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VIDÉO. "Pourquoi tu les douches?" Grève à l’Ehpad de Neuville contre le mépris envers les soignantes et les résidents

11 Février 2022, 08:43am

Publié par PCF Villepinte

VIDÉO

VIDÉO. "Pourquoi tu les douches?" Grève à l’Ehpad de Neuville contre le mépris envers les soignantes et les résidents

Mobilisées depuis 39 jours, ces soignantes de l’Ehpad Château de Neuville (Val-d’Oise) sont en grève totale, réclamant de meilleures conditions de travail et une hausse de leurs salaires.

Jeudi 10 Février 2022

Presque tous les jours de la semaine, des infirmières et des aides-soignantes du luxueux Ehpad Château de Neuville (Val-d’Oise), se rassemblent devant les grilles de l’établissement et occupent le lieu, manifestant leur mécontentement avec les pratiques de la direction depuis le 3 janvier. 

« Nous sommes très souvent en sous-effectif, subissons des contraintes managériales extrêmes, des restrictions de matériel », dénonce Siham Touazi, infirmière depuis 12 ans au Château de Neuville et déléguée CGT, où les résidents sont facturés entre 3 500 et 7 000 euros le mois. Une situation « très difficile à vivre », témoigne-t-elle, et entraînant de « nombreux dysfonctionnements », sur fond de « management toxique ».

« Au quotidien, nous devons pallier ce manque d’effectifs et l'absentéisme qu’il génère, et on finit par être éprouvés physiquement et psychologiquement », développe l’infirmière, pour laquelle ces pratiques sont typiques des « Ehpad à but lucratifs, dénoncés dans l'ouvrage Les Fossoyeurs, et bientôt dans dans le reportage choc d'Elise Lucet ». 

« Ce ne sont pas des objets »

Les grévistes alertent sur le fait que derrière, les résidents sont les premiers à faire les frais de sous-effectif constant. Il faut aller plus vite, car le temps est compté et les patients nombreux. « Ça devient une succession de gestes mécaniques, où l’on nous ne laisse pas le temps de nous soucier de l’humain », déplore Siham, avant d’ajouter: « quand on fini des journées comme ça, on se sent mal, parce que l’on pas fait ces métiers pour ça ». 

Et lorsqu’un peu trop de temps est consacré aux patients ou à leurs familles, les remarques ne se font pas attendre, assurent certaines d’entre elles. « Si je raccompagne une résidente, et que je discute 5 minutes avec une famille, manque de bol, si ma direction me voit, on va me dire Amélie, «qu'est ce que vous faisiez ? Qu’est-ce que vous leur avez dit ? Vous n’avez pas à parler aux familles’ », affirme la jeune aide-soignante, en poste depuis 6 ans.

Sa collègue Dinah, également présente depuis 6 ans au sein de l’établissement, abonde: « C’est comme ça même avec les résidents. Y compris de la part de collègues… Quand ils me trouvent en train de parler à un résident, on me dit: « Mais pourquoi tu parles? », regrette Dinah, qui ne peut se résoudre à les traiter tels « des objets », et administre des douches à ses patients autant qu’elle peut. 

« Des employeurs au-dessus de tout »

Entre la direction et les grévistes, les rapports sont tendus. Celle-ci dément toutes les accusations des salariés en grève. Dernièrement, la direction a fait circuler une pétition dans l’établissement, à la recherche de signatures d’autres employés contre la grève, obtenues pour certaines « avec contrainte », explique Siham Touazi, dont le mandat syndical est menacé. Malgré tout, les soignantes mobilisés restent déterminées, et, après 39 jours de lutte, comptent bien ne rien lâcher tant qu’elles n’obtiendront pas des gages sur les conditions de travail.

« On a affaire à des employeurs qui se sentent au-dessus de tout », analyse Sonia Ainouz, infirmière pour le groupe Korian, et négociatrice pour la CGT Santé. « Ça fait 23 ans que je travaille en maison de retraite et que je suis amenée à aller négocier dans ce genre de conflit, et c'est la première fois que je vois une direction qui est aussi méprisante » s’étonne la négociatrice. 

Derrière ce cas du Château de Neuville, c’est tout le système des Ehpad à but lucratif qui est pointé du doigt, développe Sonia Ainouz. « Ça fait plus de 20 ans que ce business est en place et qu'on le dénonce à plusieurs reprises. Nous avons dénoncé, fait des grèves, appelé l’ARS, et à aucun moment nous n’avons de l’aide », accuse-t-elle, et espère que la sortie du livre Les Fossoyeurs, fruit d’une longue enquête sur le groupe d’Ehpad Orpéa, contribuera à « éveiller les consciences et faire changer les choses ».

 

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