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Revenus. « Même avec deux salaires, c’est difficile »

27 Octobre 2021, 09:15am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Diego Chauvet

Mercredi 27 Octobre 2021

Emmanuel Macron a beau se proclamer président du pouvoir d’achat, sur le rond-point de Dieppe, où des gilets jaunes sont de retour, on est très loin de partager cet avis. Malgré les quelques mesures arrachées depuis trois ans, leur quotidien s’est encore dégradé. REPORTAGE.

«Trois ans après? Cest encore pire!» Depuis le premier confinement, en mars 2020, le rond-point «Eurochannel» à Neuville-lès-Dieppe (Seine-Maritime) navait plus vu de gilets jaunes. Avec l’envolée des prix des produits de première nécessité – gaz, électricité, carburants, alimentation… la liste n’en finit pas de s’allonger –, ils sont de retour.

Moins nombreux qu’il y a trois ans, bien sûr. Mais deux jours après l’intervention de Jean Castex au JT de TF1, jeudi 21 octobre, et l’annonce du «chèque inflation» pour ceux gagnant moins de 2000euros net, ils sont une dizaine à sinstaller sur le rond-point au petit matin. Une trentaine, à lapproche de midi. À en juger par les coups de Klaxon des automobilistes et des camions qui passent devant leur table, le premier ministre n’a pas convaincu avec ses 100 euros d’indemnité «classe moyenne».

«On ma enlevé 20 euros sur mon APL ce mois-ci»

«Ce nest pas ce quil nous a promis qui va changer quoi que ce soit», regrette Myriam, qui a enfilé son gilet jaune pour la première fois le 17 novembre 2018. «Jai regardé mon compte CAF, on ma enlevé 20 euros sur mon APL ce mois-ci», ajoute cette ouvrière au chômage. «Si on les écoute, le pouvoir dachat a augmenté depuis 2017. Mais pas pour nous en tout cas, uniquement pour les plus riches», renchérit Jérôme, lui aussi l’un des «anciens» du mouvement.

Installés sur le carrefour, sans le bloquer, ces gilets jaunes tentent de raviver la flamme. «On a lancé des appels. Mais les gens ont peur. Ils n’ont plus d’argent pour payer les amendes. Et des amendes à 135 euros et des gardes à vue, on s’en est tous mangé plusieurs!»

Chômage, précarité, CDD non renouvelés…

En trois ans, la plupart ont vu leur situation se dégrader: chômage, précarité, CDD non renouvelés… Parmi eux, celui qui ramène un Smic à la fin du mois est probablement le plus «riche».

C’est le cas de Gilbert, fraîchement retraité. Après trente-neuf ans de vie d’ouvrier chez Alpine, il gagne 1200 euros par mois. Cette perte de revenu loblige à travailler au black pour des entreprises spécialisées dans les espaces verts. «Même avec deux salaires, à la fin du mois c’est difficile», raconte-t-il, dénonçant «laumône» de l’augmentation du Smic au mois d’octobre, strictement limitée à l’inflation. Myriam, ouvrière qui cumulait les CDD, pointe au chômage depuis que sa voiture est en panne: «Je nai pas assez dargent pour la réparer, donc on ne me renouvelle pas mes contrats.»

Ouvrier agricole, Alain est au Smic. «Je fais 80 kilomètres par jour pour aller travailler», explique-t-il. Les 100 euros de Jean Castex ne lui suffiront pas. Après vingt-deux années comme salariée de la Halle aux chaussures, Sandrine s’est retrouvée sans emploi à la fermeture de l’enseigne. «Depuis, j’ai passé un CAP petite enfance et je vais devenir assistante maternelle.» Elle vit seule avec un fils de 15 ans, et revendique avoir fait tous les ronds-points de Dieppe.

Lire aussi : Pouvoir d’achat. Après les 100 euros de Castex, le PCF appelle à redoubler de mobilisation

La précarité qui s’invite dans le quotidien, Jérôme aussi la connaît bien. Charcutier de formation, il a fait «un peu tous les boulots». Son dernier, c’était agent d’entretien, pendant sept ans, payés 1000 euros parce quil ne faisait que 32 heures par semaine. «Jai demandé un changement de poste pour raisons de santé. On me la refusé, et jai dû partir.» Il pointe au chômage depuis le mois de mars.

Les mesurettes ne changent rien

Puis, il y a Amandine, mère isolée de 31 ans et assistante à domicile. Elle ramène 830 euros par mois. Elle a aussi fait tous les ronds-points, à Dieppe, mais aussi à Rouen, Amiens, Lille… Une publication sur Facebook lui a valu une garde à vue durant laquelle les policiers l’ont surnommée «la Crevette», puis une comparution immédiate: une condamnation à 500 euros damende pour outrage et 35 heures de travail dintérêt général. «Si je ne les effectue pas, cest deux mois de prison», précise-t-elle.

À l’instar d’Amandine, la ténacité caractérise ces gilets jaunes dieppois qui, du 17 novembre 2018 jusqu’au premier confinement en mars 2020, ont occupé sans discontinuer le rond-point «Eurochannel» 24 heures sur 24. La préfecture et la police nont pourtant pas ménagé leurs efforts. «Ils sont venus démolir nos cabanes 17 fois, sourit Jérôme. À chaque fois, on les a reconstruites. Pour les jours froids, on avait même réussi à construire une cheminée avec des bidons.» Les mesurettes prises par Emmanuel Macron, face à l’ampleur du mouvement, n’ont rien changé. «Un gros coup de Trafalgar», commente Alain, l’ouvrier agricole: «Des personnes âgées sont toujours obligées de baisser le chauffage en hiver.»

«On veut le RIC, et des réformes sociales, des vraies»

À l’approche de la présidentielle, tous se méfient de la politique, et rejettent l’action syndicale traditionnelle. Sur le rond-point «Eurochannel», cest «ni Le Pen, ni Zemmour, ni Macron»«Et ni les autres, dailleurs», ajoutent-ils. «On est des gilets jaunes, détaille l’un d’eux. On veut le RIC (référendum d'initiative citoyenne - NDLR), et des réformes sociales, des vraies. Il n’y a qu’un candidat gilet jaune qui peut le faire. Les autres sont tous compromis par le système, ils veulent juste des places dans un gouvernement.»

Malgré cette défiance, ils sont quelques-uns à lâcher momentanément leur rond-point ce samedi-là pour se rendre à un rassemblement devant la sous-préfecture de Dieppe à l’appel du PCF, pour le pouvoir d’achat.

Sur place, le secrétaire de l’union locale CGT, qui compte 1800 syndiqués, Mathias Dupuis, évoque des relations parfois compliquées avec certains gilets jaunes et souligne que «l’éloignement de la politique est aussi préjudiciable pour les syndicats».

«Votre combat est le nôtre, rappelle également aux gilets jaunes le député communiste Sébastien Jumel. Mais il va falloir trouver un prolongement politique à cette colère spontanée et parfois désordonnée.» ​​​​​​​Myriam et quelques-uns de ses camarades de lutte lui ont donné leur voix localement, «mais au niveau national, je voudrais un candidat gilet jaune». Trois ans après, le débouché politique de ce mouvement inédit est toujours aussi incertain.

C

 

 

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