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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

22 mai 1871, place aux combattants aux bras nus?

24 Mai 2021, 06:42am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Samedi 22 Mai 2021

IL Y A 150 ANS. 

Malgré sa date 1er prairial (qui serait le 20 mai selon les dates des journaux de l’époque), l’affiche de couverture date du 21 mai, la proclamation paraît dans les journaux du 22 et sans doute est affichée sur les murs ce jour-là. Pour nous, elle vient de La Contemporaine.

Remarquez que cette proclamation du Comité de Salut public ne contient pas explicitement le fait que l’armée versaillaise est entrée dans Paris — mais elle l’est. Remarquez aussi, comme dit Lissagaray, qu’elle « flétrit » la discipline — alors même que l’absence de discipline était le gros point faible de la garde nationale.

Il n’est pas vrai que les membres de la Commune n’ont rien fait après avoir appris cette nouvelle. Par exemple, Adolphe Assi, élu du onzième, est allé à Passy et y a été arrêté. Albert Theisz, élu du douzième, est allé dans son arrondissement faire sonner le tocsin. Dans le septième, Sicard se bat…

Peut-être les élèves de la nouvelle école ouverte par la Commune rue Lhomond s’y rendent-ils ce matin, en tout cas cette annonce paraît dans le Journal officiel ce matin:

« Les jeunes gens inscrits déjà pour l’école professionnelle de la rue Lhomond sont invités à s’y présenter tous les jours, à partir de lundi 22 mai courant. Le même avis s’adresse aux jeunes gens non encore inscrits à l’école et qui voudraient s’y faire inscrire.

Les ouvriers qui voudraient être maîtres d’apprentissage dans l’école sont invités à adresser leurs demandes à la délégation du travail et de l’échange, section des Chambres syndicales.
la commission de l’organisation de l’enseignement,
ANDRÉ, DACOSTA, MANIER, RAMA, SANGLIER.

Eugène André, professeur de mathématiques signataire de cette annonce, n’a plus que trois jours à vivre. En attendant, le cinquième arrondissement est assez calme, comme le rapporte Gaston Darboux, lui aussi professeur de mathématiques, dans une lettre écrite quelques jours plus tard à un de ses collègues (la citation est en italique gras):

La semaine qui a vu l’entrée des troupes à Paris nous a donné de singulières émotions. Je m’attendais bien à avoir un vilain moment à passer, mais pas comme ça, oh non. Dimanche soir [le 21] je me promenais à huit heures place de la Concorde. Tout était tranquille. Je vis passer Dombrowski à cheval, fumant tranquillement un cigare et allant au pas. Je ne me serais jamais imaginé qu’en ce moment les versaillais canonnaient le palis de l’Industrie [sur les Champs-Élysées] de l’arc de Triomphe de l’Étoile. Le lundi matin en allant au lycée, j’appris la grande nouvelle.

Un artilleur fédéré que nous questionnâmes nous confirma l’entrée des troupes. Là-dessus je m’empresse de lever les bras au ciel, de m’écrier que c’est la fin du monde; toute le monde se prit à rire, moi le tout premier. Je m’attendais à voir tout fini le soir même, pas de barricades, pas de fédérés, rien. En revenant du lycée mon impression changea. Je tombai dans des groupes à pied et à cheval, m’en tirant comme je pouvais. Rue de Rennes, le canon avait commencé la partie. À chaque instant les fédérés nous criaient de fermer les fenêtres, d’ouvrir les persiennes. Je me montrais imprudent sans me gêner. Il y a des quartiers où on a fait des perquisitions où on en a enrôlé de force. 

Ce matin-là, il y a peut-être aussi une réunion à l’Hôtel de Ville. En tout cas Theisz y est passé et a vu Vermorel, mais dit qu’il n’y a pas de séance à proprement parler. Lissagaray raconte une séance qui ressemble à celle que Theisz place demain mardi.

À midi, les versaillais ont déjà envahi l’esplanade des Invalides.

Aux Batignolles, Malon et Jaclard dirigent la défense. Ils essaient en vain de trouver des renforts à Montmartre.

La ville se couvre de barricades

L’après-midi, pour la première fois, l’Académie des sciences n’a pas pu tenir sa séance. On lit dans le compte rendu de la séance du 29 mai:

« Les abords du palais de l’Institut ayant été rendus inaccessibles le lundi 22 mai par les barricades qui l’environnaient, l’Académie n’a pu tenir sa séance hebdomadaire.

Dans les quartiers les plus à l’ouest, on s’occupe déjà des corps des fédérés.

Au cimetière d’Auteuil, on inhume ce lundi 22 mai 40 cadavres de fédérés trouvés dans le quartier d’Auteuil.

Au cimetière de Passy (au Trocadéro) on enterre cinq inconnus fédérés, dont on prend la peine de noter (d’après leurs uniformes) que ce sont un artilleur, un adjudant, deux gardes nationaux et un « turco de la République » — sans doute un garde du bataillon de Victorine, défenseur de la République ou turco de la Commune, mais aussi un restaurateur de la rue de la Roquette (?), un autre garde national et quatre soldats déserteurs envoyés par la Justice militaire — il y avait des soldats de l’armée qui s’étaient rangés du côté de la Commune, mais ainsi nous apprenons qu’une justice militaire les avait déjà jugés, condamnés et passés par les armes.

La nuit, le ministère des finances, rue de Rivoli, qui a reçu des obus versaillais et dont les combles sont emplis de papier, brûle. Je finis pour aujourd’hui par un beau passage de Lissagaray.

Le Paris de la révolte est debout. Des bataillons descendent sur l’Hôtel de Ville, musique et drapeau rouge en tête, deux cents hommes par bataillon, résolus. D’autres se forment sur les grandes voies; les officiers parcourent les fronts, distribuent des cartouches; les petites cantinières trottent, fières de courir les mêmes dangers. La première impression avait été terrible; on avait cru les troupes au cœur de Paris.

La lenteur de leur marche refît l’espoir; tous les combattants de race accoururent. On voit le fusil sur l’épaule beaucoup de ceux qui ont dit les fautes et n’ont pas été écoutés [il est de ceux-là]. Mais il s’agit bien à cette heure de récriminations vaines. Pour la sottise des chefs, les soldats doivent-ils déserter le drapeau? Le Paris de 71 lève contre Versailles la Révolution sociale tout entière. Il faut être ou n’être pas pour lui, malgré les fautes commises; ceux-là même qui n’ont pas d’illusion sur l’issue de la lutte veulent servir leur cause immortelle par le mépris de la mort.

Livre et articles utilisés

Lissagaray (Prosper-Olivier), Histoire de la Commune de 1871, (édition de 1896), La Découverte (1990).

Gispert (Hélène), La correspondance de G. Darboux avec J. Houël. Chronique d’un rédacteur, Cahiers du Séminaire d’Histoire des Mathématiques, volume 8 (1987).

Audin (Michèle), La semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes, Libertalia (2021).

 

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