Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Logement. L’angoisse des mal-logés à l’approche de la fin de la trêve

31 Mai 2021, 07:52am

Publié par PCF Villepinte

Dans une circulaire adressée aux préfets, la ministre du Logement a précisé que les ménages fragiles doivent être épargnés. Une demande non contraignante. Diane Grimonet/Hans Lucas

L'Humanité Lundi 31 Mai 2021

Camille Bauer

En amont du 1er juin, un nombre croissant de personnes menacées d’expulsion, pauvres de longue date ou précarisées par la crise sanitaire, viennent chercher de l’aide à l’espace Solidarité Habitat de la Fondation Abbé-Pierre. REPORTAGE

Rafik pose sur la table une grande pochette jaune remplie de papiers administratifs et juridiques. Entre des fiches de paye et des quittances de loyer, il en sort le commandement à quitter son appartement, le 21 juin, qu’un huissier a déposé dans sa boîte aux lettres. «Javais arrêté la cigarette, mais là, jai repris. Cest le stress. Jai peur», glisse d’une petite voix l’homme d’une cinquantaine d’années. Le cou serré dans une minerve, il évoque les problèmes de santé qui se sont multipliés depuis qu’il vit dans l’angoisse d’être chassé de chez lui.

Alors que se profile la fin de la trêve hivernale, il est venu chercher de l’aide auprès des juristes qui assurent tous les matins une permanence à l’espace Solidarité Habitat de la Fondation Abbé-Pierre (ESH-FAP). Sa procédure d’expulsion avait démarré avant le Covid. «Vous savez pourquoi je vais être expulsé? Moi jai toujours payé mon loyer. Mais la petite-fille du propriétaire a eu son bac et elle veut venir sinstaller là. Ils vont me mettre dehors», explique-t-il en pleurant.

Accumulation de dettes

La situation locative de Rafik, déjà mal partie, a encore été aggravée par la crise sanitaire. Pendant dix ans, il a travaillé comme pianiste. Avec ses revenus et 350 euros d’aide au logement (APL), il parvenait sans trop de souci à acquitter les 871 euros de loyer de son 30 m2, dans le 14e arrondissement de la capitale. Mais, depuis mars 2020, tout s’est écroulé. «Avec le Covid, je nai plus rien fait. Je suis chez moi depuis un an. Cest la première fois que je me retrouve dans cette situation, c’est pour ça que j’ai commencé à faire chauffeur Uber», raconte-t-il. On lui fixe un rendez-vous pour faire une demande et obtenir le statut droit au logement opposable (Dalo). La bénévole tente de le rassurer: l’expulsion n’est pas pour tout de suite, il n’est pas en fin de procédure. «Vous avez un bon dossier», plaide-t-elle. «Merci beaucoup, vous me donnez un tout petit espoir. Une lueur», souffle-t-il, soulagé.

Icon QuoteLes effets de cette crise vont se faire sentir pendant un certain nombre d’années, c’est certain.SAMUEL MOUCHARD Directeur de l'ESH

«Nous navons pas encore de chiffres, mais il y a plus dappels que les années précédentes, souligne Samuel Mouchard, qui dirige l’ESH. Il y a des personnes en situation de précarité, comme avant la crise, mais s’y ajoute des locataires déjà fragiles qu’elle a fait basculer. Ceux-là, on commence tout juste à les voir: il y a un décalage entre le début du confinement et le moment où ils viennent demander de l’aide parce que les problèmes s’accumulent. Les effets de cette crise vont se faire sentir pendant un certain nombre d’années, c’est certain.»

50 appels par jour

Chargée de répondre au téléphone et de remplir les fiches de renseignements, parmi lesquelles les juristes vont prioriser les rendez-vous, Mirela Gheorghé confirme cet emballement: «Depuis deux mois, le nombre dappels a doublé. En ce moment, jen reçois 50 par jour. Et ce sont des appels pas faciles, qui nécessitent parfois de prendre du temps, parce que les gens sont très mal.»

Vincent fait partie de ce nouveau public que la crise du Covid a amené à pousser la porte de la FAP. «Je suis électricien. Depuis 2010, je travaille à Roissy, comme intérimaire. Mais, en février 2020, j’ai eu le Covid. Depuis, l’aéroport a fermé et l’activité s’est réduite», explique-t-il. Ses revenus sont brutalement passés de 1900 euros à 900 euros et même 87 euros, certains mois, en raison des calculs de lAssédic. Pas assez pour payer les 700 euros de loyer du HLM de 66 m2 où il loge avec trois de ses filles dont il a la charge.

Écouter, rassurer, guider

Les dettes se sont accumulées et, il y a deux mois, il a reçu un premier commandement à payer, suivi d’une convocation au tribunal pour le 4 juin. Avec un nouveau travail, qu’il a commencé il y a deux mois, sa situation pourrait s’éclaircir. Anne Caillet, la juriste qui travaille pour la FAP, lui indique les pièces à réunir pour faire une demande d’aide juridictionnelle et lui donne le contact d’un des avocats du réseau qui va l’assister pendant la procédure.

Icon QuoteLes gens sont perdus. Le droit du logement est très compliqué.MARIE-MADELEINE Bénévole

Écouter, rassurer et surtout guider. «Il ne faut surtout pas arrêter de payer votre loyer. Versez au moins un tiers de vos revenus, pour prouver votre bonne foi», recommande Anne Caillet. «Ne vous inquiétez pas, lhuissier va venir, mais cest juste pour constater que vous êtes encore là», dit-elle à un autre demandeur. En même temps que les démarches pour éviter ou ralentir l’expulsion, il faut parfois lancer des procédures pour dette auprès de la Banque de France, relancer la CAF pour les APL. Il y a un nombre sans fin de pièces à fournir et de démarches à faire.

Des situations ubuesques

«Les gens sont perdus. Le droit du logement est très compliqué», explique Marie-Madeleine, une bénévole qui assiste la juriste une matinée par semaine. L’objectif: gagner du temps pour trouver un relogement. «Le problème, cest quil ny a pas de solution de sortie, explique Samuel Mouchard. Les places d’hébergement sont saturées et les solutions de logement durables sont de plus en plus rares, parce que les taux de rotation dans le parc HLM ont baissé. Quant au privé, on ne conseille même pas d’aller voir de ce côté-là. Les ressources sont tellement déconnectées des prix des loyers à Paris…»

Certaines situations s’avèrent ubuesques. Le dossier de Khadija, une vieille dame un peu forte avec de grosses lunettes à double foyer et un hidjab rose, est si énorme qu’elle l’a apporté dans un chariot. En 1994, cinq ans après son arrivée en France, elle divorce et fait mettre à son nom le bail du studio qu’elle occupait avec son mari. À la mort du propriétaire, en 2002, elle cherche en vain un successeur pour continuer à payer son loyer. Mais en 2018, catastrophe, elle est assignée devant le tribunal. Elle découvre alors que son logement a été vendu en 1997, sans que jamais personne ne l’en ait avertie.

Pour la justice, elle est désignée comme squatteuse. Elle fouille dans son dossier, pleure, affolée. Le concours de la force publique pour son expulsion a été accordé dès le 31 mars 2020. Elle doit son sursis à la prolongation de la trêve pendant la pandémie. Cette fois, c’est fini. On lui propose un relogement en résidence sociale. Elle comprend maison de retraite et fond en larmes. «Moi, jai toujours compté que sur moi, jai trop travaillé», chuchote-t-elle. «Vous navez pas vraiment le choix, lui explique la juriste. Je vous mets la pression, je ne fais pas ça par plaisir, mais là, si vous refusez, c’est l’expulsion.»

«Je ne saurais pas vivre à la rue»

«Quest-ce que jai peur», murmure Patrick. Lui, ses problèmes ont commencé en 2012, quand il a eu son cancer. Médecins, hospitalisation, plus de travail, plus de revenus. L’ancien architecte, cheveux blancs mi-longs soigneusement lissés, n’a plus été en mesure de payer le HLM de Paris Habitat, où il habite depuis 1968 et qui lui a été transmis au décès de ses parents. Il a accumulé 10000 euros de dettes et a reçu, le 22 mars, un commandement à quitter les lieux, effectif dès le 1er juin.

«Je suis au minimum vieillesse, mais jai un toit sur ma tête. C’est la seule chose que j’avais. Je ne saurais pas vivre à la rue», confie-t-il dans un sanglot. Il énumère ses problèmes de santé: nodules, rupture des tendons dAchille, problèmes pulmonaires À ses ennuis sajoute une dette quon lui réclame tout à coup, pour une société en faillite depuis 1992 et dont il n’était qu’associé. «Il faut être dedans pour comprendre ce que cest, la misère. Ce que cest que les gens qui ne peuvent même pas se soigner. Moi, les dents, je ne peux plus.» Il regrette d’avoir tardé à demander un logement plus petit: «Hélas, quand tout va bien, on ne sait pas, dit-il. On est égoïste.»

Logement

 

Commenter cet article