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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Bac 2021. Maintien des épreuves, grand oral... Jean-Michel Blanquer fait le choix du pire

6 Juin 2021, 07:08am

Publié par PCF Villepinte

Des élèves mal préparés, dans le « flou total ». L’angoisse monte à l’approche du « grand oral », épreuve phare de la réforme, maintenue coûte que coûte. © SYSPEO/SIPA

Samedi 5 Juin 2021

L'Humanité Olivier Chartrain

Fallait-il maintenir certaines épreuves après une année si perturbée? En méprisant les demandes des élèves et des enseignants, le ministre abîme un peu plus le baccalauréat, au risque de dévaloriser cet examen fondateur. Du côté des profs et des lycéens, le grand oral cristallise toutes les inquiétudes. TÉMOIGNAGES

Une année folle, avec le bac pour apothéose. Voilà ce qui vient à l’esprit quand on essaie de se représenter cette année scolaire 2020-2021. Jamais, sans doute, une session du bac n’aura été préparée dans des conditions aussi chaotiques. Élèves et enseignants le vivent très mal. Au point que dans plusieurs centaines de lycées, des mouvements et blocages ont eu lieu pour demander l’annulation des épreuves. L’angoisse de ces jeunes n’aura certainement pas été adoucie par les premiers résultats de Parcoursup, publiés le 27 mai, nombre d’entre eux ayant appris que leurs vœux étaient refusés…

À lire sur le sujet : Universités. Parcoursup 2021 : comme 2020, en pire...

Alors que déjà la plus grande partie des lycées de France était en demi-jauge depuis novembre 2020, les évaluations communes portant sur les matières de spécialité restaient maintenues comme prévu, en présentiel. Mi-janvier, Jean-Michel Blanquer les bascule finalement en contrôle continu: bien tard pour des élèves et des profs qui, prévenus plus tôt, auraient pu préparer plus sereinement la nouvelle épreuve du grand oral – portant elle aussi sur les matières de spécialité. Et ces conditions chaotiques ne concernent pas que les élèves de terminale. En première à Paris, Youcef en témoigne: «Dans mon lycée, le bac blanc de français a été annulé alors que les vrais examens, eux, sont maintenus. En plus jai raté des cours en visio parce que l’ENT (espace numérique de travail – NDLR) fonctionnait mal… Je ne me sens pas du tout prêt, je suis super stressé.»

La philo, une épreuve qui ne compte pas

Seule solution, pour quatre syndicats d’enseignants (Snes-FSU, SUD Éducation, CGT Éduc’Action et Snalc), des syndicats lycéens (UNL, MNL), une douzaine d’associations disciplinaires et la FCPE: au minimum lannulation du grand oral, voire le passage total du bac en contrôle continu. Mais, le 5 mai, le ministre de l’Éducation nationale annonce le maintien des épreuves, moyennant quelques aménagements. «La multiplication des sujets en français est assez satisfaisante», reconnaît Claire Guéville, chargée des lycées au Snes.

Elle se montre en revanche très critique sur la possibilité, pour la philosophie, de ne retenir que la meilleure des deux notes entre celle de l’épreuve et celle du contrôle continu: «La note de contrôle continu va lemporter. On invente l’épreuve du bac qui ne compte pas!» De fait, pourquoi les élèves ayant obtenu des notes satisfaisantes en contrôle continu sinterdiraient-ils de faire l’impasse sur l’épreuve terminale?

Sauver le grand oral, une obsession

Mais c’est surtout le grand oral qui cristallise les angoisses. Épreuve inédite, où le candidat devra d’abord présenter à l’oral une question portant sur une de ses deux spécialités, puis en discuter avec les deux examinateurs, et terminer en abordant son projet d’orientation, elle a été très critiquée dès l’origine pour son caractère discriminant. Reposant sur l’éloquence, la présentation, l’aisance à l’oral, la confiance en soi, le grand oral est suspecté d’avantager les élèves issus de milieux favorisés sur le plan socioculturel. Mais «il fallait sauver le grand oral, ironise Claire Guéville, cest l’obsession du ministre, le symbole de sa réforme».

Icon QuoteOn doit préparer un oral dont on ne sait rien. Même nos profs ne savent pas nous répondre! Résultat: à quelques semaines du bac, beaucoup nont pas encore choisi les questions quon doit présenter. BAPTISTE Lycéen

Ainsi, à moins d’un mois de l’épreuve, élèves et professeurs restent dans le flou. «On ne sait ni ce quon évalue, ni comment on va le faire», résume la syndicaliste. «On doit préparer un oral dont on ne sait rien, confirme Baptiste, en terminale à Lyon. Même nos profs ne savent pas nous répondre! Résultat: à quelques semaines du bac, beaucoup nont pas encore choisi les questions quon doit présenter.»

Prof dhistoire-géographie aux Lilas, en Seine-Saint-Denis, Servane Marzin a pu faire passer des grands oraux blancs à une partie de ses élèves. L’expérience ne l’a pas vraiment rassurée: «Une partie des élèves est démotivée. Cest un oral qui met en jeu des compétences peu travaillées, et quon na pas eu le temps de travailler parce que nous navons ni moyens ni espace horaire pour le faire.»

Lire aussi : Bac 2021. Claude Lelièvre : « On raconte des histoires aux élèves »

Elle a constaté l’aspect discriminant de l’épreuve: «On voit les élèves qui ont déjà le bagage nécessaire et ceux qui ne lont pas, ceux qui ne sont pas assez scolaires, pas assez impliqués, ceux qui ne sont pas assez aidés à la maison Certains s’égarent dans des sujets trop larges, partent dans tous les sens, d’autres à l’inverse se perdent dans les détails. Il faudrait pouvoir les accompagner correctement, déjà dans le choix des questions. Mais avec le confinement, le travail à distance, toutes les complications que cela génère, comment pourrions-nous préparer deux sujets avec chacun de nos quelque trente élèves?»

Certains, habituellement brillants à l’écrit, se retrouvent paralysés face à cette épreuve. Et l’enseignante rappelle que «cette génération na déjà pas passé loral de français l’an dernier», tout le bac ayant été basculé en contrôle continu. Difficile de rattraper cela en quelques semaines perturbées, alors que le grand oral a été «vendu» comme devant être préparé tout au long des trois années de lycée

La démonétisation d’un commun

Au final, la bienveillance des jurys risque de constituer la seule planche de salut des néobacheliers. «On va aller vers les 95 % de réussite, comme lan dernier», prédit Claire Guéville. Mais pour quelle intégration dans lenseignement supérieur, ensuite? Sans création de places supplémentaires, Parcoursup risque de ressembler encore plus à une sanglante loterie. Dans ces conditions, certains sinquiètent grand classique pour la valeur du bac.

La syndicaliste ne leur donne pas complètement tort: «Le bac est et reste ce diplôme qui donne accès au supérieur pour ceux qui nont ni réseau ni moyens pour soffrir des certifications à l’étranger, des écoles privées Mais il est démonétisé par les réformes Blanquer, il tend à se résumer à un rite de passage, ce que le grand oral résume bien.» Et ce nest pas la première fois depuis le début de la crise sanitaire quon constate que celle-ci est utilisée par Jean-Michel Blanquer pour faire avancer ses projets, au détriment de tous ceux qui concourent au service public d’éducation… et, au final, des élèves.

 

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