Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Petites pensions. Comment l’Élysée balade les retraités

25 Octobre 2021, 14:45pm

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Samedi 23 Octobre 2021

Cyprien Boganda

«La pension minimale à 1000 euros» sonnait comme une avancée pour les 5 millions de retraités concernés. Mais à qui sadresse vraiment la promesse de Macron? à ceux qui ont assez cotisé! La précision est importante car, dès lors, la mesure a tout dune arnaque et vient encore aggraver les inégalités. 

Le troisième âge, ça fait rêver. Dans les publicités, du moins, qui regorgent de sexagénaires épanouis et rayonnants de santé, enchantés de démarrer une nouvelle vie. La réalité, malheureusement, ne colle pas toujours à cette vision idyllique. La France compte environ 15,5 millions de retraités. Près d’un tiers d’entre eux (31 %, pour être précis) vivent avec une pension mensuelle brute inférieure à 1000 euros, soit quelque 4,8 millions de personnes. Ces chiffres sont tirés d’un rapport de deux députés centristes, publié en mai 2021.

Lire aussi : Solidarité. Les retraités reprennent la rue

Les femmes surreprésentées

Leur document rappelle, si besoin était, que les femmes représentent une écrasante majorité de ces retraités sans le sou. «52 % des femmes perçoivent une retraite de droit direct modeste, alors qu’ils ne sont que 20 % parmi les hommes, écrivent-ils. Cette disparité s’explique en grande partie par deux facteurs principaux souvent liés à la maternité: les longues périodes sans activités et celles travaillées en temps partiel. Le chômage, l’inaptitude et l’entrée tardive sur le marché du travail sont d’autres facteurs déterminants. Les assurés non salariés et les exploitants agricoles sont également surreprésentés parmi les retraités modestes. Ainsi, on note qu’en moyenne les pensions les plus faibles sont versées aux retraités affiliés à la mutualité sociale agricole (MSA) et à la Sécurité sociale des indépendants (SSI).»

La proposition pourrait ne concerner que les nouveaux retraités. Soit entre 50 000 et 70 000 personnes seulement. On est très loin du compte !

Cette réalité est connue depuis longtemps. Pourtant, aucun gouvernement ne s’y est véritablement attaqué, si ce n’est à coups d’expédients: le pouvoir actuel a par exemple revalorisé lAspa (allocation de solidarité aux personnes âgées) dès le début du quinquennat, pour la porter à 903 euros. Il s’agit d’une prestation mensuelle accordée aux retraités avec de faibles ressources, versée par les différentes caisses de retraite (Carsat, MSA…), dont le montant dépend de la situation familiale des retraités. La revaloriser n’est évidemment pas une mauvaise chose en soi, mais cela reste très insuffisant.

D’ailleurs les deux députés le soulignent eux-mêmes, dans leur rapport: «Il ne semble pas équitable quune pension issue dune carrière complète soit inférieure à un minimum social. Il n’est pas juste de renvoyer systématiquement vers ce dispositif de solidarité des personnes qui à l’issue d’une vie de travail dépendent d’une pension à l’évidence trop faible. Il est ici aussi question de dignité et de valeur accordée au travail. Enfin, il n’est pas sain de laisser un système de retraite dépendre de dispositifs financés par le budget général de l’État pour compenser ses manquements et des contextes socio-démographiques et économiques moins favorables.»

Les députés auraient pu rajouter qu’il existe un autre effet pervers à une (unique) revalorisation de l’Aspa: cette allocation est remboursable. Autrement dit, les héritiers dun proche décédé se voient souvent obligés de rembourser la somme perçue par ce dernier, ce qui peut ajouter des difficultés financières à la douleur du deuil…

Dynamiter notre régime

En 2019, Emmanuel Macron s’est engagé à en finir avec les demi-mesures. Il a promis qu’à l’avenir, aucun retraité avec une carrière complète ne pourra toucher moins de 1000 euros de pension. À l’époque, il sagit surtout de faire passer la pilule d’une réforme systémique visant à dynamiter notre régime par répartition. Depuis, l’Élysée jure que la promesse n’a pas été abandonnée, mais qu’il étudie encore les détails d’une telle proposition.

Le problème, c’est que, même si elle venait à voir le jour, la mesure laisserait des millions de personnes au bord de la route. En effet, l’écrasante majorité (près de 70 %) des retraités touchant moins de 1000 euros par mois ont une carrière incomplète ou hachée, pour plusieurs raisons: entrée tardive sur le marché du travail, arrêt précoce lié à la maladie, période de chômage ou dinactivité pour garde denfants. Tous ces travailleurs seraient donc exclus du dispositif.

Autre restriction, la proposition Macron pourrait ne s’appliquer qu’aux nouveaux retraités. Dans ce cas-là, quelques dizaines de milliers de personnes seulement seraient concernées tous les ans (entre 50000 et 70000). Bref, on serait très loin du compte!

Ce n’est pas tout. En se concentrant exclusivement sur les salariés avec une carrière complète, le président de la République cherche surtout à nous inciter… à bosser plus longtemps. Emmanuel Macron a d’ailleurs remis le sujet sur la table le 12 octobre, lors de la présentation en grande pompe de son nouveau plan d’investissement (France 2030), en affirmant que nous allons devoir «travailler plus et produire plus»: «Quand lon se compare, nous sommes un pays qui travaille moins que les autres. Nous avons une quantité de travail alloué qui nest pas au bon niveau, à la fois dans le cycle de vie et en horaires cumulés.»

Pour Régis Mezzasalma, conseiller confédéral de la CGT spécialiste des retraites, le président de la République tape (volontairement) à côté: «Emmanuel Macron, lorsquil nous parle de revalorisation des petites retraites, ne s’intéresse qu’aux conséquences, non aux causes du problème. La retraite est toujours le reflet d’une carrière. Si les gens touchent des pensions aussi faibles, c’est qu’ils ont été maintenus dans des emplois à bas salaires! Et avec la politique qu’il mène, le président de la République ne fait qu’accentuer le phénomène. En effet, l’une de ses mesures fiscales a été de sanctuariser les baisses de cotisations jusqu’à 1,6 Smic. Autrement dit, les patrons sont incités à ne pas augmenter leurs salariés au-delà de ce plafond, au risque de perdre l’avantage des exonérations.»

Pour le syndicaliste, il n’est pas question de s’interdire de revaloriser les pensions de retraite, bien au contraire. Mais il ne «suffira» pas de corriger les effets dévastateurs de carrières hachées et mal payées: il faut attaquer le problème à la racine. Et donc reposer la question des hausses de salaires.

 

 

Commenter cet article