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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Danièle Linhart : « Osons penser le salariat en dehors du lien de subordination »

12 Avril 2021, 06:48am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité Samedi 10 Avril 2021

Mélanie Mermoz

Le travail mute et se transforme, pas les modèles d’organisation, pointe Danièle Linhart. Dans «lInsoutenable subordination des salariés», la sociologue examine la permanence de lordre taylorien, qui dépossède les travailleurs de leur savoir et de leur pouvoir, et invite à le combattre. 

L'Insoutenable subordination des salariés, de Danièle Linhart

Avec la crise sanitaire, de nombreux salariés s’installent dans l’isolement du télétravail, les entreprises vantent les mérites de la résilience. Par-delà les discours lénifiants des ouvrages managériaux, la sociologue du travail Danièle Linhart met en évidence, dans «lInsoutenable Subordination des salariés» (éditions Érès, 288 pages,17,99 euros), combien l’ordre taylorien qui a dépossédé les ouvriers de la maîtrise de leur travail, loin de disparaître, s’étend maintenant jusqu’aux professions intellectuelles.

L’organisation du travail est pensée toujours plus loin du terrain, les cabinets de conseil internationaux ont remplacé les ingénieurs de méthodes. Comme un monstre, le capitalisme se nourrit de chaque remise en cause. Pour elle, la seule solution pour trancher ce nœud gordien, ce n’est pas de remettre en cause le salariat mais d’en finir avec le lien de subordination.

Sociologue, directrice de recherche émérite au CNRS, Danièle Linhart est spécialiste de la modernisation du travail et de l’emploi, elle a publié de nombreux ouvrages sur ces thèmes, notamment sur le taylorisme et le management. Par ailleurs, elle a introduit la notion de « précarité subjective », soit le sentiment de précarité que peuvent avoir des salariés stables confrontés à des exigences toujours plus fortes.

À lire, entre autres : « Souffrance au travail et inventivité managériale », in « Les servitudes du bien-être au travail. Impactes sur la santé », sous la direction de Sophie Le Garrec (2021, 296 pages, éditions Érès, 17,99 euros). 

Pourquoi le taylorisme a-t-il constitué une importante rupture?

DANIÈLE LINHART Au début du XXe siècle, dans les ateliers, le travail est assuré par des ouvriers qui connaissent les règles du métier. Pour Frederick Winslow Taylor (1856-1915 - NDLR), qui est – rappelons-le – un consultant, comme ce sont eux qui détiennent tous ces savoirs, ils organisent leur travail et la productivité est très faible.

Toute la stratégie de Taylor, ce qu’on a appelé l’«organisation scientifique du travail», a été d’organiser un transfert de ces savoirs et donc du pouvoir des ateliers à la direction. L’employeur s’entoure d’ingénieurs qui vont pomper les savoirs ouvriers et, à partir de là, définir une organisation du travail selon les seuls objectifs de productivité et donc de profitabilité pour le patronat. Cela consiste à transformer les ouvriers de métier en exécutants. L’organisation du travail est pensée en dehors d’eux et leur revient sous forme de tâches répétitives…

 

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