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Retraites. Malgré un déficit revu à la baisse, la réforme menace de nouveau

9 Juin 2021, 06:19am

Publié par PCF Villepinte

Manifestation contre la réforme des retraites le 9 janvier 2020 à Paris. Nicolas Cleuet/Hans Lucas

L'Humanité Mercredi 9 Juin 2021

Marion d'Allard

Le Conseil d’orientation des retraites établit à 13 milliards d’euros pour 2020 le déficit, lié à la crise, du système de retraites. L’occasion pour le gouvernement de réactualiser sa réforme, malgré l’opposition des syndicats.

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a donc à nouveau raturé sa copie. Alors que ses propres projections tablaient sur un déficit de près de 30 milliards d’euros – rabaissé ensuite à 25,4 milliards –, pour l’année 2020, le «trou» creusé par la crise sanitaire dans les caisses de retraite s’établit in fine à 13 milliards d’euros. Dans son rapport, le COR évalue par ailleurs les «besoins de financements» du système entre 7 et 10 milliards deuros par an (0,3 à 0,4 % du PIB), dès 2021, avec un retour à l’équilibre prévu, «dans le meilleur des cas», à horizon 2030.

Cette rectification drastique de ces prévisions, le COR l’attribue en partie à une «contraction moins forte que prévu» de l’économie française. Mais elle est surtout le signe que «nous avons vécu et nous vivons toujours une période de très grande incertitude dont il faut absolument se garder de tirer des conclusions qui seraient forcément hâtives», met en garde Michaël Zemmour. Pour l’économiste, spécialiste de la protection sociale, il n’est d’ailleurs nullement besoin de combler ce déficit immédiat. Car «la seule question qui concerne lavenir des retraites, cest l’équilibre entre les dépenses et les recettes à moyen et long terme. Une donnée pour linstant impossible à évaluer car il faudrait savoir dans quel état se trouvera l’économie française en 2025», poursuit le spécialiste. D’ailleurs, «le déficit projeté par le COR est très conventionnel. Il ny a pas une seule caisse de retraite en déséquilibre et le déficit calculé dépend en réalité de la volonté – ou pas – de l’État de mettre de l’argent dans le système», rappelle Michaël Zemmour.

Un problème majeur d’équité entre générations

Pourtant, c’est bien la petite musique d’un retour de la réforme des retraites qui se joue en haut lieu, justifié, entre autres, par le creusement du déficit. Et si Emmanuel Macron a enterré l’idée de remettre sur la table son projet «en l’état» et a abandonné la mise en place d’un système de retraites par points, Bruno Le Maire a bel et bien fait du dossier des retraites sa «priorité». Olivier Véran, quant à lui, a déclaré qu’une réforme demeurait une «nécessité absolue». Sans compter la dimension systémique de la réforme, suspendue en mars 2020 au début de la crise sanitaire et à l’issue d’un mouvement social historique, reste donc les mesures paramétriques: recul de l’âge légal de départ et allongement de la durée de cotisation en tête. Des mesures sur lesquelles le gouvernement se pencherait sérieusement. « La première mauvaise idée serait de décider maintenant alors qu’on ne sait rien de la situation d’après-crise», insiste Michaël Zemmour. Pour le reste, poursuit l’économiste, «  on est sans doute, conjoncturellement, au pire moment pour reculer l’âge légal de départ. Car, en décalant l’âge de la retraite, on augmente à court terme le taux de chômage en maintenant plus de gens sur le marché du travail. C’est ce qu’affirment les anciens rapports du COR et, même, les prévisions de Bercy». Quant à l’allongement de la durée de cotisation, l’économiste y voit un problème majeur d’équité entre générations. Car si «pour les réformes précédentes le discours consistait à faire valoir laugmentation de l’espérance de vie pour justifier l’allongement de la vie professionnelle, on a mangé tous les gains d’espérance de vie», affirme l’économiste. Ce qui signifie que «si, aujourdhui, on décale l’âge de départ ou la durée de cotisation, on va réduire le temps de retraite».

Quel que soit le scénario qu’il retiendra, Emmanuel Macron – qui a affirmé devoir prendre des décisions «difficiles» sur ce dossier explosif – trouvera les syndicats en travers de sa route. Y compris la CFDT, qui soutenait le principe d’un système par points, mais qui a fait d’une réforme uniquement paramétrique sa ligne rouge. Le 12 octobre 2020, l’ensemble des organisations avaient d’ailleurs signé un courrier unitaire à l’adresse du chef de l’État, lui enjoignant de «ne pas remettre à l’ordre du jour le sujet des retraites». Reste à voir de quel côté va pencher l’exécutif. La conférence sociale, qui doit s’ouvrir en juillet, sera probablement l’occasion d’annonces gouvernementales.

 

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