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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

BD. Cet été, bullez avec l’humanité ! #1

2 Juillet 2022, 07:46am

Publié par PCF Villepinte

Vingt bandes dessinées sur la ligne de départ, huit finalistes à l’arrivée. Le jury du prix de la BD citoyenne Bulles d’Humanité s’est arraché les cheveux pour trouver un successeur à «Révolution», «les Deux Vies de Pénélope» et «Fourmies, la Rouge», lauréats des trois premières éditions.

Le vainqueur 2022 de ce prix, remis en partenariat avec le Comité des travaux historiques et scientifiques, sera annoncé lors de la Fête de l’Humanité. Pour patienter, notre magazine consacre ses pages estivales aux huit albums encore en lice.

L'Humanité. Samedi 2 Juillet 2022

PRIX DE LA BD CITOYENNE,  LES HUITS FINALISTES DE LA SÉLECTION 2022

« Des Vivants », Raphaël Meltz, Louise Moaty, Simon Roussin, Éditions 2024, 260 pages

« Faut faire le million », Gilles Rochier, 6 pieds sous terre, 96 pages

« # J’accuse...!» de Jean Dytar, Delcourt, 312 pages

« Le Poids des héros », David Sala, Casterman, 176 pages

« Michel, la fin les moyens, tout ça », Pierre Maurel, L’employé du moi, 80 pages

« René.e aux bois dormants», Elen Usdin, Sarbacane, 272 pages

« Une Révolte tunisienne », Aymen Mbarek, Seif Eddine Nechi, traduction Marianne Babut, Alifbata, 224 pages

« Le Roi des vagabonds », Patrick Spät, Bea Davies, Dargaud/Seuil, 160 pages

 

Premier des huit finalistes de cette quatrième édition de notre prix, l’album que signent Seif Eddine Nechi et Aymen Mbarek : un retour dans la Tunisie des années 1980 vu par les yeux d’un enfant, quand les directives du FMI menaçaient d’affamer le peuple et mettaient le feu aux poudres.

 « Une Révolte tunisienne », Aymen Mbarek, Seif Eddine Nechi, traduction Marianne Babut, Alifbata, 224 pages

Ils se sont rencontrés au sein de Lab619, un collectif de bande dessinée né à l’aube du printemps tunisien. Seif Eddine Nechi et Aymen Mbarek ont ensuite fondé un blog de BD, soubia.com. Avec ce roman graphique, ils confirment l’émergence de la bande dessinée tunisienne, dont on connaissait surtout le personnage Willis From Tunis, créé par la caricaturiste Nadia Khiari.

D’emblée, en découvrant le titre, «Une révolte tunisienne, la légende de Chbayah», on pense au mouvement populaire qui a renversé Ben Ali en janvier 2011. Mais ce nest pas cette révolte qu’évoquent les auteurs. Il sagit ici des émeutes du pain qui, du 30 décembre 1983 au 6 janvier 1984, ont enflammé la Tunisie, rompant ainsi avec l’idée largement répandue, en France, d’une société atone et résignée jusqu’à 2011.

 À l’origine du mécontentement, l’application d’une directive du Fonds monétaire international qui impose la suspension des subventions aux produits céréaliers. L’explosion des prix alimentaires qui s’ensuit provoque une vague de manifestations dans le sud du pays. Largement réprimée, la protestation se mue en insurrection populaire. Telle est la toile de fond de cette bande dessinée.

Une radio pirate fait la nique à la police

Mais les auteurs nous surprennent avec un nouveau pas de côté, encouragé par un personnage anonyme devenu mythique. Au cours de ces émeutes, une radio pirate, animée par un certain Chbayah, le nom donné au petit fantôme Casper dans sa version arabe, asticote les autorités. Narguant les policiers, Chbayah diffuse de fausses informations sur leurs canaux, les envoyant à l’opposé des parcours des manifestations.

Pour la plus grande joie des habitants. Dans l’intrigue, il apparaît sous forme métaphorique et fantomatique auprès d’un enfant, Samir, objet des moqueries de ses camarades d’école. Un mois plus tôt, il a été victime d’un accident. Trop pressé d’accéder au cinéma affichant «la Fille de Trieste», le nouveau film avec Ornella Mutti, star italienne d’une grande beauté, il traverse la rue sans regarder. Renversé, hospitalisé, il est amputé d’une main.

«Je préférerais être mort», dit-il. Le fantôme, qui entre alors en scène, devient une sorte dami imaginaire. Cest un émeutier originaire de Douz, la ville méridionale où tout a commencé. Il a été abattu par un sniper au début du mouvement. En même temps qu’il lui montre sa ville, Tunis, Samir décide aussi de faire la révolution à sa manière. Le pneu crevé d’une voiture de police, et le voilà contraint de changer de tête afin d’éviter l’arrestation.

Intermèdes allégoriques

Certes, le scénario de cette bande dessinée a un côté foutraque. Mais, en revenant sur cette insurrection, les auteurs dévoilent un moment fondateur, les graines d’une révolte qui surviendra vingt-sept ans plus tard. Il y a quelque chose d’excitant à voir cette volonté émancipatrice et ce souffle révolutionnaire à hauteur d’enfant.

Et même si la naïveté du personnage amène une touche onirique, les auteurs se confrontent également au réel. La torture systémique, les relations avec l’ancienne colonie et la conscience de classe des prolétaires tunisiens alimentent sans cesse le récit. Le travail graphique est aussi remarquable. Des cases en bichromie viennent s’insérer au milieu d’autres cases en couleur.

Le dessin prend parfois un tour plus pictural dans des intermèdes allégoriques, rappelant la célèbre photo iconique de la guerre civile espagnole de Robert Capa, «Mort dun soldat républicain». Car la bande dessinée est, pour les auteurs, un moyen de rendre visible un pan d’histoire, d’inscrire la lutte politique et sociale dans un contexte plus large, avec une distance qui n’altère ni la cruauté du pouvoir, ni le jusqu’au-boutisme des forces de répression.

 

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