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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

LE DÉBAT Comment garantir l’épargne populaire ?

2 Février 2022, 07:41am

Publié par PCF Villepinte

Alors que les taux des livrets ont légèrement remonté au 1er février 2022 et que l’encours total des différents livrets augmente fortement, la part de l’épargne des plus modestes marque, elle, le pas.

Publié le Mardi 1 Février 2022 L'Humanité 

Pierre Chaillan

La question aujourd’hui est celle de savoir si les plus démunis auront les capacités d’épargner dans un contexte où leur pouvoir d’achat recule.

Véronique Riches-Flores, économiste indépendante chez RF Research

Le livret A n’est pas un produit d’accumulation d’épargne pour les plus modestes. Sur les 343 milliards de ses encours, pas loin des deux tiers (64 %) sont détenus par les 17 % des catégories de Français les plus aisés. Autant dire que les plus démunis profiteront peu de la remontée de son taux de rémunération. Quand bien même ils pourraient retirer davantage du livret d’épargne populaire (LEP), dont le taux d’intérêt passe à 2,2 %, la vraie question n’est pas tant la rémunération de l’épargne populaire que sa constitution. Or, la capacité d’épargne des ménages les moins aisés s’est considérablement réduite ces dernières décennies.

Cela tient en priorité à la longue période de restriction salariale qui a pesé sur le pouvoir d’achat des salariés les moins qualifiés et, par là-même, sur leur capacité d’épargne. S’est ajouté à ce phénomène le fait que les dépenses incompressibles occupent une place de plus en plus importante dans le budget des ménages, tout particulièrement pour les moins aisés. L’augmentation du coût du logement locatif en est la principale cause, mais c’est également le cas du coût des assurances ou des frais de transport et de scolarité, quand un certain nombre de dépenses, hier accessoires, sont devenues incontournables, tels les équipements informatiques et de communication. En grevant une proportion croissante des revenus, ces dépenses ont confisqué, pour beaucoup, leur capacité d’épargner.

L’épargne populaire s’est donc érodée avec le temps, ce qui s’accompagne d’une plus grande insécurité et réduit l’accès aux ressources financières qu’elle pourrait procurer.

Dans un régime équilibré, le surcroît de revenus non consommés doit permettre la constitution d’un capital synonyme d’un certain enrichissement au fil de la vie. C’est ainsi qu’au cours des Trente Glorieuses, l’ascenseur social a pu fonctionner. Plus récemment, dans de nombreux pays émergents, des centaines de millions de personnes déshéritées ont pu accéder par leur travail à la constitution d’un patrimoine dont la première utilité est de protéger des aléas de la vie. On évoque généralement ces périodes de l’histoire comme des phases de prospérité.

La disparition de cette possibilité d’épargner pour une proportion croissante de la population a de profondes conséquences sur nos sociétés, sur la relation au travail et la relation à l’autre, avec pour effet de fractionner de plus en plus les populations entre les possédants et les non-possédants, pour lesquels l’espoir de parvenir à posséder est d’autant plus réduit que le prix des actifs, financiers ou immobiliers, s’est fortement renchéri au fil du dernier quart de siècle éloignant le plus grand nombre de possibilités d’acquérir.

Garantir l’épargne populaire est indissociable de la question du niveau de vie des populations les plus fragiles, de leur pouvoir d’achat et de la répartition qu’en fait notre modèle économique.

Le système financier entend mettre hors jeu les salariés de la gestion et de l’utilisation de leur argent. Il faut au contraire créer une nouvelle maîtrise sociale.

Jean-Marc Durand, membre de la commission économique du PCF

L’épargne populaire est confrontée au défi considérable de l’inflation. Au rythme de 2021 (2,8 %), avec le taux que propose le livret A comme celui du livret de développement durable et solidaire (LDDS, ancien Codevi), certes porté à 1 %, ainsi que celui du LEP (2,2 % en février), on sera loin du compte.

En tout cas, bien loin du rendement des placements en actions! Pourtant, lexonération fiscale dont bénéficient ces livrets est vilipendée au prétexte quune famille de deux parents et deux enfants peut épargner sur ceux-ci jusqu’à 116000 euros hors toute fiscalité et prélèvements sociaux. Précisons que le livret A et le LDDS sont respectivement plafonnés à 22950 euros et 12000 euros, et que le LEP est, lui, plafonné à 7700 euros.

Que sont ces placements, sauf une épargne de précaution permettant de faire face à des coups durs? Et, même pour cela, le système bancaire nassurerait pas un rendement permettant de récupérer sa mise! Au cours des dernières années, on a assisté à une concentration et à un gonflement de leur encours total.

Une évolution qui suit celle de l’héritage et qui tend à s’éloigner de la notion d’«épargne populaire» au sens de celle des moins fortunés. Cela se comprend. Les moins fortunés le sont encore davantage quil y a dix ou quinze ans. Seul le haut de ce panier a continué à épargner et de plus en plus. Mais on est encore loin des rendements du CAC 40!

Et un fait ne change pas. Cette épargne est de l’argent gratuit pour les banques, qui l’utilisent comme matelas pour accorder du crédit, voire se lancer dans des opérations financières. Des sommes auxquelles s’ajoutent celles provenant des salaires et des pensions, et dont les banques font en grande partie ce qu’elles veulent, appliquant Agios et frais de gestion bancaire, et décidant quasiment du paiement des factures à la place des intéressés eux-mêmes. Une manière comme une autre de mettre la main sur l’argent des salariés, fruit de leur travail, et de les mettre hors-jeu de la gestion et de l’utilisation de leur argent. Un grand bond démocratique est urgent en ce domaine.

Au cœur des capacités d’épargne sont les rémunérations. Comment épargner lorsqu’on n’arrive pas à boucler les fins de mois? Par ailleurs, vivre dans de bonnes conditions, est-ce forcément épargner, surtout si on dispose de services publics garantissant un libre et égal accès pour tous à tout ce qui concerne les biens communs de la vie?

Enfin, sagissant des capacités de financement des banques, ont-elles besoin de l’épargne populaire pour cela? Ne disposent-elles pas d’autres moyens comme l’argent de la Banque centrale européenne (BCE) qui les alimente et qu’elles devraient utiliser pour financer des investissements créateurs de richesses à partir de critères sociaux et environnementaux, au lieu soit de replacer cet argent soit de l’utiliser dans des opérations douteuses? Une nouvelle maîtrise sociale de largent, de sa création à son utilisation en passant par sa répartition, est une urgence!

 

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