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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Les flous et les loups de la réforme des retraites

26 Septembre 2022, 08:00am

Publié par PCF Villepinte

Régressions

 Présenté ce matin en Conseil des ministres ou plus tard à l’Assemblée, le projet gouvernemental compte sur le recul de l’âge légal, l’augmentation de la durée de cotisation et la baisse des pensions pour sabrer dans les dépenses publiques.

Stéphane Guérard L'Humanité

Lundi 26 Septembre 2022

Bardos Florent/ABACA

Êtes-vous plutôt amendement dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) présenté ce lundi en Conseil des ministres? Ou plutôt amendement glissé à larrivée du texte au Parlement, le 20 octobre? À moins que vous ne préfériez un projet de loi plus global livré en début dannée?

Un peu comme si seul importait le choix de la couleur de l’emballage d’un fruit pourri, la réforme des retraites s’est cantonnée, ces quinze derniers jours, pour la Macronie à des palabres sans fin sur la meilleure façon de faire avaler aux Français le report de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, voire 65 ans. Ce mauvais feuilleton devait prendre fin avec la présentation du PLFSS ce lundi au Conseil des ministres. Il est parti pour jouer les prolongations.

Si les lumières de l’actualité se sont donc arrêtées sur ces atermoiements politiciens, elles n’ont que faiblement mis au jour l’ampleur des changements si la réforme était adoptée. Leurs premiers effets sont pourtant attendus rapidement, dès l’été 2023.

Âge de départ et trimestres cotisés, la double peine

Afin de diminuer rapidement les dépenses du régime général, le candidat Macron n’avait évoqué durant sa campagne qu’un seul levier: le recul de l’âge légal de départ, de 62 à 64 ans, voire 65 ans. «Cette mesure aurait dabord un effet psychologique, car elle parle à tout le monde. Et elle toucherait les gens qui pouvaient prétendre partir plus tôt car ils avaient commencé leur carrière très jeunes, ou ceux concernés par l’âge d’annulation de la décote», note Régis Mezzasalma, conseiller confédéral retraite à la CGT.

Mais ce seul paramètre ne devrait pas suffire aux pulsions de l’exécutif de tailler dans la dépense publique. Car le recul aux 64 ans ne ferait qu’entériner l’âge de départ effectif des Français. En 2020, les personnes ouvraient leurs droits à pension en moyenne à un peu plus de 62 ans. En 2040, ce sera 64 ans, réforme ou pas. Pour parvenir à ses fins austéritaires, le gouvernement dispose d’un autre levier: laugmentation du nombre de trimestres cotisés nécessaires pour obtenir une pension à taux plein.

Pour lheure, le gouvernement se limiterait à une accélération de la réforme Touraine de 2014. Mais rien n’indique qu’il n’ira pas plus loin. Ce tour de vis, toujours en cours, ajoute un trimestre cotisé toutes les trois générations: de 167 trimestres (41 ans et 9 mois de travail) demandés aux personnes nées entre 1958 et 1960 à 172 (43 ans) pour la classe 1973. Dans son rapport remis jeudi, le comité de suivi des retraites conseille à l’exécutif de hâter le mouvement pour des «effets financiers moins rapides (que le recul de l’âge légal – NDLR) mais plus durables».

Dans ce cadre, le jeu des décotes sera sanglant. Actuellement, une personne de 62 ans peut ouvrir ses droits. Mais sa pension est amputée en proportion des trimestres cotisés qui lui manquent. Les 64 ans ajoutent deux années de labeur supplémentaires. Aggraver les seuils de cotisation revient à repousser un peu plus encore l’accès aux droits, sous peine de décote. L’âge d’annulation de ces décotes est fixé à 67 ans. Le gouvernement va-t-il conserver ce curseur ou le reculer? Faudra-t-il attendre 68 ou 69 ans pour toucher une retraite non amputée? Rappelons que, selon lInsee, un quart des 5 % de Français les plus pauvres sont déjà décédés à l’âge de 62 ans.

Les carrières courtes et incomplètes les plus touchées

Les victimes de ces mesures paramétriques sont connues: les travailleurs avec des carrières courtes et/ou incomplètes, qui doivent déjà souvent attendre leurs 67 ans pour accéder à des droits minimaux. «Pour les femmes, cest la double peine, dénonce Sophie Binet, de l’Ugict-CGT. Elles, qui touchent en moyenne 25 % de salaire en moins que leurs collègues masculins à poste égal et qui ont des carrières courtes ou hachées, doivent déjà partir en retraite plus tard d’un an en moyenne que les hommes.

Et leurs pensions sont elles aussi en moyenne plus faibles de 42 %. Tout report de l’âge légal aggrave leur situation.» En cas de nouvel allongement de la durée de cotisation, c’est même la triple peine: une femme sur cinq est déjà contrainte dattendre 65 ans pour partir sans décote, contre un homme sur douze. Tout à sa réforme paramétrique, le gouvernement se garde d’évoquer des mesures de compensation: annulation de décotes, minima de pension dès 62 ans

La fausse promesse des 1100 euros minimum

Seule la promesse d’une retraite minimale à 1100 euros par mois suggérée par le candidat Macron pouvait enjoliver le tableau. «On ne la plus réentendue, pondère Michaël Zemmour, économiste spécialiste des retraites. Il s’agissait d’une garantie minimale pour les personnes ayant une carrière complète et pouvant prétendre à une pension à taux plein. Ce serait donc un progrès pour un petit nombre de personnes. Car 20 % des plus petites retraites ne disposent pas d’une carrière complète. Nombre de ces personnes avec une faible pension ne seraient donc pas concernées.»

Pour Régis Mezzasalma, ces 1100 euros relèvent du jeu de dupes. «Dune part, ils sont conditionnés aux économies réalisées par la réforme envisagée. Dautre part, il faut avoir 62 ans pour prétendre à la retraite minimum contributif de 980 euros par mois. Faudra-t-il attendre 64 ans, voire 65 ans, pour toucher cette retraite minimale de 1100 euros? Et si lon touche à la durée de cotisation, faudra-t-il disposer de 45 annuités au lieu des 43 aujourdhui pou r y avoir droit?»

Baisser les pensions et dynamiser le marché du travail

Autre dégât collatéral de la réforme Macron: le niveau de vie des retraités. «Le futur âge de départ représentera un âge de décrochage de pouvoir dachat, schématise Michaël Zemmour . Actuellement équivalent à celui des actifs, le niveau de vie des pensionnés va baisser autour de -20 %» entre la génération 1950 et celle de 2000. «La logique de cette nouvelle réforme est de poursuivre la baisse progressive du niveau de vie des retraités en ne touchant ni aux mesures déjà prises par les précédentes réformes ni à la hausse de la CSG sur les pensions lors du premier quinquennat», résume l’économiste Henri Sterdynyak.

De quoi pousser les 62, 63 et 64 ou 65 ans à rester en emploi. Pour Pierre-Yves Chanu, représentant de la CGT au Conseil d’orientation des retraites, ce travailler plus longtemps produira un autre effet attendu par l’exécutif comme le patronat. «Mettre un plus grand nombre de seniors en activité revient à augmenter la concurrence entre les travailleurs sur le marché du travail, donc à diminuer les salaires.»

Le faux nez des régimes spéciaux

Déjà visés lors de la tentative de réforme des retraites de 2019-2020, les régimes spéciaux demeurent ciblés. «Leur suppression faisait partie du programme du président. Elle reste donc dactualité», assure le ministre du Budget, Gabriel Attal, dans le JDD ce dimanche.

La mesure n’a aucun intérêt, dénonce Pierre-Yves Chanu. «Le gouvernement ne touchera pas aux petits régimes comme ceux des danseurs de lOpéra de Paris ou des avocats. Il compte mettre fin à ceux des agents de la RATP et des industries électriques et gazières, qui ne posent pourtant pas de problème financier puisqu’ils sont adossés à leurs branches et à des contributions tarifaires ou des taxes parafiscales. S’agit-il d’un appel du pied aux “Républicains” pour obtenir leur soutien?»

Régis Mezzasalma replace cette mesure dans le contexte global de la réforme: «Pour le gouvernement, il sagit de trouver des économies importantes sur le système des retraites afin de diminuer rapidement les dépenses publiques. Le fond est connu. Cest un choix de société: entre la société du mieux-être et celle du labeur à vie.»

 

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