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Au Donbass, les habitants espèrent enfin la paix

23 Février 2022, 07:29am

Publié par PCF Villepinte

REPORTAGE

UKRAINE Dans l’est du pays, la population a accueilli favorablement la décision du président russe de reconnaître l’indépendance des deux Républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk. Tous sont persuadés que cela amènera l’apaisement attendu depuis huit ans.

Publié le Mercredi 23 Février 2022 Vadim Kamenka L'Humanité

Le 22 février, dans les rues de Donetsk. STRINGER/Anadolu Agency/via AFP

Donetsk, Gorlovka (Donbass), envoyé spécial.

Un épais brouillard a recouvert Donetsk, ce mardi matin. Ni l’annonce intervenue lundi soir, par Vladimir Poutine, de reconnaître l’indépendance des deux Républiques autoproclamées de Donetsk (DNR) et Lougansk (LNR), ni le conflit qui se poursuit sur la ligne de front ne semblent perturber la vie quotidienne des habitants. Certains cherchent des distributeurs pour retirer de l’argent qui fonctionnent, d’autres des stations avec de l’essence, la plupart n’ayant plus que du gaz, mais la majorité se rend au travail. «Depuis huit ans, nous nous sommes habitués à ce type de pénuries, aux combats. Mais jespère que les choses vont désormais saméliorer avec lannonce de Vladimir Vladimirovitch», nous confie Lena.

Malgré le couvre-feu, quelques instants après le discours du président russe, une trentaine de personnes se sont rassemblées sur la place centrale, juste à côté de la statue de Lénine, pour célébrer l’événement. «Cest historique. Personne ne sy attendait », confirme l’un d’eux, drapeau russe à la main et regardant les feux d’artifice. On est loin de l’ampleur et la ferveur de 2014 après le référendum en Crimée, comme si personne n’y croyait réellement.

À une vingtaine de kilomètres du centre-ville, se dresse le quartier Kirovskii avec ses maisons en bois. L’atmosphère y est beaucoup moins festive. Alors qu’une grande partie des résidents se préparaient à écouter le discours du président russe, Vladimir Poutine, des bombardements ont éclaté aux alentours de 21 heures. Sur la rue Dmitra-Donskovo, Irina nous accueille emmitouflée dans son manteau rose. Institutrice, la cinquantaine, elle nous dévoile l’impact de l’explosion sur sa maison pendant que des bénévoles et des pompiers l’aident à déblayer et à remettre l’électricité.

Dans le jardin, un immense trou provoqué par le tir d’une roquette a brisé le sol carrelé, faisant exploser les fenêtres et une partie de la cuisine. «Quand on a entendu les premiers sifflements et les tirs, on a décidé de sortir se mettre à l’abri. À peine dix minutes plus tard, notre maison était touchée. Heureusement, sinon je ne serais pas en train de vous parler», raconte-t-elle. Émue, Irina poursuit: «Je nen veux pas à Zelensky (le président ukrainien – NDLR). Il aurait juste dû rester un acteur. Il était vraiment bon. La politique ne lui réussit pas. Maintenant, on attend la suite et que cette guerre s’arrête définitivement pour que, des deux côté s, on puisse revivre en paix.» Depuis 2014, près de 14000 personnes sont décédées.

Les évacuations apparaissaient moins importantes, ces dernières heures

Dans ce quartier, assez éloigné de Donetsk, et davantage populaire, peu de gens ont fui vers la Russie. Dans la rue Ivana-Susanina, une femme aurait péri dans les bombardements. Le toit de sa maison a été en partie arraché. Une voisine témoigne. «On a entendu plusieurs coups de feu se rapprocher et, dun coup, un grand boum. On sest cachés avec les enfants. Nous ne sommes pas partis. On laurait fait en 2014 au début du conflit. On a fait le choix de rester, car on a toute notre vie ici, notre famille. Le plus difficile, c’est de s’apercevoir désormais que les enfants arrivent à reconnaître au seul bruit de quel type d’arme, de bombarde ments il s’agit.»

Les évacuations apparaissaient moins importantes, ces dernières heures. Au moins, 60000 personnes auraient rejoint la Russie. Pourtant à Staromykhailivka, en périphérie de Donetsk, les échanges de coup de feu sont quotidiens. «Depuis 2014, et le début du conflit, la plupart des gens qui sont restés dans le Donbass ne partiront plus. Ils ont fait ce choix il y a huit ans, quand la situation était véritablement inquiétante.

Bien évidemment les tensions sont les plus fortes de ces dernières années. Mais, cela demeure supportable pour l’instant et les gens n’ont pas forcément tous les moyens de partir», estime Ania (1). Dans son école, rue Daguestanaya, où il enseigne, les enfants ne font plus attention mais restent marqués. « Qui ne le serait pas? La décision de Poutine était nécessaire. On aurait pu encore vivre en Ukraine jusqu’en 2017. Mais, aujourd’hui, la haine et les rancœurs sont trop importantes. J’espère juste que cela nous apportera la paix et non davantage de guerre.»

À l’une des entrées est de Donetsk, les gardes surveillent attentivement les allées et venues. L’angoisse de nouveaux affrontements subsiste. Dans les divers commissariats au sein de la République autoproclamée de Donetsk, la conscription se poursuit. Depuis le décret du 19 février, pris par le dirigeant Denis Pouchiline, les hommes de 18 à 55 ans sont mobilisés. Seule nouveauté, les plus de 55 ans peuvent se porter volontaires depuis mardi. Une décision qui est intervenue au moment où les «accords dentraide» entre les entités DNR, LNR et la Russie ont été signés.

La Douma russe a voté à l’unanimité le texte qui ouvre la voie à la coopération avec Moscou dans les domaines de la défense et du secteur économique et financier durant une décennie. Ces textes prévoient que les parties vont assurer leur défense, partager des bases militaires et une protection commune de leurs frontières et créent un «fondement juridique» à la présence russe dans ces territoires. Cela ne sarrête pas là, puisquun amendement a été immédiatement déposé en deuxième lecture, qui valide leur entrée en vigueur dès le 22 février. «Cest le seul moyen de protéger les gens, darrêter la guerre fratricide, dempêcher une catastrophe humanitaire, dapporter la paix», se justifie le président de la Chambre basse (Douma), Viatcheslav Volodine.

Si le vice-ministre des Affaires étrangères, Andreï Roudenko, a affirmé lundi que la Russie n’avait pas «pour linstant» l’intention de déployer des forces, mais le fera en cas de «menace», plusieurs témoins dans le Donbass confirmaient la présence de bataillons russes sur place. Et, dès le lendemain, le président russe a réclamé à la Chambre haute du Parlement d’autoriser l’envoi de militaires russes. Une demande que le vice-ministre de la Défense, Nikolaï Pankov, a justifiée devant l’assemblée arguant qu’ «aux frontières des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk, une armée (ukrainienne) de 60000 hommes et de blindés lourds» se regroupe .

Sur la ligne de front, comme à Gorlovka, la nouvelle a été accueillie avec soulagement. Les soldats espèrent que cette coopération facilite la fin des combats. Mais ne craignent-ils pas l’inverse et que le conflit ne s’amplifie? «Le soutien de la Russie transforme totalement le rapport de forces. Jy crois. Ou alors il faudra avancer», ose l’un d’eux.

La plupart des habitants (4 à 5 millions au total) souhaitent essentiellement sortir de ces huit années de guerre. Une véritable lassitude des problèmes quotidiens qu’implique cette situation apparaît. «Cela nous a rendus plus solidaire», observe Nikolaï Nesterov un médecin qui s’occupe d’un centre de don du sang. L’établissement vétuste a été remis à neuf avec du matériel ultramoderne.

On y trouve des jeunes comme Kolia qui viennent chaque semaine. «Si cela permet de sauver des vies», glisse-t-il timidement. Pour Nikolaï Nesterov, il n’était pas question de s’en aller. «Je pouvais être utile. Et quitter ma ville alors que dautres nont pas les moyens de partir Des quartiers entiers sont coincés, comme à Petrov ou Kievskiï. Et puis il sagit dune guerre aux enjeux qui nous dépassent entre la Russie, les États-Unis et l’Union européenne. Mais il y a une seule chose que je ne comprends pas du gouvernement ukrainien.

Pourquoi nous attaquer tout en affirmant qu’i l s’agit de leur territoire?» interroge-t-il. En attendant, les drapeaux russes accrochés aux voitures n’ont cessé d’être sortis. Dans le centre de Donetsk, les immenses affiches pour un «Donbass russe fort» prennent encore davantage de sens. Et Denis Pouchiline, le dirigeant du DNR, l’a clairement signifié, la décision de la Russie est plus «quun simple soutien».

(1) Le prénom a été changé.

 

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