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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

CRISE SANITAIRE ET SANTÉ PSYCHOLOGIQUE   

21 Octobre 2021, 08:58am

Publié par PCF Villepinte

Au plus fort de la première vague, l’urgence n’était pas à la prise en compte des conséquences psychologiques liées au confinement, malgré les alertes. Toutes les générations sont impactées. Le sujet ne peut pas être éludé.

Comme nous le rappelons souvent le bon état de santé d’une population relève de trois composantes : le physique, le psychologique et le social. Au cours du XXe siècle, du fait des progrès de la médecine, la technique autour de la réparation du corps humain a été largement privilégiée, tant au niveau des études de médecine que des choix politiques d’organisation du système de santé. Mais avec le vieillissement de la population, l’émergence des pathologies chroniques et, aujourd’hui, l’épidémie liée au coronavirus, ce mode de fonctionnement a montré ses limites. Du fait de la dégradation du système hospitalier, caractérisé notamment par la faiblesse du nombre de lits de réanimation, tous les moyens et toute l’attention s’est focalisée sur les besoins matériels et techniques.

Effets collatéraux

Dès la première vague, des voix se sont élevées pour signaler les effets collatéraux liées aux différentes mesures prises, plus particulièrement ceux en rapport avec le confinement. Or, les problèmes posés n’ont pas fait l’objet d’une prise en compte à la hauteur de l’importance de la population concernée. Car, sans minimiser le nombre de personnes touchées par le coronavirus, celui-ci reste heureusement minoritaire dans la population et il est même très peu élevé dans certaines tranches d’âge.

Nous pouvons citer les jeunes enfants qui se sont vus privés d’école, c’est-à-dire d’interactions sociales, indispensables à cet âge. De plus en plus de voix s’élèvent en ce qui concerne les plus petits qui ne voient quasiment plus que des personnes masquées, privés ainsi du sourire et de la mimique indispensables à l’expression quand on ne maîtrise pas encore la parole. Les adolescents se sont vus confinés devant des écrans à l’âge où se nouent les premières relations amoureuses et où s’ébauche les premières étapes de l’autonomie avant le passage à l’âge adulte.

Que dire des étudiants qui pour beaucoup n’ont pu effectuer les études qu’ils espéraient, y compris dans le domaine médical où ils ont été réquisitionnés pendant de nombreux mois pour pallier au manque de personnel. La plupart n’ont pu effectuer les stages prévus, indispensables pour valider les diplômes. Le travail de groupe a été réduit à sa plus simple expression. Et ce qui rend cette période de la vie aussi importante, ce qu’on appelle la vie étudiante, c’est-à-dire les sorties entre amis, les activités sportives et culturelles, a été quasiment supprimé. Le résultat est aujourd’hui catastrophique avec des échecs très importants, des abandons complets d’études et des dépressions aggravées par l’absence de perspectives d’avenir positives.

Toutes générations concernées

Chez les adultes en activité professionnelle, la situation est contrastée, mais également source d’inquiétude. Si le télétravail a semblé initialement être plébiscité, notamment pour ceux ayant une bonne insertion professionnelle et des conditions de vie satisfaisantes, cela n’a pas été le cas pour tout le monde. D’ailleurs, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui veulent reprendre une activité majoritairement en présentiel. C’est tout à fait compréhensible et de multiples témoignages font état des difficultés rencontrées. Il s’agit notamment de la frustration des personnes vivant seules face à la succession de réunions en visio-conférences, limitées strictement dans le temps, excluant tous les échanges souvent très fructueux de l’avant ou de l’après, ou encore devant la fameuse machine à café, très souvent source d’inspiration de décisions plus importantes que celles prises en séance. C’est aussi l’incapacité à pouvoir se concentrer en présence de ses jeunes enfants dans le logement, y compris quand on dispose de pièces dédiées, ce qui n’est pas toujours le cas, en particulier dans les grandes villes caractérisées de plus en plus par des logements exigus. Par ailleurs, l’absence d’activité physique associée au grignotage a entraîné une prise de poids chez de nombreuses personnes, ce qui au-delà du problème physique, a un retentissement psychologique important qui s’exprime par le « je me sens mal dans ma peau ».

En ce qui concerne les retraités, la situation n’est guère brillante pour nombre d’entre eux. Étant la population la plus impactée par l’épidémie, la pression psychologique a été très forte avec pour un très grand nombre une réduction drastique des contacts avec les personnes les plus proches, notamment les enfants et les petits-enfants.

Nécessité de lien social

Dans les Ehpad, la suppression des visites a frisé la catastrophe. Heureusement que les représentants institutionnels de ces structures ont milité sans relâche pour pouvoir rétablir les visites le plus rapidement possible. Nous constatons aussi que c’est dans cette population que les trois critères de la santé sont intimement liés et que leur dégradation n’a pas qu’un effet additionnel, mais exponentiel. Quand votre état de santé n’est pas optimal, ce qui est souvent le cas en vieillissant, il est clair que l’environnement social joue un rôle important sur votre état psychologique. Tout cela sans compter le stress lié aux difficultés pour assurer un suivi médical du fait des disponibilités limitées des médecins de ville et des services hospitaliers. Comment ne pas être inquiet et parfois désespéré quand pour la deuxième fois, il vous est annoncé que votre intervention chirurgicale programmée est encore repoussée.

Nous voyons donc qu’il y a urgence à ce que nous retrouvions une vie plus normale qui garantisse à la fois une protection contre le coronavirus, mais qui assure le retour à des conditions nous permettant de recouvrer le meilleur état de santé possible, dans lequel le « moral » revêt une importance majeure.

Dr Christophe Prudhomme
Médecin urgentiste au Samu de Seine et Saint Denis,
porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF)

 

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