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Les années en 6 semblent particulièrement riches pour le mouvement syndical. C’est en 1906 que fut adoptée la charte d’Amiens par la CGT. Elle reste une référence pour le mouvement syndical français. 1936 connut à la fois la réunification de la CGT et le Front Populaire. Le premier accord d’unité d’action CGT-CFDT date de 1966. En 1986, un fort mouvement de jeunesse eut raison de la loi Devaquet. En 2006, c’est le CPE (contrat de première embauche) qui tombe devant une mobilisation unitaire des jeunes et des salarié·es. Pour 2026, je ne formule aucune prédiction. Je vous prépare seulement à quelques chroniques où l’histoire sociale et syndicale occupera une large place.
Commençons par l’accord d’unité d’action entre la CGT et la CFDT du 10 janvier 1966, conclu par le futur secrétaire général Georges Séguy, pour la CGT et par Eugène Descamps, secrétaire général de la CFDT, réunis au siège de la toute nouvelle CFDT. Le texte se présente comme une plateforme en sept « objectifs de lutte » : « l’amélioration du pouvoir d’achat » ; celle « des conditions de vie et de travail » ; la « défense et l’amélioration de la Sécurité sociale et des régimes de retraite complémentaire » ; « l’indemnisation contractuelle du chômage partiel » ; la « réduction des dépenses improductives en vue de l’accroissement des investissements publics » ; la « garantie du droit à l’emploi par l’implantation d’industries nouvelles avec financement et responsabilités publiques » ; la « refonte de la fiscalité ».
La CFDT n’a, à ce moment, même pas deux ans d’existence. Elle a été fondée à la suite d’un vote en faveur de la déconfessionnalisation de la CFTC, émis par 70 % des mandats du congrès de 1964 de cette organisation. Très vite, la jeune CFDT cherche des alliances syndicales. Déjà pointe l’idée d’une recomposition syndicale permettant la création d’un pôle syndical dit réformiste assez fort pour contrebalancer la place prépondérante du syndicalisme de classe qu’incarne la CGT. C’est donc d’abord du côté de FO que se tourne la CFDT. Mais elle se heurte à une fin de non-recevoir.
De son côté, la CGT vise l’unification syndicale. Elle ne désespère pas de parvenir à une nouvelle réunification avec FO, comme en 1936, trente ans auparavant. Mais c’est peine perdue. Or, depuis 1959, la CGT a conduit quelques actions communes avec la CFTC. Elle voit donc d’un bon œil la création de la CFDT. Si le rapprochement entre CGT et CFDT se fait un peu par défaut, il résulte aussi d’une nécessité, car les salarié·es, les luttes appellent à l’unité. Le contexte de la guerre d’Algérie a déjà permis des rapprochements entre les militants, qui se renforcent dans la résistance aux politiques antisociales du pouvoir gaulliste et du patronat.
L’accord réalisé répond donc aux attentes et donne du tonus aux luttes. Mais l’embellie sera de courte durée. La CFDT est traversée par un débat stratégique sur l’autonomie ou non du mouvement syndical vis-à-vis des partis de gauche. Edmond Maire, futur secrétaire général, est plutôt sur une ligne proche de celle de Pierre Mendès France. Il reproche à la CGT d’entraîner le PCF dans son sillage.
La CGT, quant à elle, est imprégnée du modèle d’unité et de rapport au politique de 1936. Il lui est difficile de choisir une stratégie de franche autonomie syndicale. Dès la fin 1967, les relations se tendent entre les deux confédérations, avant que le mouvement de mai-juin 1968 vienne rebattre les cartes. Mais la question de la spécificité de la démarche syndicale vis-à-vis du politique ne quittera plus la scène sociale.
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