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Nucléaire. 4 questions après la fuite à la centrale du Tricastin (Drôme)

28 Décembre 2021, 10:17am

Publié par PCF Villepinte

La centrale de Tricastin (Drôme), qui a atteint ses 40 ans, âge théorique de mise à l’arrêt, cristallise les débats. Jean-Marie Hosatte/Rea

L'Humanité Mardi 28 Décembre 2021

Emilio Meslet

Des eaux usées contaminées au tritium ont fuité mi-décembre dans une cuve théoriquement étanche. L’Autorité de sûreté nucléaire assure que le risque est nul, la pollution étant circonscrite à l’intérieur du site. Mais comment cet incident a-t-il pu se produire?

Un deuxième incident en deux ans dans la centrale nucléaire du Tricastin. Après une première fuite en novembre 2019 pour laquelle EDF a été critiqué pour n’avoir communiqué qu’en janvier 2020, le site, à cheval entre la Drôme et le Vaucluse, a été le lieu d’une nouvelle fuite de tritium, un isotope radioactif de l’hydrogène.

De quel niveau de radioactivité parle-t-on ?

Le 15 décembre, l’exploitant EDF a signalé un «événement significatif pour lenvironnement» à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) après «la détection dun marquage en tritium de leau souterraine contenue dans lenceinte géotechnique située sous la centrale». Trois jours plus tôt, une quantité anormalement élevée de matière radioactive – 28900 becquerels par litre (Bq/l) – avait été relevée, grâce aux prélèvements quotidiens, alors qu’une mesure de 1000 Bq/l oblige déjà à alerter lASN.

Aujourd’hui, les valeurs observées se placent sous les 11000 Bq/l. Cela signifie que le tritium restera présent, dans des proportions anormales, pendant «quelques mois» encore, dans cette cuve de 12 mètres de profondeur présentée comme imperméable, dont les murs mesurent 60 centimètres d’épaisseur.

L'étanchéité de la cuve contaminée est-elle assurée ?

Une thèse de l’étanchéité à laquelle Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (Criirad), ne croit pas. Selon ses propos rapportés par Mediapart, l’atome d’hydrogène est très petit et «particulièrement mobile», et pourrait donc traverser les murs de 60 centimètres de béton. Ainsi, il considère que l’enceinte géotechnique «ne peut être considérée comme étanche au tritium».

EDF dément. Dans un communiqué paru le 20 décembre, l’énergéticien explique que «les eaux souterraines (étant) séparées de la nappe phréatique, (elles) ne peuvent en aucun cas se mélanger». Au final, «cet événement est sans conséquence sanitaire», assure encore EDF, ces eaux ne servant «ni pour la production deau potable, ni pour les besoins agricoles ou d’élevage».

«Aucune contamination de la nappe phréatique à lextérieur na été mise en évidence», indique pour sa part l’ASN. Cette dernière classe cette fuite au niveau 0 de l’échelle internationale des événements nucléaires, c’est-à-dire comme un «écart» n’ayant «aucune importance du point de vue de la sûreté».

Comment cet incident a-t-il pu se produire?

Du 25 novembre au 8 décembre, selon l’ASN et la direction de la centrale nucléaire, qui a identifié la source de l’incident, 900 litres d’effluents ont débordé d’un réservoir «rempli au-delà de sa cote dusage» avant de s’écouler vers des caniveaux de récupération d’eaux pluviales. Ces eaux usées ont ensuite contaminé la nappe après infiltration dans le sol. L’ASN, lors d’une inspection le 21 décembre, a repéré «des défaillances des capteurs dalarme de niveaux hauts des cuves dentreposage», qu’il faut donc remettre en état. En attendant, elle demande de réduire les volumes dans les cuves d’effluents.

Cette fuite peut-elle relancer le débat sur la construction de centrales nucléaires ?

Si, d’après les autorités, il n’y a pas de risque sanitaire lié à la fuite de la centrale du Tricastin, cela ne clôt pas la question pour les opposants politiques au nucléaire. Depuis qu’Emmanuel Macron a déclaré vouloir relancer la construction de centrales, il y a quelques mois, le débat s’est cristallisé. Europe Écologie-les Verts et la France insoumise voient dans cet incident le symbole des «dangers» de ce mode de production d’électricité.

Lire la tribune d'Ivan Lavallée, directeur de la rédaction de Progressistes : Après les annonces d’Emmanuel Macron. La filière nucléaire, jeu de dupes ou volonté industrielle ?

Située sur une faille sismique, cette centrale du sud de la France est souvent la cible des antinucléaires. En 2019, elle était même à 23 kilomètres de l’épicentre d’un séisme de 5,4 sur l’échelle de Richter qui ne l’avait pas endommagée. À la suite de la plainte d’un ancien haut cadre de la centrale contre EDF pour une possible «politique de dissimulation» d’incidents de sûreté, les députés insoumis ainsi que l’élu polynésien Moetai Brotherson, membre du groupe communiste à l’Assemblée, ont signé une résolution exigeant la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Une demande restée, pour le moment, lettre morte. Mais une chose est sûre: maintenant quelle a atteint ses 40 ans, âge théorique de mise à larrêt, la centrale du Tricastin va continuer à alimenter les débats.

A lire sur le sujet : Gilles Reynaud, puni pour avoir dénoncé le “nucléaire low cost”

 

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