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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Michel aglietta. « La Chine peut inventer un système original d’harmonie sociale »

6 Novembre 2012, 17:02pm

Publié par PCF Villepinte

Dans la Voie chinoise. Capitalisme et empire, Michel Aglietta et Guo Bai renversent l’idée dominante selon laquelle l’empire du Milieu aurait construit sa puissance grâce à sa seule intégration dans l’économie de marché. À la veille de l’ouverture du 18e congrès du Parti communiste chinois, Michel Aglietta trace les grandes lignes économiques et politiques de la Chine qui vient.

Votre travail prend à contre-pied les approches des économistes occidentaux sur les réformes en Chine. Vous mettez l’accent sur l’originalité de la voie chinoise. Quelles en sont les dynamiques et les principales caractéristiques ?

Michel Aglietta. Selon ces économistes, le capitalisme s’identifie à l’économie de marché qui revêt un caractère universel. En conséquence, le marché aurait les mêmes effets partout et le miracle économique chinois se serait produit sous l’effet de la conversion de la Chine à l’économie de marché en 1978. C’est une affirmation que nous mettons en cause pour des raisons historiques et théoriques. La Chine a connu l’économie de marché bien avant l’Europe, dès le IXe siècle. Elle n’a pas pour autant amorcé la révolution industrielle au XVIIIe siècle, alors que sa technologie était l’une des plus élaborées du monde. En 1911, l’Empire s’effondra et Sun Yat-sen mit en place un régime politique à l’américaine. Mais le pays fut rapidement livré au chaos de la guerre civile puis à la dictature du Guomindang en 1927. Cependant, l’effort d’industrialisation resta limité et interrompu par l’invasion japonaise en 1937. Dans ce contexte, il est clair que le marché, à lui seul, n’a pas suffi à engranger le développement.

 

Vous rappelez que Confucius avait pour objectif 
la paix et la stabilité. Comment cet héritage politique a-t-il traversé les siècles et quel est 
le rôle de l’économie dans ce cadre ?

Michel Aglietta. La première dynastie Han a construit des institutions qui se sont au fil du temps incorporées dans la culture chinoise. Ces institutions furent marquées de l’éthique prônée par Confucius et de la philosophie politique ­légaliste pour définir la légitimité de l’État. Il s’agit d’un État unitaire central, qui n’admet aucune contestation politique. Quels que soient les chocs qui peuvent apparaître, l’objectif n’est pas économique mais politique et reste le maintien de l’unité et de la souveraineté. L’Empire n’a pas connu de classes sociales, mais une masse de population rurale qui représentait encore, en 1950, 95 % de la population. Comment l’État central se ­relie-t-il à cette structure sociale sans classe ? Par la ­formidable invention des Han : des fonctionnaires recrutés au titre de leurs compétences et non de la naissance. En outre, la mise en place de biens collectifs fondamentaux assure la cohésion de l’ensemble de la nation. Enfin, considérant que le pouvoir financier pouvait constituer une ­menace politique, l’État a sans cesse prévenu toute concentration trop importante de richesse en la prélevant.

 

On sous-estime souvent l’importance de l’ère Mao dans la réussite des réformes ultérieures. Comment Mao a-t-il contribué à l’essor 
de la Chine ?

Michel Aglietta. Mao Zedong a compris que la Chine ne pouvait faire sa révolution qu’à partir des campagnes. Le processus d’industrialisation s’enclencha ainsi grâce au surplus agricole. Le salaire fut fixé au niveau de subsistance pour tous. Le surplus agricole nourrit les travailleurs déplacés vers les villes pour enclencher l’industrialisation. Lorsque Deng Xiaoping a lancé les réformes, il a tenu compte des progrès de la recherche agricole dans les années 1970 et du début d’ouverture extérieure qui a permis d’importer des engrais et du matériel agricole.

 

À quelles contradictions le pouvoir chinois fait-il face entre la visée d’une société harmonieuse et les tensions sociales nées d’une croissance explosive ?

Michel Aglietta. La réforme est un processus continu qui ne tend vers aucun modèle d’équilibre. Dans ce processus, les transformations institutionnelles et l’évolution des structures productives se conduisent suivant une dialectique qui alterne phases d’expansion et de tensions. Aujourd’hui, de nouvelles contradictions aboutissent à une transition ouvrant la voie à la troisième phase du processus de réforme.

 

Comment Deng Xiaoping parvint-il à lancer 
ses réformes économiques ?

Michel Aglietta. Pour pouvoir s’appliquer, la réforme devait rencontrer une légitimité immédiate. Cette légitimité de l’État n’est envisageable que si le bien-être du peuple est assuré. Le pouvoir central, qui ne s’appuie pas sur l’élection parlementaire pour prendre le pouls de la population, utilise d’autres canaux de relations avec la société civile à travers les sondages et les enquêtes. Les liens étroits au niveau local entre le Parti et la population jouent également un grand rôle. L’habileté de Deng Xiaoping fut de comprendre que la réforme devait une nouvelle fois partir des campagnes. Les paysans furent autorisés à produire et vendre sur des marchés leur surplus de production. Le revenu réel des agriculteurs augmenta très rapidement et le prix des produits agricoles baissa de manière concomitante. À partir du moment où les prix de marché ont convergé vers les prix planifiés, la planification put être supprimée. Ce qui a réussi dans les campagnes était plus compliqué dans les villes où l’industrie relevait entièrement de l’État. Il s’agissait de transformer des administrations en entreprises commerciales. Or, on ne transforme pas instantanément des fonctionnaires en managers ou en entrepreneurs capables d’innover. Les anciens cadres administratifs ont profité de leurs liens avec les gouvernements locaux et du desserrement de la contrainte du plan pour obtenir des crédits politiques sans contrôle monétaire. Résultat : une accélération de l’inflation et une baisse des revenus réels à la fin des années 1980 car les salaires restaient administrés. Ce fut la source des révoltes de Tian’anmen, miroir d’une crise politique profonde divisant le Parti. La poursuite des réformes fut contestée par un courant conservateur prônant le retour de la planification intégrale.

 

Comment avancer après Tian’anmen ?

Michel Aglietta. Le renouvellement du Parti communiste en 1992 a joué un rôle primordial. Les réformateurs l’ont sans doute emporté grâce à l’aura de Deng Xiaoping. Selon lui, il fallait approfondir la réforme et avancer graduellement vers une nouvelle phase d’ouverture de la Chine vers l’extérieur, tout en opérant des réformes institutionnelles majeures, monétaire et bancaire, pour contrôler l’inflation et résorber les créances douteuses ; budgétaires pour redonner des ressources à l’État central ; industrielles pour réduire la taille du secteur public. La croissance fut recherchée par l’ouverture extérieure et l’appel aux investissements directs étrangers pour constituer des zones économiques spéciales dans lesquelles se sont développées les entreprises privées exportatrices. L’entrée dans l’OMC en 2001 paracheva le régime de croissance tiré par l’exportation.

 

Aujourd’hui, à quelles réformes, le nouveau pouvoir, sorti du 18e congrès, devra-t-il s’attaquer ?

Michel Aglietta. Le ralentissement économique a provoqué des distorsions qui doivent amener le pouvoir à favoriser une croissance plus qualitative. Le redéploiement vers la demande interne signifie qu’on ne peut plus fabriquer de la croissance seulement par l’export. Il faut ainsi monter en gamme pour réduire les inégalités et faire progresser les salaires. À travers le 12e plan quinquennal, l’État favorise déjà l’augmentation du salaire minimum à un rythme de 20 % par an. Le marché du travail doit également évoluer dans un sens plus favorable à la part salariale. Cela implique de faire appliquer le droit du travail adopté en 2008 et d’établir un système de protection sociale universel.

 

Sur quoi s’appuie cette transformation ?

Michel Aglietta. L’un des facteurs importants de cette troisième phase est le plan d’urbanisation appelé à amener, d’ici 2030, le taux de population urbaine à 75 %. Environ 200 villes de 1 à 1,5 million d’habitants seront construites : c’est un défi majeur si ces cités nouvelles incorporent complètement les contraintes écologiques. D’où le problème crucial du prix de la terre et de son utilisation. La terre est une propriété collective et les paysans en ont le droit d’usage. Il convient d’apporter une véritable protection juridique à ce droit avant de supprimer le système du hukou (permis de résidence). Ce foncier rural est à réévaluer pour mieux dédommager les ruraux, en leur permettant ainsi de migrer avec des ressources suffisantes vers les villes où ils devront être assurés des mêmes droits sociaux que les urbains. C’est tout l’enjeu de la régulation et de sa réussite. Ce qui pourrait aboutir à un modèle de croissance chinoise.

 

Est-ce que ces choix suscitent au sein du régime des contradictions qui le fragilisent ?

Michel Aglietta. Il existe des processus internes de formation de compromis politiques très compliqués dont on ne suit pas toute la trace et qui traduisent des interactions de sensibilités très différentes. On parle beaucoup de « féodalités » avec les « princes rouges », héritiers des leaders ­historiques, de courants réformistes, conservateurs, maoïstes etc. Mais quelles que soient les oppositions internes, il y a un intérêt commun : celui de la légitimité politique d’un État central unitaire. On doit aboutir à des compromis pour faire avancer la réforme. Le recrutement dans le Parti évolue fortement. Ses nouveaux membres sont des gens de plus en plus éduqués et plus jeunes. Le danger d’avoir un Parti qui s’ossifie et s’oppose à la société sera conjuré tant que les dirigeants chinois se référeront à la tradition impériale selon laquelle la méritocratie reste la manière essentielle de faire fonctionner ­l’administration. L’inconnu porte sur le rythme et les priorités de cette troisième phase de la réforme dont le contenu est déjà inscrit dans le 12e plan quinquennal (2011-2015).

 

Que pensez-vous des dernières déclarations de Fukuyama affirmant que le système politique en Chine « finira par exploser » ?

Michel Aglietta. En 1991, il avait déjà annoncé la fin de l’histoire ! La Chine est engagée sur une transition vers le développement durable. Les intellectuels occidentaux ont du mal à admettre qu’une voie chinoise différente de notre démocratie formelle est possible pour établir les relations entre le politique et la société civile capable de gérer les problèmes du XXIe siècle.

Comment appréciez-vous le rapport de 
la Banque mondiale sur les perspectives 
de la Chine en 2030, qui préconise 
une réduction du secteur public et la fin 
de la mainmise du politique sur l’économie ?

Michel Aglietta. Ce rapport élaboré avec un think tank proche du gouvernement chinois a bien des points communs avec la partie prospective de notre livre. Il appelle à développer les services, à donner une plus grande place aux PME innovatrices et à rénover la finance. Le retrait de l’État dans l’économie peut être relatif. Les Chinois ont bien compris qu’en fixant les objectifs politiques essentiels, l’économie peut être maîtrisée par une régulation indirecte. C’est pour cela que le gouvernement entend absolument maintenir son contrôle sur la finance. Il aura donc à construire un marché obligataire pour pouvoir financer, via des ­investisseurs institutionnels nationaux puissants, les énormes travaux d’infrastructures nécessaires à la mise en œuvre du plan d’urbanisation. L’État chinois pourra ouvrir très progressivement et très ­prudemment son système financier en limitant à 20 % le capital étranger investi dans chaque entreprise et en liant apport de capital et apport technologique. Dans ces conditions, le gouvernement aura tous les moyens d’une régulation d’une économie mixte au service des intérêts de la Chine.

 

Selon vous, la Chine et l’Occident ont une croyance commune concernant le fondement 
de la démocratie selon laquelle le peuple est 
la source première de la souveraineté. 
Quelle est cette mécanique politique ?

Michel Aglietta. Nous avons tous un problème de démocratie en prise avec les questions du quotidien. Si l’État chinois reconnaît la société civile non comme un danger mais comme une force de proposition collective, il sera possible d’établir un système original d’harmonie sociale avec un État central unitaire et une bureaucratie compétente et responsable. La société civile est capable, si on lui laisse une autonomie suffisante, de contrôler les institutions publiques. Si l’on doit arriver à ce que Pierre Rosanvallon appelle une « démocratie réelle », la Chine a une voie possible à mettre en œuvre et nous devons nous-mêmes inventer la nôtre.

L’économie, moyen ou fin ? L’approche du 18e congrès du Parti communiste chinois favorise une abondante production littéraire de qualité variable sur l’empire du Milieu. Le livre de Michel Aglietta et Guo Bai, la Voie chinoise. Capitalisme et empire, a le mérite de proposer une approche différente, loin des errements sinophobes ou « sinobéats ». L’alliance de ce professeur à Paris-X-Nanterre et de cette chercheuse à HEC rappelle qu’à compter du IIIe siècle avant notre ère, la Chine réalise son unité politique et surtout la préserve. Au fil du livre, le lecteur saisit comment un régime socialiste parvient à « édifier un capitalisme spécifique », à développer une industrie presque inexistante avant Mao et à poser les bases des réformes, socles de l’ascension économique. Autre mérite : l’ouvrage pose les bases de nouvelles réformes dans une société en proie aux tensions. Si l’économie est un moyen, la fin reste la stabilité, l’unité et le « bien-être » social. Un long chemin pour un pays qui compte 1,3 milliard d’êtres humains. 
L’un des ouvrages les plus intéressants du moment.

Entretien réalisé par 
Dominique Bari et Lina Sankari

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Quatre raisons de rejeter le plan de compétitivité du gouvernement

6 Novembre 2012, 16:51pm

Publié par PCF Villepinte

Jean-Marc Ayrault et Louis Gallois

 - le 6 Novembre 2012

 

 

 

Un soutien aux entreprises sans grande contrepartie aux entreprises, sur le dos de l'emploi, du pouvoir d'achat et des services publics. Les reproches au pacte national de croissance et de compétitivité dévoilé ce mardi par Jean-Marc Ayrault ne manquent pas.

Le Premier ministre ne s'en est pas caché devant les députés ce mardi. Son plan pour relancer la compétitivité de l'économie française a d'abord pour vocation de "redonner des marges à nos entreprises". Le crédit d'impôt de 20 milliards d'euros en faveur des entreprises est "une nécessité, une ardente obligation", a-t-il lancé.

  • Un plan au service du capital

"On reste enfermé dans le postulat que c'est le coût du travail qui freine la croissance économique", lui objecte André Chassaigne. Le patron du groupe Front de gauche à l'Assemblée déplore: "Ces mesures considèrent qu'il faut financer l'investissement du privé de façon prioritaire mais au détriment de l'investissement public. On fait l'impasse complète sur le coût du capital, les prélèvements financiers des entreprises c'est-à-dire les intérêts, les dividendes aux actionnaires".

Jean-Luc Mélenchon lui emboite le pas sur TV5 Monde. " Pourquoi parle-t-on toujours du prix du travail et jamais du prix du capital? Comment se fait-il que dans notre pays on paye deux fois plus d'argent aux actionnaires qu'on en donne en cotisation sociale aux travailleurs? On fait comme si le capital n'y était pour rien, c'est seulement le travailleur, ce pelé, ce galeux qui doit payer davantage et être payé moins lui-même." Le co-président du Parti de gauche relève: "C'est un choc qui est fait où on transfère sur le dos de la masse des travailleurs contribuables ce qui ne sera pas acquitté par l'entreprise au moment de la production de la richesse", a-t-il ajouté.

 

  • Sans condition ni contrôle

Les conditions posées par Jean-Marc Ayrault au versement des 20 milliards d'euros pour les entreprises semblent particulièrement floue et peu contraignantes.  "Les comités d'entreprise devront être régulièrement informés de l'utilisation du crédit d'impôt", prévoit le premier ministre. Par ailleurs, "un comité de suivi du pacte associant l'Etat et les partenaires sociaux sera mis en place pour dresser à intervalles réguliers un constat partagé sur le bon fonctionnement du dispositif. Enfin, il appelle les entreprises à l'"exemplarité en matière de rémunération et de civisme fiscal, comme en matière de gouvernance".

Pas de quoi rassurer Henri Emmanuelli. "Dubitatif", le député des Landes et ancien ministre du Budget, Henri Emmanuelli, se demande "pourquoi est-ce que cela concerne toutes les entreprises alors qu'il y en a impactées par la mondialisation (ayant) un problème de compétitivité et d'autres pas, dans la banque ou l'assurance ou la distribution ?" Comme d'autres, l'élu craint que le crédit d'impôts sur les sociétés serve la distribution de dividendes et non l'investissement".

 

  • Rien pour les salaires et le pouvoir d'achat

"C'est un véritable coup de massue contre le pouvoir d'achat. Un choc oui, mais un choc avant tout pour celles et ceux qui, 6 mois après la défaite de Nicolas Sarkozy jour pour jour, attendaient autre chose que cette nouvelle cure d'austérité", s'exclame Pierre Laurent dans un communiqué.

Le secrétaire national du PCF déplore que ces 20 milliards de crédit d'impôts aux entreprises soient financés pour moitié par une hausse de la TVA de 19,6% à 20%, soit l'impôt le plus injuste et qui touche le plus les classes populaires; par des coupes budgétaires dans les services publics de l'autre. Il aurait préféré d'autres mesures.

"Au contraire, le PCF préconise la baisse des charges financières d'intérêts et des dividendes qui étouffent le système productif français. Simultanément, il faut soutenir l'emploi, les qualifications et la demande avec la mise en place d'un nouveau crédit pour les investissements matériels et de recherche des entreprises dont le taux d'intérêt serait d'autant plus abaissé que ces investissements programmeraient plus d'emplois et de formation", ajoute-t-il.

 

  • Les services publics vont payer

Le gouvernement devra trouver 10 milliards d'économies dans son budget ainsi que dans celui des collectivités locales.

"Cela va taper où" se demande Jean-Claude Mailly, leader de FO qui juge pourtant le plan gouvernemental assez positivement. Idem pour l'UNSA: "Les économies réalisées sur les dépenses publiques ne risquent-elles pas de mettre en cause les interventions de l'Etat?"

Ces interrogations sont d'autant plus cruciales que le gouvernement pourrait être contraint à un collectif budgétaire drastique pour coller au dogme du 3% de déficits publics. Soit des coupes claires dans les services publiques qui s'ajouteraient aux 10 milliards d'efforts demandés par le plan de compétitivité énoncé par Jean-Marc Ayrault ce mardi.

 

  • A lire aussi:

André Chassaigne: "On ne s'attaque pas au coût du capital"

Compétitivité: la quasi totalité du rapport Gallois reprise par le gouvernement

S.G.

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Mélenchon et les médias: et si, comme Bourdieu, on chaussait les bonnes lunettes

5 Novembre 2012, 23:01pm

Publié par PCF Villepinte

 

Un livre à paraître ce lundi, Mélenchon 
et les médias, décrypte 
le traitement médiatique 
du leader du Parti 
de gauche et candidat 
du Front de gauche 
à l’élection présidentielle 
et ses rapports 
avec la télévision 
et la presse.  

Déjà en 1996, Pierre Bourdieu évoquait la « violence symbolique » du système médiatique (Sur la télévision, par Pierre Bourdieu, Éditions Liber). « Cette violence invisible tacitement admise par ceux qui la subissent et souvent par ceux qui l’exercent. » « À propos du candidat du Front de gauche, on a parlé de “relations houleuses” avec les médias, ce qui n’est pas exagéré… », notent Denis Sieffert et Michel Soudais, respectivement directeur et rédacteur en chef de Politis et auteurs de cet ouvrage, Mélenchon et les médias (Éditions Politis, 96 pages, 8 euros).

"Colères jupitériennes"

Combien de dîners en ville évoquent cette “violence” de Mélenchon à l’égard des journalistes, s’appuyant sur des scènes diffusées en boucle sur Internet. Mais s’interroge-t-on sur le système médiatique et sur « les médiacrates, représentants zélés d’une machine à fabriquer du consentement à l’ordre social ? » C’est tout l’intérêt de ce livre qui n’est pas un livre sur Mélenchon et ne le dédouane pas de certaines « colères jupitériennes » et autres coups de gueule, qui peuvent aussi agacer, mais un livre sur son rapport aux médias.

Un fait édifiant sert d’introduction à Denis Sieffert et Michel Soudais. Il est éloquent. Le 30 septembre dernier, 80 000 personnes manifestaient à Paris contre le traité budgétaire européen. France 2 y consacra un sujet dans son JT du soir. Que vit-on ? Qu’entendit-on ? « On y voit évidemment des images colorées du défilé. Il fait beau et le rouge est triomphant. » La caméra se porte en tête du cortège sur Mélenchon. Les auteurs racontent : « Le commentaire off, comme l’on dit, n’évoque pas directement le rassemblement. Il nous parle de Mélenchon “sur tous les fronts”, “tête d'affiche de la manifestation”. Mélenchon, nous dit le journaliste, est remonté sur son cheval. Dans une brève interview, celui-ci estime que François Hollande “ne pourra plus considérer que le traité européen est une formalité à expédier”. On le voit ensuite allant d’usine en usine. Résumé haletant de la semaine d’un activiste. Fin du reportage. » Mais pas la fin du sujet. Brice Teinturier, directeur général de l’institut Ipsos, en plateau, a cette formule : « Pour retrouver sa popularité, il fallait que Mélenchon essaye d’incarner cette nouvelle opposition critique à l’égard du gouvernement. » « Fermez le ban », ponctuent les auteurs.

Vision manipulatoire

Et Sieffert-Soudais de commenter : « L’exemple est édifiant à plus d’un titre. D’abord parce que nous n’avons pas affaire ici à l’un des reportages venimeux comme nous en avons tant vu à propos du Front de gauche. Dans l’esprit des journalistes en tout cas, il n’est pas acrimonieux. » Alors qu’est-ce qui cloche ? Et c’est là qu’il faut chausser les bonnes lunettes chères à Bourdieu. Que peut retenir le téléspectateur de ce mode de traitement ? Que Mélenchon a mis 80 000 personnes dans la rue pour soigner sa seule popularité. Une starisation qui oublie au passage les autres composantes de la manifestation ce qui, pour Sieffert et Soudais, est « une vision manipulatoire de l’histoire qui occulte la dimension sociale et engendre la dépolitisation ». On imagine aisément les réactions des trois publics qui auront regardé cette séquence, chacun avec sa paire de lunettes, expliquent-ils. Les journalistes auront trouvé le sujet réussi, les militants auront éprouvé, comme souvent, de la frustration, et le grand public aura pu penser que « les politiques sont tous les mêmes, qui ne pensent qu’à leur cote de popularité ».

Résister à cet ordre-là est pour Mélenchon et les responsables du Front de gauche un état d’esprit. On se souvient de la lettre ouverte de Pierre Laurent à Yves Calvi, journaliste à France Télévisions, où, dans les colonnes de l’Humanité, le secrétaire national du PCF protestait avec force contre le fait que l’animateur de C dans l’air n’invitait jamais de représentants du Front de gauche dans ses émissions.

"Evaluation consternante de l'intelligence populaire"

Le livre de Denis Sieffert et Michel Soudais évoque bien évidemment toutes ces petites histoires qui ont fait le buzz, et il lève le voile sur certaines pratiques. « Mon regard critique sur les médias s’est renforcé, explique le candidat du Front de gauche, à quelques jours du premier tour de la présidentielle. Alors qu’ils (les journalistes) ont la possibilité de structurer la discussion, ils ne l’ont fait à aucun moment. Ils ont passé leur temps derrière les balles qui leur paraissaient intéressantes, sur la base d’une évaluation consternante de l’intelligence populaire. »

Sont évoqués son accrochage avec Demorand sur Europe 1, l’épisode de l’étudiant de Science-Po venu le questionner.

 

Est aussi évoqué l'épisode du Petit Journal de Canal Pus venu filmer l’université du Parti de gauche à Grenoble, en août 2011, mais qui quitta la salle au moment où Mélenchon allait commencer à parler. Les équipes de Yann Barthès (qui se fait épingler beaucoup ces temps-ci) étaient venues filmer « les gueules cassées de la vie ». Entendez les pauvres. Ce livre décortique aussi l’offensive du Nouvel Obs, de Laurent Joffrin, inquiet de la montée du Front de gauche. Cette centaine de pages est un plaidoyer pour la liberté de la presse et pour un pluralisme qui intègre le journaliste dans sa citoyenneté.

  • A lire aussi:

Mélenchon est prêt à servir "si les camarades pensent que c'est utile"

  • A voir aussi:

Vidéo l'Humanité.fr: Jean-Luc Mélenchon et l'Humanité

 

Claude Baudry

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Martine Bulard : en Chine, « la peur du chaos est un moteur puissant du statu quo »

5 Novembre 2012, 22:52pm

Publié par PCF Villepinte

Nüwa crée l'HumanitéDans une semaine doit débuter le 18ème Congrès du Parti Communiste Chinois (PCC) qui va entériner le renouvellement des dirigeants du pays. A quelques jours de cette échéance, le New York Times a publié une enquête sur la fortune amassée par la famille du premier ministre sortant Wen Jiabao. Des révélations qui viennent ponctuer une année où les "affaires" impliquant des hauts responsables se sont multipliées. Entretien avec Martine Bulard, rédactrice en chef adjointe du Monde diplomatique et spécialiste de la Chine *.

Regards.fr : Qui, aujourd’hui en Chine, a intérêt à ce que sortent ces révélations sur l’enrichissement du Premier ministre ?

Martine Bulard : Beaucoup de gens... Tous les ennemis de Wen Jiabao et tous les amis de Bo Xilai. Ce dernier (ancien maire de Chongqing, ville-province de 32 millions d’habitants, ndlr) qui a lui-même été accusé en mars dernier de corruption et dont la femme Gu Kailai est accusée du meurtre d’un ressortissant britannique (elle a été condamnée en août dernier à la prison à perpétuité, ndlr) représente l’aile gauche du PCC : favorable a plus de droits pour les salariés dans le secteur social mais en même temps plus autoritaire au plan politique, et avec des méthodes assez expéditives. Il a été mis sur la touche, et est désormais officiellement accusé de corruption massive et de "relations sexuelles inappropriées". Son procès aura probablement lieu après le Congrès. Ses amis politiques peuvent donc avoir intérêt à sortir aujourd’hui des révélations sur Wen Jiabao pour montrer que leur champion n’est pas le seul a être impliqué dans des affaires.
Cela dit, rien n’est sûr : ce peut aussi être des gens qui pensent que Wen Jiabao va trop loin dans les réformes ; et on ne peut pas non plus écarter la possibilité que ce soit juste un choix du journal de sortir maintenant cette enquête fouillée...

Ce qui est certain, en revanche, c’est que la fortune de la famille Wen est un secret de polichinelle à Pékin et tous les observateurs en savaient non pas l’ampleur exacte mais l’existence. Wen Jiabao est entré en politique relativement pauvre et il va en ressortir très riche. C’est indéniable et cela écorne la légitimité des dirigeants du PCC auprès de la population.

Regards.fr : De fait, on a le sentiment que ces dirigeants font de plus en plus souvent parler d’eux dans des affaires de corruption...

Martine Bulard : La corruption a pris de l’ampleur en Chine depuis quelques temps déjà. Il y a eu une commission d’enquête assez virulente au début des années 2000 et il y a également au sein du PCC une commission qui suit ce problème ; la presse officielle aussi mentionne régulièrement la question et n’hésite pas à faire état de la hausse du phénomène.
Une vraie bataille est donc menée. Et c’est bien la corruption qui provoque la colère des chinois : pas tant l’enrichissement qu’ils ne condamnent pas en soi que les méthodes adoptées par les cadres et dirigeants pour parvenir à s’enrichir. Surtout quand cela a des conséquence pour la population avec, par exemple, des dégâts environnementaux.
Il faut aussi bien comprendre que cette montée de la corruption correspond à la hausse des affaires dans le pays ; plus on privatise, plus il est possible de corrompre. Avec une donnée déterminante : contrairement à une idée répandue, la Chine est un pays décentralisé. Ces affaires se jouent donc à l’échelle des villes et des Provinces. Et il n’y a pas comme en France un corps de la fonction publique réparti sur tout le territoire qui pourrait faire office de garde-fou.

Cette hausse de la corruption et la récurrence des "affaires" indiquent que la Chine arrivent au bout d’un système de développement et qu’il faut passer à plus de démocratie, dans le sens d’une écoute et d’une participation accrues des citoyens. Aujourd’hui, le budget de la police est supérieur à celui de l’armée ! Il y a un véritable problème d’ordre public et chacun a bien conscience, y compris les cadres du Parti, que le pays ne peut pas poursuivre dans cette voie. Mais la question que tout le monde se pose est "pour aller vers quoi ?". A l’échelle locale, on voit se multiplier des expériences avec des conseils municipaux ouverts, des structures où la participation citoyenne est possible et prise en compte, etc. Mais on ne sait pas à ce jour si le Congrès va appuyer dans ce sens-là.

Regards.fr : Justement, à l’approche du Congrès, ces affaires ne sont-elles pas instrumentalisées par les uns et les autres dans leur lutte pour le pouvoir ?

Martine Bulard : C’est toujours difficile à dire. L’affaire Bo Xilai est-elle sortie parce que cela prenait une ampleur qui devenait impossible à dissimuler ou est-on en présence d’une manœuvre politique visant à éteindre l’aile gauche du PCC ? Qui manipule qui ? On ne le sait pas vraiment. En tout les cas, l’étalage actuel d’affaires n’est favorable ni à l’équipe sortante, ni à celle qui arrive.
Du coup, ce qui compte vraiment aujourd’hui, plus que les noms des nouveaux Président et Premier ministre que l’on connaît déjà, c’est de savoir quel équipage vont former les 9 prochains permanents du Congrès. Seul un ou deux vont rester de la précédente équipe et on va peut-être revenir à 7 mais le véritable enjeu reste l’équilibre global. Car, là encore contrairement à une idée reçue, le numéro Un chinois n’a pas tous les pouvoirs. Le Comité permanent du bureau politique travaille au consensus. C’est donc toujours un subtil équilibre à trouver entre la nécessaire représentativité des différentes tendances du PCC - qui ne sont bien sûr pas officielles ni même organisées et/ou revendiquées - et l’obligation de former un groupe qui soit en capacité de travailler.

Regards.fr : Le renouveau nécessaire du système chinois sera-t-il impulsé par la nouvelle équipe issue du XVIIIe Congrès selon vous ?

Martine Bulard : Tous les entretiens que j’ai mené sur place lors de mes récents séjours, avec des membres du Parti, des intellectuels, etc., se recoupent : la grande caractéristique de ce Congrès, c’est que personne n’en attend rien. Ce qui est assez paradoxal puisque ce sont les mêmes qui disent que la Chine ne peut pas continuer comme ça... En fait, actuellement, la peur du chaos est un moteur puissant dans les couches moyennes de la société. Ils craignent plus que tout les conséquences qu’aurait un éclatement du système, un chaos social. Alors, tant que la croissance est là, il n’y a pas de remise en cause radicale et massive du système. Et plutôt que de prendre le risque d’un violent coup de barre, on préfère le statu quo.

* Son dernier ouvrage L’Occident malade de l’Occident, co-écrit avec Jack Dion est paru chez Fayard en 2009.

En savoir plus...

  • Si c’est validé lors de la septième réunion plenière du 17e Comité central du Parti Communiste Chinois (PCC), qui aura lieu demain jeudi 1er novembre, le 18ème Congrès du PCC devrait s’ouvrir jeudi 8 novembre. La nouvelle en a été donnée lundi 29 octobre par l’agence de presse officielle Chine nouvelle (Xinhua).

    L’enjeu principal de ce rendez-vous quinquenal est le renouvellement des 9 sièges au Comité permanent du bureau politique du Congrès national du peuple. Il s’agit de l’instance majeure, celle qui dirige la politique chinoise et fixe les orientations stratégiques du pays.

    Ce Congrès va marquer le départ du Président Hu Jintao et du Premier ministre Wen Jiabao, en poste depuis mars 2003. On connaît déjà le nom de leurs successeurs qui prendront officiellement leurs fonctions lors de l’Assemblée populaire nationale en mars 2013. Il s’agit respectivement de Xi Jinping et de Li Keqiang, deux hommes nés dans les années 50.

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Rapport Gallois : « la même vieille rengaine qui nourrit les grands groupes sur le dos des salaires et l'emploi »

5 Novembre 2012, 22:45pm

Publié par PCF Villepinte

 
 Rapport Gallois : « la même vieille rengaine qui nourrit les grands groupes sur le dos des salaires et l'emploi »
 En l'état actuel des informations, le rapport Gallois insisterai, après bien d'autres rapports écrits sous la dictée du Medef, sur le besoin d'abaisser les cotisations sociales patronales. On connaît la chanson ! C'est toujours la même vieille rengaine au nom de la compétitivité. Cette rengaine qui nourrit les grands groupes sur le dos des salaires et l'emploi. La baisse des cotisations proposée aurait en effet pour contrepartie une hausse des impôts et des contributions contre le pouvoir d'achat des salariés et de leurs familles.

 

Ce rapport parlerait d'autres mesures pour améliorer la « compétitivité hors coût du travail ». Elles consisteraient à favoriser les profits des entreprises en situation d'exporter, d'innover, de consentir un effort de recherche, au lieu de développer l'emploi, la formation, les qualifications et les salaires avec les investissements nécessaires dans tout le système productif français. Le « pacte de compétitivité » ainsi proposé aux Français, au nom prétendument du « patriotisme économique », ne ferait qu'accentuer l'insuffisance de demande et de qualifications. Il aggraverait la croissance financière et la spéculation contre le redressement national, avec un bond en avant dans la guerre économique intra-européenne.

 

Il y a une alternative possible : la baisse des prélèvements financiers qui asphyxient les entreprises avec les intérêts payés aux banques, les dividendes versés aux actionnaires. Ce sont eux qui minent en profondeur l'efficacité de notre système productif. En 2011, selon l'INSEE, les charges d'intérêts payés aux banques par les sociétés non financières totalisaient 309 milliards d'euros, alors que les cotisations sociales ne coûtaient que 145 milliards d'euros ! Il est possible d'alléger massivement ces prélèvements financiers, avec la mise en œuvre d'un nouveau crédit bancaire pour les investissements matériels et de recherche de toutes les entreprises. Le taux d'intérêt de ce crédit serait d'autant plus allégé que les investissements programmeraient plus d'emplois et de formations. Un pôle bancaire public serait chargé de développer ce nouveau crédit, au lieu du quasi-subventionnement des entreprises les plus profitables qui caractérisera les aides de la Banque publique d'investissement.

 

Enfin, le rapport Gallois s'inscrit pleinement dans le cadre d'un rationnement du financement des services publics avec le respect de la contrainte folle de ramener à 3 % du PIB le déficit public en 2013. Ce faisant, les mesures qu'il propose contribueraient à mettre en cause des facteurs décisifs de soutien de la demande et d'efficacité de la production avec l'éducation, la santé, la recherche, les transports, le logement...Il faudrait, au contraire, que la BCE finance massivement, par création monétaire, une grande expansion des services publics en Europe et que le taux d'intérêt du refinancement dont elle fait bénéficier les banques soit d'autant plus abaissé que leurs crédits aux entreprises servent à des investissements programmant plus d'emplois et de formations.

 

 

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Après les pigeons, les corbeaux ? (Baudry) Rue 89

4 Novembre 2012, 09:16am

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Regards.fr - Offensive du patronat, fébrilité du gouvernement

4 Novembre 2012, 08:42am

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Présidentielles américaines : Trois questions pour comprendre le scrutin du 6 novembre

4 Novembre 2012, 08:20am

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© Swanksalot / FlickR

 

 

 

Chronique des présidentielles américaines, par Christophe Deroubaix. Pourquoi les Américains n’élisent-ils pas directement leur président, pourquoi les Américains votent-ils un mardi et pourquoi un président ne peut-il pas exercer plus de deux mandats ? Trois originalités des éléctions présidentielles américaines expliquées.

  • Pourquoi les Américains n’élisent-ils pas directement leur président ?

Il faut le rappeler : les électeurs votent, dans le cadre de leur Etat, pour des grands électeurs (dont le nombre varie en fonction du poids démographique, de 3 pour le Wyoming à 55 pour la Californie, cette année) qui constituent le collège électoral. Il est paradoxal que la première démocratie de l’ère moderne ait choisi de ne pas respecter le principe de base « Un homme, une voix ». Les pères fondateurs ont, avec ce système, voulu empêcher, dans une construction institutionnelle qu’ils ont voulu fédérale, qu’un des treize Etats ne puisse dominer les autres par sa puissance démographique. Imaginons que la Virginie pèse le tiers de la population du pays : le vote des Virginiens risquerait de faire la décision. Voilà l’intention de départ d’une République qui s’est construite contre la tyrannie de la monarchie britannique et qui voulait, à tout prix, éviter toute nouvelle tyrannie, y compris « interne ». Une intention qui se transforme en « pondération » du vote populaire ; altération de l’idéal démocratique. On peut très bien devenir président des Etats-Unis sans qu’une majorité d’Américains aient voté pour vous… Cela s’est produit à quatre reprises dans l’Histoire : en 1824, John Quincy Adams entre à la Maison Blanche alors que c’est Andrew Jackson qui est majoritaire en voix. Idem en 1876 et en 1888 avec l’élection des républicains Rutherford Hayes et Benjamin Harrison (contre le président démocrate sortant Grover Cleveland). Dernier exemple en date, le plus célèbre : W. Bush en 2000. Si l’on transformait les derniers sondages en résultats définitifs, nous aurions là un cinquième cas: Barack est devancé en voix mais garde une majorité de grands électeurs…

  • Pourquoi les Américains votent-ils un mardi ?

Pour être précis, les citoyens des Etats-Unis votent le mardi qui suit le premier lundi de novembre. La tradition a été établie en 1845. Pourquoi novembre ? Le mois le moins gênant dans une société alors agricole et rurale. Les moissons sont terminées et le temps est supposé être suffisamment clément pour permettre de voyager, sans encombres, vers le bureau de vote le plus proche. Pour les électeurs ruraux les plus éloignés, ce voyage pouvait prendre une nuit complète à dos de cheval. Organiser le scrutin un lundi les aurait obligé à partir un dimanche… journée réservée à l’Eglise. Ce fut donc un mardi. Mais le Congrès voulait également s’assurer que l’élection ne tomberait jamais un 1er novembre, la Fête de Tous les Saints. Ce serait donc le mardi après le premier lundi de novembre. Tous les critères qui ont présidé à ce choix ont, depuis, perdu toute leur validité. Un certain nombre d’organisations militent pour un changement de jour, arguant qu’organiser un scrutin le mardi complique la tâche des salariés. Sans succès. Le système américain à qui l’on attribue souvent la qualité de la mobilité s’avère aussi englué dans la reproduction aveugle de traditions.

  • Pourquoi un président ne peut-il pas exercer plus de deux mandats?

Cette limitation a d’abord été un usage. Le premier président des Etats-Unis, Georges Washington, a gouverné pendant deux mandats de quatre ans (1788-1796) puis a cédé la place, soucieux de ne pas reproduire des comportements de type monarchique, dans un jeune pays qui venait justement de créer une République contre la monarchie britannique. Durant 116 ans, cette pratique a fait office de règle. Le premier à ne pas la respecter fut Theodore Roosevelt, président de 1900 à 1908 et de nouveau candidat (défait) en 1912. Mais le premier à réussir fut un autre Roosevelt - Franklin Delano - qui, au terme de ses deux mandats, se représenta et l’emporta en 1940, alors que la guerre avait été déclarée sur le continent européen, et, en 1944, en plein conflit mondial. Circonstances exceptionnelles, plaida-t-il. En 1951, afin d’éviter de laisser la question à la libre interprétation du Président sortant, le Congrès adopta le 22e amendement interdisant la sollicitation d’un troisième mandat. Quoi qu’il arrive, il s’agit donc de la dernière bataille de Barack Obama.

Christophe Deroubaix

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Arrestation et extradition d'Aurore : Valls doit s'expliquer

4 Novembre 2012, 07:54am

Publié par PCF Villepinte

 

Arrestation et extradition d'Aurore : Valls doit s'expliquer
Face aux réactions de colère et d'incompréhension suite à l'arrestation et à l'extradition d'Aurore Martin, le PS a organise la défense de Manuel Valls. C'est le président de la commission des Lois de l'Assemblée nationale, Jean-Jacques Urvoas (PS), qui s'en charge en précisant qu'il n'y avait "aucune raison" de reprocher au ministre de l'Intérieur l'interpellation d'Aurore Martin, car elle ne "relève pas de sa compétence".

Il faudra éclaircir cette question puisque Aurore Martin a été arrêtée par la gendarmerie puis livrée aux autorités espagnoles dans la foulée.

Par delà le débat soulevé par l'exécution, pour la première fois dans notre pays, d'un mandat d'arrêt européen, comment expliquer que cette arrestation intervienne, alors qu'Aurore Martin avait décidé de ne plus se cacher depuis plusieurs mois, tout juste après les propos incendiaires de Manuel  au journal espagnol "El pais" au sujet de la création d'une collectivité territoriale basque. Face aux nombreuses réactions politiques dénonçant l'amalgame entre le débat sur le réforme territoriale et le processus de paix, le ministre de l'Intérieur a-t-il voulu reprendre la main avec l'arrestation d'Aurore Martin ? Face à ce questionnement, comment ne pas ressentir un profond malaise ? Manuel Valls doit donc s'expliquer.

Ce que Monsieur Urvoas devrait mesurer, c'est une chose assez simple. Depuis son arrivée place Beauvau, M.Valls semble vouloir prendre modèle sur la méthode et le style Sarkozy lors de son arrivée au Ministère de l'intérieur au printemps 2002. Il a a bien autre chose à faire.

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Extrait de RUE 89: Neil Young, bientôt 67 ans et toujours psychédélique

3 Novembre 2012, 09:27am

Publié par PCF Villepinte

Coup de cœur 01/11/2012 à 18h20
Neil Young, bientôt 67 ans et toujours psychédélique
Jean-Pierre Filiu | Universitaire
 

Frank Sampedro et Billy Talbot de Crazy Horse, et Neil Young (à droite) en concert en Californie, le 20 octobre 2012 (Barry Brecheisen/AP/SIPA)

Neil Young nous revient avec son groupe fétiche, Crazy Horse, pour un double album aux embardées dignes d’un hippie juvénile. « Psychedelic pill », la pilule psychédélique qui donne son nom au disque, n’est pas une drogue frelatée, mais une ensorceleuse des pistes de danse. « Le cœur est suspendu à ses figures » car, Papy Neil en est persuadé, « peu importe l’âge quand il s’agit de s’amuser » (« having a good time »).

Cet album n’a pourtant rien d’un produit marketé pour des baby-boomers aux tempes désormais grisonnantes, dont la nostalgie pour leur « folle jeunesse » s’appuie sur un budget culture conséquent. Non, Neil Young arrive encore à entraîner et à surprendre, notamment au fil de sa « Twisted Road », ou le long des 27 minutes envoûtantes de « Drifting Back ». C’est dense et saturé, exigeant et émouvant, avec une mention spéciale pour « Ramada Inn ».

« Ramada Inn » de Neil Young with Crazy Horse

La performance n’est pas mince pour un artiste qui a déjà 33 albums studio au compteur (et six enregistrements publics « officiels »). Le tout sans compter les musiques de film, au premier rang desquelles l’hypnotique bande-son du « Dead Man » de Jim Jarmusch, avec Johnny Depp récitant William Blake sur les riffs du « guitar hero ».

Le thème de « Dead Man » par Neil Young

Quant on pense, pour ne citer que lui, à Bob Dylan, incapable de produire un album digne de ce nom depuis trois décennies, la cause semble entendue.

Young et Crazy horse, alchimie historique

Le secret de cette alchimie réside dans l’osmose contagieuse qui unit Neil Young à Crazy Horse, un trio d’anthologie aux membres comme lui sexagénaires. Billy Talbot, à la basse, et Ralph Molina, à la batterie, assuraient déjà en 1969 sur « Cinnamon Girl » et « Down by the River ». Poncho Sampedro les a rejoints en 1972 à la guitare. Qui n’a pas vu Neil et Poncho se défier pour des solos rugissants d’un concert l’autre ne sait pas ce que deux guitares peuvent enfanter.

« Hey hey, my my » live par Neil Young with Crazy Horse

La « pilule psychédélique » a été malaxée au sud de San Francisco, au cœur d’une forêt de séquoias. C’est là que Neil Young a installé son studio d’enregistrement (Casa Blanca) et son ranch de Californien d’adoption. Originaire de Toronto, l’artiste signe d’ailleurs une chanson ironique, « Born in Ontario », sur la quête trompeuse des racines.

Pegi Young, son épouse depuis 1978, et lui animent chaque mois d’octobre, depuis un quart de siècle, le concert acoustique de soutien à la Bridge School, un des événements les plus courus de la baie de San Francisco (Jack White, Guns N’ Roses et les Flaming Lips s’y sont distingués cette année).

Productivité

Il y a pourtant seulement six mois que Neil Young et Crazy Horse nous livraient « Americana », un florilège de mélodies traditionnelles où le Canadien n’avait pas craint de glisser « God Save the Queen » (en version folk-rock, c’est troublant). Les quatre compères restituaient de méconnaissables interprétations de « Oh Susannah » et de « Clementine », ballades composées respectivement en 1847 et 1863. Et les fidèles avaient déjà dévoré en anglais l’autobiographie de Neil Young, « Waging Heavy Peace », publiée depuis peu en français.

J’ai vite perdu le compte des concerts de Neil Young auxquels j’ai assisté. La dernière fois, c’était en avril 2011, au Lincoln Center de New York. Seul sur scène, le guitariste canadien alternait acoustique et électrique pour présenter « Le Noise ». Assis au fond de l’orchestre (les places étaient chères, même pour un fan), je ne ratais pas une rime du « Hitchhiker », cet auto-stoppeur autobiographique, rescapé des paradis artificiels et ne reniant rien.

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