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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

A PROPOS DU NUMERUS CLAUSUS (N.C.) GOUVERNER C’EST PREVOIR !

5 Janvier 2022, 14:28pm

Publié par PCF Villepinte

Contrairement à de très nombreux commentaires, la désertification médicale n’est pas la conséquence de l’imprévoyance coupable de technocrates irréalistes ni de politiques craignant l’inflation de dépenses de santé inutiles, voire dangereuses pour le bienêtre de la population. Elle fut bel et bien délibérément un choix : celui de réduire les dépenses publiques de santé.

 Dès le début des années 1970, la crise chronique de notre économie dite de marché, inaugurée par l’annonce tonitruante de la chute des sources fossiles d’énergie (pétrole et charbon), les gouvernements occidentaux s’alarmèrent de l’accroissement continue des dépenses publiques et principalement des services publics. Celui de la santé constituait, pour eux, l’un des plus inquiétants. Sa part dans les dépenses de l’Etat ne cessait d’enfler démesurément nous dirent-ils et plus grave encore, son financement assuré par la cotisation sociale (part de la plus-value produite par les travailleurs) menacerait nos entreprises désormais soumises à la concurrence internationale (compétitivité).

Des soignants qui ne pensent qu’à soigner !

Mûrit alors dans l’esprit éclairé d’économistes de santé, l’idée fort innovante et apparemment teintée d’un modernisme critique de bon aloi, que les soignants sont les vecteurs principaux de la croissance immodérée des dépenses de santé.

Les médecins plutôt satisfaits de leur statut dont ils se plaindraient cependant volontiers afin de donner le change, aimablement soutenus par les firmes des médicaments, multiplieraient soigneusement leur raison d’être : l’acte médical.

Comme encore et toujours aujourd’hui, il fallait donc impérativement mettre en œuvre « des réformes de structures », ce que l’on fit en commençant par la fermeture des « petits hôpitaux et différentes infirmeries ou centres de santé », mais aussi pour ce qui nous intéresse, en imposant la réduction drastique du nombre de soignants. Faisant passer le nombre d’étudiants reçus au concours de 1ère année de médecine de près de 9000 à 3500 par an.

Nul besoin d’être bien savant pour comprendre qu’une réduction aussi massive sur plus de 30 ans, sachant que nous n’avons toujours pas retrouvé le niveau de 1975, ne pouvait qu’avoir des effets désastreux.

Des besoins de santé qui ne cessent de grandir.

En effet, si la natalité de cette période ne permettait pas à terme le renouvellement des générations, la croissance de la population française ne s’en est pas moins toujours maintenue dans les 250000 nouveaux citoyens par an depuis la Deuxième Guerre Mondiale (plus de 20 millions durant cette période).

Par ailleurs, le progrès des sciences et des techniques n’avait guère de raison de s’interrompre et de ne pas retentir sur la Santé. Et qu’enfin, l’exigence de la population en matière de soins ne pouvait que progresser au même rythme que l’espérance de vie. Nous avions donc en 1975 tous les éléments en mains pour faire obstacle à cette désastreuse « réforme ». Il n’en fut rien. On s’enfonça même dans ce qui n’est pas une absurdité mais un calcul. En 1995, le Gouvernement de l’époque n’hésite pas à proposer une retraite anticipée et confortable aux médecins libéraux à partir de 60 ans, dans un premier temps, puis de 56 ans dans un deuxième temps (MICA : « Mécanisme d’incitation à la cessation d’activité ».

Apparaissent donc alors inévitablement des besoins nouveaux dans le secteur public, en particulier hospitalier, qui ne cessent de grandir, un déficit de recrutement de soignants et l’importation nécessaire (mais « libre ») de médecins originaires de pays dont les besoins sanitaires sont bien supérieurs à ceux de la France.

Ces médecins furent longtemps moins (parfois beaucoup moins) payés dans le secteur public hospitalier que leurs collègues français. Ainsi se révéla la véritable raison de ce qui pouvait sembler une pure ineptie.

Le monde a encore besoin de soignants.

Revenons au Numerus clausus et à la nécessité de le faire disparaître. Il faut rendre accessible cette profession à un plus grand nombre d’étudiants. Il faut, exigence première, former de bons médecins (excellents dit-on dans notre langue superlative). Oui, il faut beaucoup d’excellents médecins, savants, cultivés et dévoués, c’est-à-dire bien formés (cf. Montaigne). Pas de concours sélectionnant « les meilleurs » mais des examens ouverts à tous exigeant un haut niveau de savoir. Impliquant que tous ceux qui arrivent à ce niveau seront acceptés. Ce niveau correspondant le mieux aux besoins multiformes de santé.

Ni sélection sociale, ni réduction arbitraire liée précisément à la volonté de maintenir un haut niveau de revenus, mais un recrutement de professionnels dont le temps d’activité, les garanties sociales et d’emploi, de promotion, seront assurés comme au reste de la population.

 Une société en grand désordre.

 Le phénomène dit de désertification médicale généralisée et les files d’attente interminables autant qu’inhumaines et maltraitantes, à l’opposé de la conception la plus élémentaire du soin, sont en fait l’expression dans la santé des désordres sociaux de tous ordres que nous vivons par ailleurs. La réduction volontaire du nombre des travailleurs de la santé n’est pas seulement désastreuse, elle est d’abord liée à une conception de la vie opposée au respect des personnes, à la solidarité entre les humains, nommée imparfaitement il est vrai, fraternité par notre République.

 L’ensemble des pays occidentaux sont aussi riches qu’inégalitaires. Le soin est une école de l’attention à l’autre. Nous n’aurons jamais trop de soignants, de chercheurs et d’enseignants en santé. Et nous ne manquons pas d’immenses « ressources humaines » prêtes à s’y consacrer.

 Paul Cesbron

Le 23 mars 2015

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