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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Comment Macron nous prépare au nouveau régime capitaliste :

4 Décembre 2022, 08:37am

Publié par PCF Villepinte

 la pénurie

Le gouvernement annonce une nouvelle ère: celle des pénuries à répétition, sur fond de crises internationale et écologique. Mais derrière son discours de «sobriété», le chef de l’État préfère serrer les ceintures plutôt que de changer de logiciel. Aux dépens des classes populaires. ENQUÊTE

L'Humanité Samedi 3 Décembre 2022

Cyprien Caddeo

Photo by Chedly Ben Ibrahim / NurPhoto / AFP

Il y a quarante ans, on ricanait en Occident des étagères vides et des interminables queues devant les magasins soviétiques. Le capitalisme, lui, apparaissait par contraste comme une promesse sans fin de prospérité et de profusion. Fini la récré? La France et lEurope se demandent maintenant si elles auront assez de gaz pour passer lhiver au chaud.

L’été prochain, face à la canicule et aux sécheresses,  cest leau qui viendra à manquer. Cela tombe bien: les pompiers, eux aussi, sont en nombre insuffisant pour lutter contre les incendies estivaux. Dans un registre plus trivial, les commerçants alertent sur de probables «pénuries» sur certains jouets à Noël alors que, il y a quelques mois, on s’est affolé de l’absence prolongée de moutarde dans les rayons de nos centres commerciaux ou de la crise de l’huile de tournesol, et de son impact sur la production des nuggets de McDonald’s.

Tout cela a conduit, fin août, Emmanuel Macron à théoriser « la fin de l’abondance », évoquant une «bascule»: il faut que les Français shabituent, désormais, à manquer ponctuellement de certains biens, ou à voir leurs prix exploser du fait de leur raréfaction, et à adapter leur consommation en conséquence.

La sortie avait fait rire jaune l’opposition: «Mais dans quel pays vit-il, ce président de la République qui revient de son château fort de Brégançon, où il a fait du jet-ski, en famille, dans sa piscine privée?» s’est emporté, par exemple, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel.

Ne pas remettre en cause l’ordre établi

Depuis, tout le gouvernement a néanmoins embrayé pour s’afficher en champion nouvellement converti au credo de la « sobriété ». «Lexécutif vole nos mots pour les vider de leur sens», en soupire l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint.

«Macron fait mine de découvrir la lune en faisant siens des débats et des concepts issus de la contestation du capitalisme, et qui sont anciens», complète Mireille Bruyère, membre des économistes atterrées. Il est vrai que l’illumination est tardive. Mais peut-être est-elle sincère? Le discours sur la sobriété a pu faire dire à un journal commeLe Monde que, face aux crises, Emmanuel Macron avait été contraint de «changer de logiciel»

Vraiment? «Cest juste un discours de branle-bas de combat, conjoncturel, parce quon va manquer d’énergie cet hiver», tempère l’économiste spécialiste de la décroissance Timothée Parrique. Ce n’est pas le discours holistique nécessaire sur la relation entre environnement et économie. En réalité, le chef de l’État s’accommoderait tout à fait d’un «capitalisme gestionnaire de pénurie», pourvu, justement, que cela permette de ne pas remettre en cause lordre capitaliste établi.

Injonctions contradictoires

De fait, un tel discours de renoncement n’a rien de nouveau du côté des libéraux. Les classes sont surchargées, les professeurs en sous-nombre et dépassés? Les hôpitaux saturés, en manque de lits? Les petites lignes ferroviaires s’éteignent les unes après les autres? Oui, mais ça coûte trop cher, voyez-vous, répond l’Élysée, et ce depuis des décennies. Et il ny a pas d’«argent magique», rappelez-vous, il faut faire des économies.

Sil faut différencier les pénuries résultant dun épuisement des ressources de celles provoquées par l’abandon de l’État, dans les deux cas, ce sont les mêmes, les précaires, qui trinquent. «Cest à partir de cela quon doit reconstruire nos sociétés: de la question des besoins, rappelle Marie Toussaint. Et pas sur le désengagement de l’État, que ce soit sur les services publics ou sur la transformation de nos modes de production, dont l’exécutif se lave les mains en renvoyant cela à la responsabilité individuelle du consommateur.»

La production est le grand absent du discours sur la sobriété. Cela est même assumé par la première ministre, Élisabeth Borne: «La sobriété énergétique, ce nest pas produire moins et faire le choix de la décroissance. Cest éviter les consommations inutiles et ne pas consommer tous au même moment.» La Macronie n’a pas lâché l’idée d’un capitalisme vert.

 «Macroéconomiquement, cela revient à dire quon va freiner tout en accélérant», raille Timothée Parrique. «La consommation est déterminée par la production, complète Mireille Bruyère. C’est souvent l’industrie qui crée ce besoin, l’offre qui détermine la demande.» Pour elle, cela illustre les injonctions contradictoires du discours macroniste: «Si je suis Élisabeth Borne, on maintiendrait notre logique productive, avec des hypermarchés aux étagères bardées de produits en toute saison, on bombarderait les gens de pub, tout en leur disant de moins consommer? Il y aurait de quoi les rendre fous!»

Notre sobriété, leurs superprofits

Mais pas question pour l’exécutif d’aller contre son propre logiciel. Ni sur la production ni sur ceux qui tirent profit de cette production: les grandes entreprises et les ultrariches. Pourtant, les pénuries ne pénalisent pas tout le monde, tant sen faut, en témoignent les superprofits de Total ou d’Engie, dont Bercy fait mine d’ignorer l’origine: la moindre quantité de ressources disponibles, pour l’un, et la privatisation de l’énergie, pour l’autre.

Quant à la réaction de l’Élysée à la proposition d’interdire les jets privés, symbole des excès polluants des très riches – une idée qualifiée de «démagogue» et de «populiste» , elle renvoie à un réflexe de défense de classe.

S’il y a une autre grande absente de ce discours, c’est bien la question des inégalités sociales. Qui se privera? Qui coupera son chauffage cet hiver parce que la facture sera impossible à assumer? Les plus précaires. La classe aisée aura, elle, les moyens d’absorber le surcoût. Et même de trouver, soyons-en sûrs, de la moutarde et des jouets pour Noël, malgré l’inflation.

La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a certes tenté de rectifier le tir, rappelant l’existence de dispositifs «sociaux» comme le chèque énergie (et inventé au passage un néologisme très disruptif pour désigner les pauvres): «On ne demandera jamais à des Français en situation de sobriété subie de faire des économies.» Subir encore, subir toujours, c’est pourtant bien, in fine, l’objet de ce discours.

 

 

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