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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Jean-Numa Ducange : « Jaurès n’a jamais abandonné la République »

24 Février 2022, 07:39am

Publié par PCF Villepinte

ENTRETIEN

Jean-Numa Ducange, historien et professeur à l’université de Rouen, lance la collection «Questions républicaines» aux Presses universitaires de France (PUF). Il nous parle de Jaurès, de République, de révolution et le tout accessible au grand public grâce à une écriture alerte.

L'Humanité Publié le Mercredi 23 Février 2022 Pierre Chaillan

Portrait de Jean Jaurès (1859-1914). © Photo12

L’héritage et les valeurs de la République, issues de la Révolution française, sont instrumentalisés. Dans ce contexte, l’historien, spécialiste de la Révolution, des gauches et des marxismes en Europe Jean-Numa Ducange convoque la République et lance la collection «Questions républicaines» aux Presses universitaires de France (PUF). Il entend proposer des ouvrages en direction dun large lectorat. Le premier livre, de Gilles Candar, sera consacré à lhistoire de la gauche ; le deuxième, de Florian Gulli, à l’antiracisme, et le troisième, de David Muhlmann, à Lénine.

Quel est le but recherché par la collection «Questions républicaines»?

 L’écho rencontré par l’Histoire globale des socialismes (PUF, 2021) m’a convaincu qu’il était nécessaire de prolonger la réflexion, en partant de solides connaissances historiques, sur plusieurs questions clés. Les questions républicaines me semblent être un point de convergence essentiel. Aujourd’hui, l’étiquette «républicaine» est revendiquée de toutes parts.

Aux appropriations nationalistes sopposent des discours caricaturaux dune partie de la gauche sur la «République française», qui serait coupable de tous les maux. Ainsi, les mots qui lui sont associés (révolution, universalisme, laïcité, luttes contre les inégalités…) semblent avoir perdu de leur sens, comme coupés de leurs héritages historiques.

Ce n’est pas aux lecteurs de l’Humanité que je vais apprendre que le fondateur du journal, Jean Jaurès, était un ardent républicain. Son objectif était de mêler le meilleur de cette tradition avec les revendications sociales. De son temps, les «républicains dordre» nhésitaient pas à tirer sur les ouvriers. Malgré cela, Jaurès a-t-il abandonné la République? Jamais. La République sociale demeurait son horizon. Puis cet héritage a eu tendance à se perdre, pour diverses raisons.

Dans ce contexte, cette collection entend proposer des ouvrages destinés à alimenter la réflexion, pour nourrir le débat au sein de la gauche. Je précise qu’il s’agit d’ouvrages de sciences humaines, traitant donc de thématiques en rapport avec l’actualité, mais toujours écrits à partir de solides connaissances empiriques. Il n’y a pas d’exclusive, mais les champs universitaires concernés seront avant tout l’histoire et la philosophie, avec un objectif clair: des ouvrages informés, mais accessibles au grand public grâce à une écriture alerte et un format relativement ramassé.

QUANT AUX RÉVOLUTIONS, IL EST ÉVIDENT, QUE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, LE JACOBINISME ET SON IMPACT INTERNATIONAL, OU ENCORE LA RÉVOLUTION RUSSE, COMME LES MOUVEMENTS DE DÉCOLONISATION  S’INSCRIVENT PARFAITEMENT DANS LE PÉRIMÈTRE DE CETTE COLLECTION.

Pourquoi convoquer «la République» dans le débat actuel?

N’est-ce pas à partir de là que l’on peut revenir sur l’essentiel des débats qui ont fondé la gauche et le mouvement ouvrier en France? Avant Jaurès, il y eut une longue tradition, conflictuelle et complexe, entre les mouvements populaires et les divers régimes républicains. Et cette histoire s’est prolongée jusqu’à nos jours. Elle mérite mieux que nombre de discours actuels.

Par ailleurs «la République» en question nest pas que la République française, mais également les expériences républicaines à l’échelle internationale. Les débats autour de la forme républicaine sont, par exemple, une des grandes questions de Marx et Engels, mais aussi de Rosa Luxemburg qui y voyaient une étape essentielle pour le développement des partis ouvriers. Quant aux révolutions, il est évident, par exemple, que la Révolution française, le jacobinisme et son impact international, ou encore la révolution russe, comme les mouvements de décolonisation qui souhaitaient mettre en place des républiques sociales et démocratiques s’inscrivent parfaitement dans le périmètre de cette collection.

Pouvez-vous nous dévoiler le programme des premières publications?

Après, Pourquoi la gauche? l’essai historique global de Gilles Candar qui paraît cette semaine, les PUF publieront dans quelques mois un ouvrage du philosophe Florian Gulli sur l’antiracisme, avec un fort volet sur les regards socialistes sur cette question.

À l’approche des 100 ans de l’URSS (à la fin de cette année 2022), il sera question d’un retour de Lénine et de stratégie politique avec David Muhlmann. L’historien Michel Biard reviendra, quant à lui, sur l’histoire de la Révolution française et des revendications méconnues des derniers Montagnards après la chute de Robespierre. Alexia Blin prépare une contribution importante sur les rapports entre le mouvement ouvrier et les coopératives de consommation.

Sidonie Kellerer et Stéphanie Roza travaillent de leur côté sur un ouvrage relatif aux critiques contemporaines du rationalisme. Ce ne sont là que quelques projets parmi d’autres, qui vont alimenter cette collection. Et des initiatives seront organisées autour de ces thématiques.

 

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