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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Poutine place l’Europe sous la menace nucléaire

22 Septembre 2022, 13:59pm

Publié par PCF Villepinte

ACTU

Dans une allocution télévisée, mercredi matin, le président russe a décrété la mobilisation partielle de 300000 réservistes. Pire, il promet dutiliser tous les moyens à sa disposition pour «protéger la Russie». Une escalade meurtrière qui provoque de fortes réactions parmi les citoyens du pays. ANALYSE

Vadim Kamenka L'HumanitéJeudi 22 Septembre 2022

Saint-Pétersbourg, le 20 septembre. Un panneau d’affichage promeut le service militaire : «Servir la Russie est un vrai travail.» © Olga Malteseva/AFP

En pleine Journée internationale de la paix, la menace nucléaire a été clairement posée. En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Vladimir Poutine a tenu un discours des plus inquiétant, mercredi matin. Près de sept mois après sa déclaration d’invasion de l’Ukraine, le 24 février, le président russe a de nouveau privilégié une intervention télévisée enregistrée pour exprimer une forme d’adresse aux dirigeants occidentaux.

Dès le début de son message à la nation, ce dernier a annoncé avoir signé un décret pour une «mobilisation militaire partielle» entrant en vigueur immédiatement afin de remplir les objectifs de son «opération militaire spéciale» en Ukraine. Cela concerne «les citoyens qui se trouvent sur les listes des réserves () et surtout tous ceux qui ont une expérience militaire pertinente», a précisé le dirigeant.

Sur le site ce matin, je constate que nombre de légendes n'ont pas été exportées . Etrange ????]

Cette mobilisation des Russes en âge de combattre implique près de 300000 personnes. Dans son discours, le président russe joue sur la fibre patriotique, évoquant la «souveraineté» et l’ «intégrité territoriale» afin d’assurer «la sécurité de notre peuple et des peuples dans les territoires libérés». Il a également condamné «lobjectif de lOccident» qui «est de détruire la Russie», après avoir «réussi à briser lURSS».

 «Nous avons cherché des solutions pacifiques mais lOccident les a rejetées», a-t-il ajouté. Face à ces menaces, Vladimir Poutine précise qu’il ne s’agit pas d’ «un bluff» et avertit: «Notre pays dispose également de moyens de destruction divers () et plus modernes que ceux des pays de lOtan. Et si lintégrité territoriale de notre pays est menacée, nous utiliserons certainement tous les moyens à notre disposition pour protéger la Russie et notre peuple.»

Le danger nucléaire est donc clairement réaffirmé. Cette nouvelle escalade de la part de Moscou a débuté avec l’avancée des troupes ukrainiennes, ces dernières semaines, et les garanties de sécurité proposées par les principales puissances occidentales à Kiev. Les revers militaires essuyés par la Russie sur le terrain ont hâté la mise en place de référendums dans les territoires du sud et l’est de l’Ukraine.

 Il s’agit notamment de Kherson, Zaporijjia et des deux Républiques autoproclamées de Donetsk (DNR) et Lougansk (LNR). La question «Approuvez-vous lentrée de la DNR au sein de la Russie en tant que sujet de la Fédération?» sera ainsi posée à lensemble des citoyens vivant dans ces zones sous contrôle russe, du 23 au 27 septembre. Sur place, comme à Donetsk, les sentiments alternent entrent espoir dun meilleur sort et inquiétude face à des combats incessants et de plus en plus violents.

En  Russie, la peur domine et la colère pointe

Cette fuite en avant confirme que les faucons, qui ont appelé «  à frapper des infrastructures et des centres de décision sur tout le territoire ukrainien», gagnent en influence au sein du pouvoir. Ces référendums interpellent aussi bien sur la légalité que sur l’objectif d’une telle initiative. Car ce scrutin pourrait déboucher sur un tournant majeur dans le conflit. «Au regard des accords de sécurité, de leur entrée dans la Fédération de Russie, Moscou s’autorise le droit de déclencher une réponse militaire beaucoup plus dure et justifiable auprès de son opinion», analyse un journaliste russe.

En Russie, dans les grandes villes, l’inquiétude et la sidération l’emportent parmi la population. «La peur domine. Mes amis, ma famille, mes voisins sinterrogent sur les risques de voir leurs enfants, petits-enfants être mobilisés. Passé cette inquiétude, une forme de colère pointe. Si la crainte d’être arrêté, incarcéré ou de subir de lourdes amendes empêche encore de grandes protestations, le basculement est possible. Avec les premiers réservistes envoyés au front et les morts, une réactio n violente de la société n’est pas à exclure», estime Youri, un habitant de Saint-Pétersbourg. Même phénomène dans les régions et villes limitrophes du conflit, qui subissent depuis 211 jours la réalité de la guerre, à la différence de la majorité du pays .

«Il y a une véritable lassitude face à ce conflit et à lescalade promise. Tout louest du pays se trouve en première ligne. L’opposition y est réelle. Les gens n’acceptent plus cette fuite en avant», constate un pacifiste russe. Une pétition en ligne contre la mobilisation a recueilli plus de 200000 signatures en quelques heures, le 21 septembre. Les vols directs depuis la Russie à destination de la Turquie, de l’Arménie et de l’Asie centrale ont été pris d’assaut et affichaient tous complet, mercredi et jeudi.

Alors que des bombardements russes ont principalement visé Kharkiv, mercredi, dans la capitale ukrainienne, les habitants eux espèrent d’autres victoires. Tania, qui vit à Kiev, reste persuadée que «récupérer nos territoires demeure la priorité. La menace nucléaire? Je ne peux lenvisager. Cest un moyen de nous faire peur». Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a expliqué dans une interview à la chaîne allemande Bild TV: «Nous ne pouvons pas accepter ce genre de compromission» et ne pas croire à l’utilisation de telles armes. Sans quoi, ajoute-t-il, «demain, Poutine pourra dire: Nous voulons une partie de la Pologne en plus de l’Ukraine, sinon nous utiliserons des armes nucléaires”».

la Chine a appelé au cessez-le-feu

À l’Assemblée générale de l’ONU, une forme d’unanimité se dégageait parmi les Occidentaux. Les réponses diplomatiques émanant des ministres des Affaires étrangères et de la Défense britannique, états-unien et européens ont évoqué «l’échec de linvasion russe», «un nouveau signe de son désarroi» ou un «aveu de faiblesse». Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a qualifié la mobilisation partielle et l’annonce de référendums d’ «actes de désespoir». Quant au secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, qui a quand même souligné la «rhétorique nucléaire dangereuse» du président russe, il a affirmé: «Nous continuerons à soutenir l’Ukraine.»

L’engrenage qui pousse au bord du gouffre n’a suscité que peu de réactions. Principal partenaire de la Russie depuis le début de l’invasion, la Chine a appelé au cessez-le-feu et au respect de l’intégrité territoriale des États. Washington a pour sa part déclaré prendre cette menace «au sérieux». Sur la chaîne ABC, John Kirby, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, a précisé: «Nous surveillons du mieux que nous le pouvons leur posture stratégique, de manière à pouvoir changer la nôtre si besoin.» 

Rien sur le danger nucléaire, l’élargissement continu de l’Otan à l’est qui font des États-Unis un des acteurs clefs de cette crise. Le président Joe Biden a lancé: « Il est impossible de gagner une guerre nucléaire », lors de son discours à l’ONU. Certes, mais ne serait-il pas temps de stopper cette fuite en avant inquiétante? «Vladimir Poutine sest enfermé dans une escalade avec les Occidentaux dont il ne peut plus sortir. Dans lincapacité davouer son échec, il procède à une surenchère meurtrière», avait déjà alerté l’historien et spécialiste des relations internationales Andreï Gratchev, en mars. Six mois plus tard, quelle est la priorité des Nations unies et de l’Europe? Le président de la campagne pour la paix, le désarmement et la sécurité, Joseph Gerson, a tenu à rappeler: «Dans cette nouvelle guerre froide 2.0, nous pouvons forcer les puissances en place à trouver un compromis» (voir l’Humanité du 21 septembre). Espérons qu’il ne soit pas trop tard.

 

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