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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Entre Macron et la gauche, deux conceptions du pouvoir d’achat

9 Juillet 2022, 08:43am

Publié par PCF Villepinte

Analyse Élisabeth Borne a présenté le 6 juillet son paquet de mesures face à l’inflation. Des propositions avant tout destinées à ménager le patronat et le portefeuille des actionnaires, quand celles avancées à gauche visent à instaurer une autre répartition des richesses.

Diego Chauvet L'Humanité

Publié le Samedi 9 Juillet 2022

Quand l’exécutif entend faire appel à la bonne volonté des entreprises pour concéder de symboliques remises, la gauche réclame, elle, le blocage des prix. © Frederic Scheiber/HansLucas/AFP

Les mesures adoptées en faveur du pouvoir d’achat par Emmanuel Macron lors de son précédent quinquennat étaient déjà dénoncées par l’opposition comme insuffisantes. L’inflation les a rendues encore plus dérisoires. Entre mai 2021 et mai 2022, les prix ont grimpé de 5,2 % en moyenne. Dans les mois à venir, l’addition sera encore plus salée pour des millions de ménages, alors que les salaires, dans le privé comme ceux des fonctionnaires, stagnent depuis des années. La flambée des prix de l’énergie a particulièrement entamé le pouvoir d’achat des Français, dès 2021, et encore davantage depuis la guerre en Ukraine. En conséquence, au sommet de l’État, c’est le branle-bas de combat pour tenter d’éteindre l’incendie social qui menace.

La  Macronie  brandit chèques et boucliers

En difficulté depuis la perte de leur majorité absolue à l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron et Élisabeth Borne ont présenté une série de mesures, le 6 juillet en Conseil des ministres, en vue d’une adoption rapide. Sans préjuger de la bataille parlementaire découlant de la nouvelle donne politique des législatives, il semble déjà évident que le président fait appel aux mêmes méthodes que celles utilisées lors de la flambée des prix des carburants ou, quelques années plus tôt, pour calmer les gilets jaunes.

En premier lieu, les «chèques», les «remises», et divers «boucliers». La remise de 18 centimes à la pompe devrait être prolongée jusqu’à fin août, ce qui coûterait aux finances publiques 2 milliards d’euros. Le «bouclier tarifaire» en vigueur pour le prix du gaz depuis lautomne connaîtrait une prolongation jusqu’à la fin de lannée. Côté chèque, ce sont 9 millions de foyers, selon le gouvernement, qui devraient percevoir 100 euros de «chèque alimentation», augmentés de 50 euros par enfant à charge. Il y a aussi quelques nouvelles variantes.

Quelques pirouettes verbales

D’abord, un «bouclier» pour les locataires: les loyers ne pourraient pas augmenter de plus de 3,5 % pendant un an, tandis que les APL seraient revalorisées du même taux, après une baisse de 10 % depuis 2017. 3,5 %, c’est aussi ce que toucheront en plus les fonctionnaires après de longues années de gel de leur indice. Compte tenu du niveau de l’inflation, ce n’est même pas une remise à niveau.

Pour faire face aux critiques sur son ménagement du patronat et des actionnaires, le gouvernement tente quelques pirouettes verbales. Ainsi, le ministre des Transports, Clément Beaune, a indiqué que l’exécutif comptait «demander un effort aux pétroliers pour faire baisser les prix à la pompe». Par ailleurs, le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a annoncé réunir dans la semaine un comité de suivi des négociations salariales avec les partenaires sociaux.

Pour autant, hors de question selon lui de toucher au Smic et de le porter à 1500 euros net . Cette mesure phare du programme de la gauche, quil qualifie de «démagogique», mettrait «à mal la compétitivité des entreprises, et donc laccès à lemploi», ose-t-il. Essayer d’éteindre l’incendie donc, tout en préservant les bénéfices des entreprises.

Porter le  smic à 1500 euros

C’est justement la différence fondamentale entre les objectifs de la majorité (et de la droite qui défend les mêmes positions) et les ambitions de la gauche. Le projet de loi gouvernemental sera vite absorbé par une inflation qui n’est pas près de ralentir, d’autant moins que l’exécutif refuse de s’attaquer à ses causes, en premier lieu la spéculation.

Ce que fait en revanche la gauche. Plutôt que de distribuer des chèques de 100 euros de temps en temps, il faut augmenter le Smic et engager des négociations salariales pour les autres salaires.  Pour cela, la gauche propose larme du blocage des prix. Avec une telle mesure, appliquée par exemple aux carburants et aux produits de première nécessité, plus besoin daller solliciter la bonne volonté des pétroliers comme tente de le faire Clément Beaune. Ils se retrouvent d’office mis à contribution, tandis que les spéculations qui font grimper les prix du gaz depuis bien avant la guerre en Ukraine se trouveraient enrayées.

Les sénateurs communistes demandent un mission d'information sur l'inflation

Car c’est un autre angle mort du projet de loi d’Élisabeth Borne: pourquoi les prix senvolent-ils à cette allure? Certes, la crise sanitaire puis la remise en route de la machine économique mondiale ont pu jouer, de même que la guerre en Ukraine et les sanctions décidées par les pays occidentaux contre la Russie.

Sauf que la spéculation joue, à l’évidence, également de ces événements exceptionnels. Les sénateurs communistes ont demandé la création «en urgence» dune mission dinformation de la commission des Affaires économiques du Sénat afin notamment, comme le précise la présidente du groupe, Éliane Assassi, d’examiner les origines de l’inflation «et son éventuel lien avec lanticipation et la spéculation».

Cette mission «flash» pourrait ainsi amener les parlementaires à amender le «paquet pouvoir dachat» d’Élisabeth Borne avant quil ne soit voté. De leur côté, les députés insoumis ont aussi demandé la création dune commission denquête sur «les causes de linflation».

«On ne relèvera pas la France avec des Français mal payés»

Le député communiste Fabien Roussel a pour sa part déposé un projet de loi visant à baisser de 35 centimes les prix à la pompe: le financement serait assuré par une taxe sur les dividendes des pétroliers. Pour les autres mesures, plutôt qu’un «bouclier», la gauche propose également un véritable encadrement des loyers, fustigé par l'ancienne ministre Amélie de Montchalin.

Quant aux fonctionnaires, le dégel proposé par la gauche se montait à 10 %, cest-à-dire au-delà de l’inflation. «On ne relèvera pas la France avec des Français mal payés», avait justifié le communiste Ian Brossat lors de la présentation du plan durgence de la Nupes. Macron essaie de maîtriser une crise en sauvant les dividendes de ceux qui sen nourrissent, quand la gauche propose de relancer l’économie en changeant la répartition des richesses.

 

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