Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Régionales. La valse entre Macron et Le Pen marque le pas

22 Juin 2021, 16:04pm

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Mardi 22 Juin 2021

Cyprien CaddeoJulia Hamlaoui

Le double scrutin de dimanche a déjoué le duopole voulu par LaREM et le RN, qui signent tous deux des résultats décevants, voire, pour l’exécutif, catastrophiques. Mais gare toutefois à une élection en trompe-l’œil, faussée par l’abstention.

Sur le terrain électoral, rien n’est jamais écrit d’avance. Surtout lorsque les électeurs ne s’y retrouvent plus et préfèrent jouer de la grève des urnes. Avec plus de 65 % d’abstention dans neuf des treize régions métropolitaines, c’est un nouveau record tous scrutins confondus, hors référendum, qui a bousculé les pronostics du premier tour des élections régionales et départementales dimanche.

Depuis des mois et des mois, LaREM comme le RN tentent de vendre, en vue de 2022, le scénario de leur duel comme l’alpha et l’oméga des clivages politiques. Force est de constater que gauche et droite n’ont pas dit leur dernier mot, au moins au plan local. Pour le Rassemblement national, annoncé en amont du vote en très bonne posture, le recul par rapport à 2015 n’en est que plus flagrant.

Pour la majorité présidentielle, qui n’affichait que de maigres ambitions malgré les nombreux ministres engagés dans la bataille, le résultat obtenu est vertigineusement bas. De quoi rebattre les cartes? «Depuis hier, nous savons que les Français ont choisi majoritairement de prendre soit les candidats de la droite, soit les candidats de la gauche, et en réalité, le bloc social et écologique est même devant celui de la droite», a analysé, lundi matin sur France Inter, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, espérant une victoire dans les Pays de la Loire et l’Île-de-France, en plus des cinq régions comptant un président socialiste sortant.

 «Tout a été fait pour enfermer les Français dans un duel où ils n’auraient plus qu’à choisir entre la République en marche et l’extrême droite. Les résultats du premier tour montrent que, si peu de Français se sont exprimés, ils n’ont choisi de soutenir ni les listes d’extrême droite ni les listes conduites par des ministres. Et ça, c’est plutôt un bon signe», s’est également félicité le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, après le scrutin.

L’heure est aussi à la mesure du fait de l’abstention, qui pour l’insoumis Jean-Luc Mélenchon «fonctionne comme un refus de vote» alimenté par l’ «absurdité du débat public depuis six mois, qui voit lattention attirée sur la sécurité, lislamo-gauchisme, le séparatisme, le complotisme».

Un franc revers pour le Rassemblement national

Reste que, annoncés en tête par les sondages jusque dans six régions, les résultats sont un franc revers pour le Rassemblement national, qui espérait faire des régions une vitrine lui permettant de crédibiliser un peu plus sa candidature présidentielle. Alors qu’il totalisait 27,7 % des suffrages en 2015 sur l’ensemble du territoire, il en compte à l’issue de ce premier tour 19,4 %, quand bien même ses thèmes de prédilection ont largement occupé le débat public ces derniers mois.

 «Le RN a un électorat plus jeune, de milieu ouvrier. Ils ne se sont pas déplacés. Il est vrai que le RN suscite souvent un vote d’adhésion et d’engagement. Mais une partie de ses électeurs est très intermittente dans sa participation», rappelle la spécialiste de l’abstention Céline Braconnier à l’AFP. Selon une étude Ipsos, l’électorat RN se serait effectivement moins mobilisé cette fois-ci. Si 81 % des électeurs de Marine Le Pen de 2017 qui se sont prononcés dimanche ont à nouveau voté RN, ils sont 73 % à s’être abstenus (contre 44 % pour ceux de François Fillon ou 55 % pour ceux de Benoît Hamon).

De même, 69 % des sympathisants du parti d’extrême droite ne se seraient pas rendus aux urnes, contre 55 % de ceux de droite et 65 % de ceux de gauche. Marine Le Pen y a vu une façon de minimiser la déception engendrée par les résultats: «Ce désastre civique a très largement déformé la réalité électorale du pays et donne une vision trompeuse des forces politiques en présence», a-t-elle ainsi déclaré.

Du côté de la République en marche, malgré les discours de façade, on ne s’attendait pas, au vu des sondages, à un miracle électoral. Mais le parti présidentiel n’anticipait pas non plus une claque de cette ampleur. À l’arrivée, la majorité est largement en deçà des résultats prédits, avec un score moyen de 10,4 % au niveau national.

LaREM est même éliminée dès le premier tour dans quatre régions: Occitanie, Corse, Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France, où cinq ministres étaient pourtant mobilisés sur la liste. En Centre-Val de Loire et Nouvelle-Aquitaine, où deux ministres Modem étaient têtes de liste, la majorité plafonne respectivement à 16,65 % pour Marc Fesneau et 13,71 % pour Geneviève Darrieussecq. «Le résultat nest pas à la hauteur, cest une déception pour nous», a admis le patron de LaREM, Stanislas Guerini, plus que jamais sur la sellette.

La Macronie reléguée à un rôle de figuration

Au sein du parti présidentiel, on espérait en effet réaliser des scores suffisants pour jouer les faiseurs de roi au second tour en ayant un rapport de force favorable aux alliances et à l’orchestration des fronts républicains. Mais le RN se retrouve plus bas qu’annoncé et LaREM est largement distancée partout par les listes arrivées en tête. La Macronie est ainsi reléguée à un rôle de figuration. Oublié, donc, le «front républicain réinventé» proposé par le porte-parole de l’exécutif Gabriel Attal en amont du scrutin.

Misant sur un sursaut de participation dimanche prochain, les listes LaREM qualifiées au second tour devraient se maintenir partout, même en Île-de-France (11,76 % pour Laurent Saint-Martin) ou en Bourgogne-Franche-Comté (11,69 % pour Denis Thuriot). «Je veux convaincre les abstentionnistes daller voter dimanche prochain et de ne pas se laisser dicter leur choix», justifie pour sa part la ministre Brigitte Klinkert, créditée d’un piteux 10,77 % au 1er tour dans le Grand-Est.

«Il ne faut pas se projeter sur les élections à venir»

Les propositions d’alliances avec LR, qui auraient pu à nouveau semer la zizanie au sein de la droite traditionnelle, tombent aussi à l’eau. La prime aux exécutifs sortants a largement bénéficié à cette dernière, comme elle a profité au PS dans les cinq régions que les socialistes gouvernent. «Les Républicains» devancent les marcheurs partout, pas seulement dans les régions où ils sont sortants, mais aussi dans les régions dirigées par la gauche.

Christian Jacob, le chef du parti, peut jubiler. En position de force, il a réclamé, ce lundi, le retrait pur et simple de la majorité dans trois régions pour contrer la gauche: les Pays de la Loire, la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre-Val de Loire. Un signal fort dans cette dernière région, où Nicolas Forissier (LR) et Marc Fesneau avaient pourtant ouvert la porte à un rapprochement.

Malgré la débâcle, LaREM n’infléchira pas sa ligne. Fidèle aux consignes d’Emmanuel Macron, qui a appelé «à ne tirer aucune leçon nationale» du scrutin, la majorité botte en touche. «Les Français nont pas répondu à une question nationale, ils ont répondu à une question régionale et départementale. Ils ont massivement apporté leur confiance aux sortants», répète Stanislas Guerini, en rappelant la faible implantation locale du parti présidentiel, qui se vantait pourtant d’avoir fait éclore des comités de soutien un peu partout en France.

L’Élysée se rassure en insistant sur un scrutin exceptionnel, marqué par l’abstention et déconnecté des rapports de force nationaux. Emmanuel Macron et Marine Le Pen restent encore les mieux placés pour accéder au second tour de la présidentielle si elle avait lieu maintenant.

Selon l’Ifop, pour le premier tour de dimanche, à peine 25 % des votants déclarent ainsi avoir déterminé leur vote en fonction d’enjeux nationaux, soit plus de 10 points de moins qu’en 2015. «Nous sommes devant une abstention différentielle. Les électorats ont été déformés par l’abstention.

Il ne faut pas projeter ce qui s’est passé dimanche sur l’ensemble des élections à venir. Quand reviendra la présidentielle, il y aura de grandes chances que le RN et LaREM soient au premier rang», assure le chercheur du Cevipof Luc Rouban. Comme les marcheurs, l’extrême droite est toujours en embuscade, d’autant qu’un hypothétique sursaut de participation pourrait changer la donne.

Arrivé en tête en Paca, le RN y concentre désormais ses espoirs. Mais le plafond de verre est à nouveau consolidé par le retrait finalement annoncé de la liste de gauche conduite par Jean-Laurent Félizia.

 

 

Commenter cet article