoutent davantage que le monde du travail et de la création. Ainsi, ils envisagent une nouvelle ponction de six milliards d’euros sur les crédits publics utiles. Cette réduction importante s’ajoute à celles déjà prévues dans le cadre du budget triennal 2013-2015, adopté pour être en conformité avec les règles imposées par le dernier traité européen, celui-là même que le Président de la République s’était empressé de faire voter, au mépris de son engagement de réorientation de l’Europe. Cette austérité budgétaire aggravée, combinée à la compression des revenus des familles, va pousser celles et ceux qui n’ont que leur travail pour vivre vers de nouveaux sacrifices et entraîner l’économie dans la dépression. C’est ce qui se passe dans toute l’Europe et la droite pousse pour aller encore plus loin. Sa pitoyable campagne contre la suppression de la journée de carence pour maladie dans les secteurs publics, ne sert en l’occurrence qu’à camoufler la baisse du pouvoir d’achat des salaires des fonctionnaires ainsi que leur nombre, au nom d’une prétendue compétitivité.

Ceci deviendra d’ailleurs la loi pour tous si les parlementaires transposaient en l’état les conclusions des négociations du 11 janvier sur la flexibilité de l’emploi. Qu’il s’agisse des retraites, de la protection sociale, des allocations chômage et familiales, des crédits pour la formation professionnelles et de ceux alloués aux collectivités locales, de la TVA ou encore du coût des carburants, le débat public, tel qu’il se déroule ne donne à entendre que des hypothèses de régression. Ainsi nos concitoyens seraient ligotés entre le pire et le toujours… pire ! Toujours moins pour soit disant aller mieux demain ! Qui peut encore croire cette fable qui partout où elle a été contée n’a provoqué que le pire ? Elle n’a pas pour fonction la sortie de la crise mais bien de préparer ses victimes à son acceptation. C’est la mise en œuvre du « pacte euro-plus Merkel-Sarkozy » que j’avais baptisé « Pacte des rapaces ». C’est le programme des puissances d’argent.  Au lieu de le mettre en œuvre, le pouvoir socialiste devrait s’appuyer sur le mouvement social et populaire pour le mettre en échec. Il ne le fait malheureusement pas, plaçant le pays et notre peuple sous le pilotage automatique des régressives injonctions européennes. Ce qui se joue, c’est la tentative d’une recherche de « compromis historique » entre le capital et le travail, comme si les intérêts des puissances industrielles et financières étaient les mêmes que ceux des travailleuses et de travailleurs qu’ils dominent, exploitent et aliènent jusqu’à la précarisation, la privation de travail et plus de paupérisation! Ce mouvement à rebours de toutes les traditions sociales et démocratiques de notre pays, a été affublé du qualificatif de « révolution copernicienne » par quelques ministres, au début de l’automne. L’espoir et l’avenir ne se trouvant  pas dans la reproduction du passé, le besoin d’invention d’un processus démocratique post-capitaliste devient désormais la question des questions. Ne nous le cachons pas ! La tâche est rude alors que la vie quotidienne de millions de nos concitoyens  devient de plus en plus dure, insupportable pour beaucoup et que leur confiance dans la politique s’est beaucoup dégradée. Pourtant, le salut ne peut venir que d’un mouvement général pour inverser l’ordre des choses. Et c’est possible !

Quelques gazettes ont informé ces derniers jours, que le monde en « crise » comptait 210 milliardaires de plus, portant leur nombre à 1426, disposant d’une richesse total de 26 000 milliards d’euros. Pendant ce temps, le nombre de pauvres et d’affamés augmente. Voici qui donne une indication sur la cause de ce que l’on appelle la crise. Une infime minorité, la classe des capitalistes vit et s’engraisse en pillant le reste de la société et la nature.

Sortir de la crise, implique de s’attaquer avec courage à cette réalité « de classe » en répartissant les richesses produites, autrement,  dans le cadre d’un processus de transition écologique de l’appareil productif et consommées sous d’autres modes. Autant de questions au cœur des enjeux de l’époque, qui appellent des réponses nouvelles par rapport à celles du passé et à celles du présent dominées par l’idéologie du capital. Rien ne dit en effet que les difficultés grandissantes, les mécontentements, voir les colères se dirigeront  vers les solutions les plus progressistes. Pas plus l’attentisme que les actions minoritaires ne changeront les rapports de force défavorables aujourd’hui aux travailleurs, aux privés d’emploi et à leurs familles. Or, ensemble, syndiqués et non syndiqués, travailleurs socialistes, communistes et d’autres sensibilités de la gauche et de l’écologie, mais aussi les jeunes qui sont les premiers concernés, peuvent se retrouver dans la construction d’une unité populaire de type nouveau qui donne un autre sens à la marche de notre pays, de l’Europe et du monde. Nous ne ménagerons pas nos efforts afin d’y contribuer.

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14 mars

16 Mars 2013, 07:33am

Publié par PCF Villepinte

Karl Marx par Mustapha Boutadjine (DR)

Politique - le 14 Mars 2013

 

 

Isabelle Garo : "Nous vérifions aujourd’hui les crises du capitalisme que Marx avait prédites"

 

 

 

 

 

Karl Marx, 1883-2013. Spécialiste de Marx, la philosophe Isabelle Garo expose toute l’actualité de son œuvre pour comprendre et analyser le capitalisme et la crise actuelle.

Cent trente ans après 
sa mort, en pleine crise 
du capitalisme, la pensée de Marx a-t-elle encore 
une actualité ?

Isabelle Garo. L’actualité de l’analyse du capitalisme par Marx (et par Engels, qu’on oublie souvent) n’est pas celle d’une description historique qui, dans ses détails concrets, resterait valable 
ou le redeviendrait. Cette actualité concerne d’abord l’étude 
d’un mode de production, dont les contradictions, économiques et sociales, constituent l’essence même. Nous sommes bien placés, malheureusement, pour vérifier l’une des intuitions majeures 
de Marx : les crises du capitalisme appartiennent à sa définition même, elles sont inséparables de sa nature. Une telle approche ne fait pas de lui un économiste, mais un critique 
de l’économie politique, associant 
à l’analyse économique de tendances et contre-tendances concrètes, l’analyse et la critique sociale, la prospective et l’intervention politiques, l’approche et l’invention philosophiques.

Peut-on analyser le système capitaliste actuel à l’aune 
de l’œuvre de Marx ?

Isabelle Garo. À l’heure d’une 
des crises majeures du capitalisme, les acquis sociaux des quarante, voire des soixante-dix dernières années se trouvent démolis les uns après les autres. C’est un capitalisme dérégulé qui réapparaît, dont les caractéristiques sont certes nouvelles, mais qui retrouvent certains des traits du capitalisme de l’époque de Marx. La remontée du taux de profit est sa seule obsession, quelles qu’en soient les conséquences sociales et environnementales, et son moyen, en temps de crise, est notamment 
la pression sur les salaires, directs 
et indirects, ainsi que 
la remarchandisation capitaliste de tout ce qui lui avait été arraché de haute lutte sur le terrain de la santé, de l’éducation, des retraites, des transports, etc. Pourtant, ces politiques ultraviolentes de contre-réforme ne semblent pas en mesure de résoudre ce qui est l’une 
des pires crises de l’histoire 
de ce mode de production.

En quoi l’analyse de Marx peut-elle vraiment nous aider à comprendre la crise et sa dimension financière ?

Isabelle Garo. S’attachant à articuler la sphère de la production et celle de la circulation, Marx est l’un de ceux qui accordent la plus grande attention aux phénomènes monétaires et financiers. Concernant la dimension financière du capitalisme contemporain, devenue si complexe, si les œuvres de Marx n’en produisent évidemment pas de description immédiatement transposable, elles aident pourtant à l’analyse de ses mécanismes fondamentaux. De ce point de vue, loin que la dimension financière soit séparable de ce qui serait un capitalisme industriel fondamentalement sain, 
elle en est constitutive, inséparable. Ainsi, Marx élabore la notion de « capital fictif », qui désigne les titres émis à partir de prêts. Ces prêts ne sont pas du capital productif de valeur, ils sont pourtant bien un capital porteur de profit, celui-ci étant toujours la plus-value extorquée aux salariés, mais une plus-value à venir. Ce décalage dans le temps est gros des crises capitalistes. C’est pourquoi les effets du capital fictif ne sont pas fictifs mais bien réels. Et c’est en ce point que la crise prend 
sa dimension sociale, sa dimension de guerre de classes avivée.

Selon Marx, y a-t-il une 
alternative possible à l’intérieur 
du capitalisme ou bien faut-il changer de système social ?

Isabelle Garo. Si les œuvres de Marx connaissent un réel regain d’intérêt aujourd’hui, on vante plus volontiers ses mérites d’analyste que le caractère politique, révolutionnaire, de son analyse d’ensemble du capitalisme. 
Or la perspective qui colore et oriente toutes ses analyses est bien la sortie hors du capitalisme. Sans jamais prescrire de stratégie passe-partout, craignant de faire « bouillir les marmites de l’avenir », il ne cessera de combiner analyse théorique et intervention militante en vue d’abolir ce capitalisme qui n’est nullement le dernier stade de l’histoire humaine, en dépit de ce qu’on nous raconte. Sur ce point, il faut souligner que, pour Marx, la lutte politique et sociale est aussi une lutte d’idées. C’est la notion d’idéologie qui rassemble ces différentes dimensions. Car l’offensive néolibérale est aussi idéologique, au sens où elle vante les mérites d’un monde à l’envers, qui asservit la satisfaction des besoins sociaux à la seule recherche du profit pour quelques-uns. De plus, elle sait aussi combiner les idées et la force, parvenant à faire exister ces idées au travers de politiques concrètes. Ainsi la thèse individualiste, aussi invraisemblable et simpliste soit-elle, se diffuse réellement, c’est-à-dire se vérifie jusqu’à un certain point comme effet des politiques d’individualisation des salaires, des formations, des parcours, qui renforcent l’exploitation et isolent l’individu. Lutter contre ces politiques, ce n’est pas simplement réfuter les thèses adverses, c’est leur opposer systématiquement d’autres solutions économiques, sociales, politiques, en n’oubliant 
pas les acquis des luttes passées 
et présentes, de par le monde. 
Et c’est bien entendu revenir 
de façon critique sur les questions du socialisme et du communisme, sur leur histoire et sur leur pertinence. Ce champ d’intervention est gigantesque. Il exige un effort d’invention, et d’invention collective, qui sache inclure l’analyse théorique mais aussi la déborder et la renouveler.

 

Isabelle Garo a publié plusieurs ouvrages sur Marx, dont Marx, une critique de la philosophie (Le Seuil), Foucault, Deleuze, Althusser 
et Marx (Démopolis), et Marx et l’invention historique, (Syllepse).

Entretien réalisé par Anna Musso

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Syrie:

16 Mars 2013, 07:29am

Publié par PCF Villepinte

 

 Syrie: le PCF condamne la consternante décision d'une levée de l'embargo sur les armes

le PCF condamne la consternante décision d'une levée de l'embargo sur les armes

 

 

 

 

 

En annonçant la fin de l'embargo sur les armes en direction de la Syrie, les autorités françaises prennent une très lourde responsabilité, celle d'alimenter une escalade militaire aux conséquences tragiques. C'est le régime de Bachar Al Assad qui a cherché, dès le début, la militarisation de la crise et qui en tirerait finalement tout le profit. Encourager cette militarisation est un choix consternant et dangereux qui peut engendrer l'escalade dans une région sous haute tension car, au demeurant, il est impossible de savoir dans quelles mains ces armes finiront pas tomber.

Le Parti communiste français condamne cette décision qui ne fait d'ailleurs pas consensus au sein même de l'opposition syrienne et rappelle l'exigence d'agir, à l'inverse, pour une solution politique qui puisse aboutir à l'arrêt de la confrontation armée et crée les véritables conditions pour que le peuple syrien puisse choisir son destin, ses dirigeants, et vive en paix, en démocratie et dans le respect des libertés fondamentales.

 

 

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Fumée blanche ?

15 Mars 2013, 07:12am

Publié par PCF Villepinte

Monde - le 14 Mars 2013

 

 

François, un Pape de combat… contre la gauche d’Amérique Latine

 

 

Le nouveau souverain pontife est présenté comme « progressiste modéré ». Mais derrière l’image du Pape humble et proche des nécessiteux, il y a un farouche réactionnaire, fermement opposé aux réformes sociétales de gauche en Amérique Latine et un peu trop proche de certains dictateurs militaires.

“Ne soyons pas naïfs: il ne s’agit pas seulement d’un combat politique. Il y a [Ndlr : dans le mariage homosexuel] la prétention de détruire le plan de Dieu” expliquait l’archevêque de Buenos Aires en 2010 lors du débat sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexes en Argentine, où il s’est fermement opposé à Christina Kirchner. "Il faut y voir aussi, ajoutait le cardinal, le dessein du Démon, responsable du péché en ce monde, qui cherche sournoisement à détruire l’image de Dieu". Le cardinal de Buenos Aires avait également qualifié l’homosexualité de "démon infiltré dans les âmes".
Même position inflexible sur l’avortement, y compris en cas de viol, ou encore sur l’euthanasie. Et comme jésuite, Golias rappelle qu’il s’est fermement opposé à la ligne d’ouverture.

Opposé aux prêtres progressistes

Son opposition aux prêtres, réellement progressistes, serait même allée bien plus loin  pendant la dictature militaire. Jean-Luc Mélenchon l’explique sur son blog : « Ce Bergoglio peut être jugé politiquement parce qu’il s’est impliqué dans l’action politique de son pays. Il est, non seulement, exactement à l’opposé de la théologie de la libération mais il en a combattu les prêtres. Mes amis argentins l’accusent d’avoir dénoncé des prêtres progressistes sous la dictature. Il a été formellement reconnu et accusé par deux d’entre ces prêtres en 2012 dans un procès. Ces deux prêtres avaient été dénoncés, arrêtés et torturés et n’avaient échappé à la mort que par chance. »
Jean-Luc Mélenchon fait ici référence aux cas des prêtres Orland Yorio et Francisco Jalics, qui ont été kidnappés  et torturés en 1976 et qui ont nommément accusé Bergoglio de les avoir dénoncés comme guerilleros et opposants au pouvoir du dictateur Videla. Alors qu’il leur avait fait croire au préalable qu’il les protègerait.

Bref, le nouveau Pape est accusé de silence complice, si ce n’est pire, lors de dictature militaire en Argentine entre 1976  et 1983. Il a par deux fois refusé de témoigner pour son rôle au sein de la hiérarchie jésuite pendant cette période, au cours des procès sur la « guerre sale ». La presse de gauche en Amérique Latine reprend aujourd’hui à loisir des photos de Bergoglio, en compagnie de Jorge Rafael Videla, celui qui destitua Peron en 1976 après un coup d’Etat. Photo par aileurs contestée. Videla qui justifia sa dictature sanglante au nom de l’anticommunisme, défenseur de la grandeur de la « civilisation catholique occidentale » contre les « rouges » et les « juifs ». Une dictature qui a fait au bas mot 30000 victimes de « disparitions ».

Et la fraternité

Le PCF reste de son côté prudent quant à la nomination du nouveau Pape et rebondit sur son appel à la fraternité. « Dans ses premiers mots, le pape François en a appelé à une "immense fraternité" dans le monde. Il s'agit d'un défi majeur de notre temps, d'une aspiration qui travaille toute l'humanité » relève Pierre Dharréville. « C'est pourquoi, en toute laïcité, dans le rejet de tout "ordre moral", nous avons de l'intérêt pour la parole de l'Eglise et pour les actes des croyants. Parlons de fraternité. »   

Et Jean-Luc Mélenchon de son côté conclue : « De tous les points de vue, l’élection de ce pape est une très mauvaise nouvelle politique pour le processus progressiste en Amérique du sud. Et d’un certain point de vue c’est une offense aux combattants contre les dictatures. Et d'un point de vue spirituel ? Ce n'est pas mon affaire dans la sphère publique. »

Pi. M.

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