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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Loi de financement de la sécurité sociale 2022 Coût de grâce pour la psychiatrie?

22 Janvier 2022, 09:57am

Publié par PCF Villepinte

« Une société se mesure à la manière dont elle traite ses fous ». (Lucien Bonnafé).

La psychiatrie de Secteur a été créée en 1960 pour prendre en charge toutes les souffrances psychiques des plus bénignes aux plus sévères. Pour rappel 25% de la population seront à un moment de leur vie confrontés à la souffrance psychique.

Depuis 40 ans elle n’a cessé d’être appauvrie. D’abord en termes de moyens puis progressivement sur le plan clinique. Elle est passée d’une approche prenant en compte la complexité biopsychosociale visant à soigner la souffrance psychique de la personne dans sa singularité à une approche uniquement symptomatique biologisante et comportementale visant à éradiquer le symptôme.

La clinique fondée sur le soin psychique, l’écoute et la singularité de chaque patient - où l’on peut retrouver si nécessaire, une complémentarité entre psychothérapie, chimiothérapie, sociothérapie et comportementalisme - doit être remplacée par des traitements exclusivement chimiothérapiques et des programmes standardisés comportementaux (Réhabilitation psychosociale, Education thérapeutique…) visant à normaliser les individus.

Depuis 40 ans la psychiatrie n’a cessé de trier les patients suivis.

 Après avoir renoncé aux soins de prévention, elle s’est centrée sur les situations de plus en plus lourdes excluant les dépressifs non suicidaires, les psychoses n’entraînant pas de désocialisation, …

La plupart des dépressifs étant traités par leur généraliste doivent se contenter d’un traitement antidépresseur, alors qu’un soin psychothérapique serait beaucoup plus efficace. Cela explique pourquoi la France est le premier consommateur de psychotropes.

Depuis la Loi Touraine le Secteur est censé ne s’occuper que de la crise, le suivi des patients stabilisés relevant du secteur libéral (essentiellement les généralistes dont on connaît la rareté !)

Pourtant les effets sociaux du Covid (fermetures de crèches et d’écoles, chômage ou crainte du chômage…) ont provoqué une véritable épidémie de décompensations psychiques graves chez les tous petits, les ados, comme les adultes. Remettant au premier plan l’importance des dimensions de l’inconscient et la sociogenèse des troubles.

Pour y répondre le Gouvernement au lieu de donner au Secteur les moyens de répondre aux besoins, va rembourser, pour les ados suicidaires, des consultations de psychologues libéraux à condition de ne faire que du comportementalisme et pas de psychothérapie. Qui pourrait croire qu’un jeune qui ne croit plus à la vie peut se reconstruire en 10 séances de coaching !

Une Loi de Financement de la Sécurité Sociale qui va entraîner une psychiatrie déshumanisante et programmer l’exclusion des soins des plus malades

Au lieu de donner enfin à la psychiatrie de Secteur les moyens de ses missions, la Loi de Financement de la Sécurité Sociale va finir de la liquider.

La LFSS envisage d’aller plus loin dans la destruction du soin psychique. Puisque non seulement ses moyens (hors Ségur) sont en recul sur 2021 mais au travers de l’introduction de la T2A, elle va valoriser le développement de structures centrées exclusivement sur l’approche comportementale et sous doter les structures qui ont une approche biopsychosociale de la personne.

 Ces patients seront soumis à des programmes de remédiation cognitive, de réhabilitation psychosociale, d’éducation thérapeutique, qui s’ils s’inscrivaient dans les soins psychiques relationnels du Secteur comme un atelier de sociothérapie, pourraient s’entendre.

Mais ici il est question de les substituer à ces soins dans un objectif uniquement normalisateur des comportements, où la question de savoir ce que ressent la personne n’est pas jugée pertinente.

Ces structures ont aussi pour vocation d’exclure du soin les patients stabilisés, alors que l’on sait qu’ils sont stabilisés parce qu’ils bénéficient d’un suivi régulier en ambulatoire (CMP, CATTP…). Ils seront soumis à des programmes, puis évalués. Et c’est en fonction de cette évaluation que l’on les orientera vers le parcours de soins du généraliste avec éventuellement un étayage médicosocial. Mais ils ne seront plus suivis par le Secteur jusqu’à la prochaine crise ! Ainsi des établissements qui étaient à l’équilibre (voire excédentaires du fait des postes vacants) vont se retrouver en déficit et n’auront d’autre solution que de remplacer leurs structures de soin par des structures de traitements programmés.

 « Une société se mesure à la manière dont elle traite ses fous ». (Lucien Bonnafé).

  Nous assistons là à une opération de chosification de l’humain, de déshumanisation de masse. Cela parce que la psychiatrie est passée progressivement de soigner une personne qui souffre à traiter des symptômes, oubliant la dimension existentielle de la souffrance psychique et la dimension relationnelle du soin psychique

 

Contribuer à refonder une psychiatrie humaine :

le PCF appelle à participer les 12 et 13 mars

aux assises du soin psychique organisées par  

le Printemps de la psychiatrie

 

 

 

 

 

 

 

 

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