Doit-on interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et les smartphones au lycée ? C’est ce que vont déterminer les députés ce lundi. Oui, répond Yves Marry, du collectif Attention, qui alerte sur la surexposition des adolescents aux écrans.
Publié le 25 janvier 2026
« Les smartphones sont des objets qui peuvent devenir dangereux. Il s’agit de protéger les plus vulnérables face à des objets puissamment addictifs », atteste Yves Marry.
Haro sur les écrans. Ce lundi, l’Assemblée nationale étudie une proposition de loi (PPL), portée par Ensemble pour la République mais transpartisane, ayant pour but de « protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux ». À la demande d’Emmanuel Macron, elle sera examinée en procédure accélérée, afin d’être appliquée dès la rentrée prochaine en cas d’adoption.
Interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, couvre-feu numérique pour les 15-18 ans, renforcement de la formation des élèves aux ressources numériques, interdiction des smartphones dans les lycées publics et création d’un délit de négligence pour les parents, cette PPL manie prévention et interdiction.
Le gouvernement, qui travaillait à un projet de loi, soutiendra finalement ce texte porté par la députée Renaissance Laure Miller et examiné à l’initiative de Gabriel Attal. Le texte fait cependant l’objet d’une motion de rejet déposée par La France insoumise. Parallèlement, au Sénat, une PPL centriste prône une interdiction totale de numérique jusqu’à 13 ans, ainsi qu’une autorisation parentale obligatoire pour que les 13-16 ans puissent s’inscrire sur les réseaux sociaux.
Pour le collectif d’associations Attention, qui alerte depuis 2020 sur les effets de la surexposition des enfants aux écrans, cette inflation législative a la vertu de répondre aux problèmes de santé publique que pose l’utilisation sans filtre et addictive des outils numériques.
Ce samedi, il a lancé un appel aux candidats aux municipales à signer la charte « Plus d’humains, moins d’écrans », lors des quatrièmes assises de l’Attention à Paris. Yves Marry, cofondateur de l’association de prévention Lève les yeux et co-initiateur de cette charte, en explique la démarche.
Le législateur et les pouvoirs publics sont-ils en train de changer de point de vue sur le numérique ?
Yves Marry
Cofondateur de l’association Lève les yeux
On assiste à une bascule. Le rapport rendu par la commission Enfants et écrans à Emmanuel Macron en avril 2024 acte une prise de conscience au plus haut niveau des impacts délétères des écrans sur la santé des jeunes, sur leur éducation, sur la cohésion sociale. Les partis commencent à se saisir du sujet. Notre discours critique est de plus en plus entendu. On s’en félicite.
La prévention passe-t-elle forcément par l’interdiction ?
Nous vivons avec de très nombreuses interdictions au quotidien : il faut un permis pour détenir une arme, la vitesse sur route est limitée, il est interdit de fumer dans les lieux publics. L’interdiction n’est pas un gros mot non plus. C’est ce qui permet de faire société. Il faut aussi, évidemment, apprendre, éduquer à l’utilisation de ces outils numériques. C’est le sens de notre action associative.
Mais il est absurde d’opposer prévention et interdiction. C’est ce que tentent les géants du numérique avec leurs éléments de langage.
Ce n’est pas parce qu’on interdit de rouler à plus de 130 kilomètres-heure que l’on n’apprend pas à conduire une voiture. Il faut prendre en compte l’explosion des usages chez les adolescents, qui conduit à une montée en flèche des statistiques du mal-être et des suicides, du cyberharcèlement, de la pédopornographie en ligne. Il faut prendre en compte les conséquences sanitaires et éducatives : les impacts sur le sommeil, sur la scolarité, les difficultés de mémoire, d’apprentissage, le retard accumulé dans les apprentissages…
Les smartphones sont des objets qui peuvent devenir dangereux. Un enfant qui va seul sur Internet a la quasi-certitude d’être exposé à des contenus traumatisants et mis en lien avec des personnes potentiellement malveillantes. Il s’agit de protéger les plus vulnérables face à des objets puissamment addictifs.
Pourquoi choisir 15 ans comme âge pivot d’utilisation ?
Certains parlent de 18 ans, d’autres 16 ans. Quinze ans semble faire consensus car c’est l’âge d’entrée au lycée. Cela nous va bien, même si 16 ans serait plus pertinent car les jeunes arrivent à une plus grande maturité et disposent d’une meilleure capacité de contrôle de leurs émotions et décisions. Le débat démocratique permettra de trancher.
Quel est le positionnement de l’Éducation nationale par rapport à l’interdiction des écrans ?
L’Éducation nationale a longtemps été derrière l’industrie numérique, en encourageant le déploiement des écrans et des solutions numériques dans les classes et en dehors du temps scolaire. Elle continue dans la même dynamique avec l’intelligence artificielle. À l’Élysée et dans d’autres ministères, le dogme du tout-numérique est remis en question. Côté enseignants, les syndicats viennent de s’opposer à l’interdiction des smartphones dans les lycées.
Nous comprenons leur demande de moyens supplémentaires : l’interdiction ne peut reposer que sur la bonne volonté du personnel. Mais être contre par principe nous étonne. De nombreuses études démontrent la baisse d’attention et de concentration des élèves et, à l’inverse, un apaisement dans les établissements qui ont franchi le pas.
Enlever les écrans ne revient-il pas à rater les progrès techniques ?
Tout progrès poussé par des industriels dans le seul but de faire du profit n’est pas forcément bon à prendre pour nos sociétés. On gagnerait à plus de discernement et à se poser la question de ce que l’on veut faire avec la technologie : nous rend-elle plus humains ?
Vous lancez une charte pour les municipales. Les maires ont-ils des moyens d’agir ?
À l’échelon européen comme national, la force des lobbies est si grande que les décideurs ont bien du mal à prendre des mesures efficaces au-delà des discours. En revanche, localement, on voit déjà des élus prendre des mesures courageuses et utiles. Les maires peuvent soutenir les actions de prévention comme Bordeaux avec son défi Dix jours sans écran. La mairie de Marseille, son conseil municipal des jeunes, en partenariat avec Lève les yeux, a mené une campagne d’affichage conçue par et pour des jeunes afin de les encourager à réduire leurs usages des écrans.
Des communes s’engagent pour réduire la place des écrans dans les écoles maternelles, primaires et dans les centres de Protection maternelle et infantile (PMI). Les maires ont le pouvoir de refuser le déploiement de tablettes voulu par l’État ou les régions.
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