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Logement. À Aubervilliers, les plus modestes refusent de faire les frais des démolitions

30 Octobre 2021, 08:36am

Publié par PCF Villepinte

Le quartier de La Maladrerie, à Aubervilliers, est l'un de ceux menacés par les projets de la municipalité. PHOTO PATRICK GELY

Vendredi 29 Octobre 2021

L 'Humanité Camille Bauer

Près de deux cents personnes se sont réunies le 28 octobre, devant l’office HLM de la ville de Seine-Saint-Denis, pour demander l’ouverture d’un dialogue et refuser la destruction ou la vente de l’habitat social.

D’une main, Ali Bechou tient la poussette de sa petite dernière, de l’autre, il brandit une pancarte sur laquelle il a écrit: «Le quartier, on y vit, on y reste. Pas de privatisation». Il est venu se joindre aux près de deux cents personnes réunies ce 28 octobre au soir devant l’Office public de l’habitat (OPH) de la ville d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). La découverte presque fortuite de la volonté de la municipalité de détruire et de vendre des centaines de logements HLM, dans le cadre d’un programme de rénovation urbaine de trois grands ensembles, lui fait craindre le pire. «Je suis très, très inquiet», explique ce père de famille, qui peine déjà à joindre les deux bouts comme conducteur de VTC. Le quartier, il y habite depuis vingt ans. Quand sa femme a été enceinte de leur premier enfant, il a pu déménager dans un appartement plus grand. Il paye actuellement 780 euros pour 80 mètres carrés. « Dans le privé, je devrais payer plus de 1000 euros. Ce nest pas possible» calcule-t-il.

La volonté de rénover ces trois quartiers, La Villette, Émile Dubois et La Maladrerie, n’est pas nouvelle. Cela fait plus de dix ans que l’Agence nationale de la rénovation urbaine (Anru) a des projets qui impliquent la destruction d’une partie de ces habitations dont certaines sont anciennes et en mauvais état. La rénovation de la Maladrerie, une cité construire dans les années 1970 par Renée Gailhoustet, dont les immeubles sont dotés de terrasses de terre pleine, d’appartements lumineux de tailles et de formes diverses, est une question sensible. Les habitants de cet ensemble architectural unique veulent préserver ce symbole d’un habitat populaire de qualité. Dans les années 2010, ils ont gagné un précédent bras de fer contre l’Anru qui voulait faire passer une route dans le jardin de leur cité, mais ont du coup été privés de rénovation.

La nouvelle direction de l’OPH met en avant les économies réalisées

Pour les trois cités, «il y avait eu des négociations, et on était arrivé à un accord global. Il y avait un schéma de rénovation progressif. Mais la nouvelle mairie a interrompu les négociations et veut désormais tout faire en même temps sans même recevoir les associations», explique André Narritsens, qui représente le PCF dans l’association Jardins à tous les étages. La nouvelle maire, l’UDI Karine Franclet, qui a pris la ville aux communistes aux élections municipales de juin 2020, semble cette fois décidée à faire table rase. L’OPH dont elle est présidente annonce la couleur dans son rapport de présentation de projet. Pour La Villette, un peu moins que les 302 logements prévus initialement seront détruits, et entre 50 et153 seront privatisés. À Émile Dubois, il y a aussi un peu moins de destructions que prévues initialement, 313 contre 388, mais au nom de la mixité, une partie du terrain devra être vendue pour y ériger 810 nouveaux logements en partie privés. Quant à La Maladrerie, c’est 363 logements qui doivent être vendus, dont 60 au privé.

L’avenir des habitants des logements concernés est des plus incertain. «Il était prévu quils soient relogés au Fort dAubervilliers, dans lequel 40 % des logements devaient correspondre à la tranche basse des tarifs HLM. Mais il nest plus du tout garanti que cette proportion soit maintenue», explique Antoine Wohlgroth, chargé de mission de la Confédération nationale du logement (CNL) à Aubervilliers. Si rien ne peut être proposé dans la ville à un prix accessible, il faudra aller plus loin. «On ne sait pas ce quon va devenir. Déjà quil y a la crise du logement», s’inquiète Lou Anna, une jeune photographe de 27 ans. Elle et sa sœur, graphiste, sont précaires. Elles habitent encore dans la maison de leur mère à La Maladrerie. «  On est très attaché à cet endroit, on y tient. La qualité de vie y est incroyable» explique la jeune femme. Ce lien affectif, Fatima, salariée de l’éducation nationale, l’évoque aussi. «  Ça fait trente ans que je suis là. Dans cet appartement, il y a une histoire. Ma mère y est morte, mes enfants y ont grandi. Je ne veux pas le quitter», explique la petite femme en pull rose.

Pour justifier ce projet radical, la nouvelle direction de l’OPH met en avant les économies réalisées. «La nouvelle maquette financière permet une baisse de 73 % du reste à charge OPHA qui passe de 191M€ à 51,9M€», se réjouit en lettres grasses sa plaquette de présentation. À sa décharge, les questions financières sont réelles. La réhabilitation de La Maladrerie, très complexe en raison de l’irrégularité du bâti, pourrait s’élever à près de 80000 euros par logement. À cela sajoute le manque de fonds propres dont souffre tout le secteur HLM. Depuis la loi Elan de 2018, le gouvernement y prélève plus dun milliard par an, en invitant les bailleurs sociaux à compenser ces pertes par la vente de logements. Mais le problème est aussi politique. «La nouvelle maire UDI est dans la lignée de Valérie Pécresse, hostile aux HLM. Derrière cette histoire de mixité, il y a la volonté de changer la population de la ville», analyse Antoine Wohlgroth. Un mauvais calcul, selon Soizig Nedelec, ancienne ajointe PCF au logement à la mairie, et aujourd’hui élue municipale d’opposition: «Si, comme le veut la maire, on vend les logements à la découpe, beaucoup de locataires modestes vont sendetter ou se saigner pour acheter leur appartement, mais ils n’auront pas forcément les moyens de financer les travaux d’entretien et de rénovation nécessaires. À terme, d’ici dix à quinze ans, on se retrouvera avec une explosion du nombre de logements très dégradés et insalubres. C’est le cas dans d’autres villes qui ont fait ce choix court-termiste de vendre et en subissent les conséquences aujourd’hui».

Une absence totale de dialogue

Alors que le prix de l’immobilier dans la Petite couronne autour de la capitale continue de flamber sous l’impulsion des travaux du Grand Paris, les associations déplorent, dans une lettre à la maire et présidente de l’OPH, «les injonctions que lAnru, cet outil de l’État essentiellement pensé pour gentrifier nos quartiers, fait peser sur notre commune». «Il y a 8000 personnes en attente de logements très sociaux à Aubervilliers, note Soizig Nedelec. Or il n’est plus légalement possible de construire dans notre ville de nouveaux logements financés par le prêt locatif aidé d’intégration, destinés aux locataires en situation de grande précarité. Si on détruit ceux qui existent, on va se retrouver avec des milliers de personnes sans solution», déplore celle qui représente désormais l’opposition au conseil d’administration de l’OPH.

Mais ce qui révolte le plus les habitants réunis, c’est l’absence totale de dialogue. Fatima ne décolère pas: «Il ny a aucune concertation, aucune communication. Cette rénovation est revenue sur le tapis à l’occasion d’un conseil d’administration de l’Office, et nous avons été au courant uniquement parce qu’il y a eu des fuites». «Quand on en parle aux gens, la plupart sont abasourdis. Cest nous qui leur apprenons l’existence du projet. Cette façon de faire reflète une politique verticale, qui ne prend pas en compte les premiers concernés», renchérit Anna Agneb-Porterie, d’Alliance citoyenne, une autre association présente sur le quartier. En cœur, la foule entonne d’ailleurs: «Oui à la concertation, oui à la rénovation, non à la démolition». Reste à construire le rapport de force. Un travail de porte-à-porte a commencé pour informer les habitants, en espérant faire monter la mobilisation. Olivier Roy, de Réactions internationales, une association qui travaille surtout contre les multinationales, se veut optimiste: « Il y a deux semaines, nous étions quarante, aujourdhui, nous sommes deux cents. Et il y a une marge de progression»

Camille Bauer

 

 

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