Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Frédéric Lordon : « Le communisme se doit de faire valoir ses contenus propres, positifs »

19 Mars 2021, 10:40am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité (Extrait)

Dans Figures du communisme (1), vous montrez l’urgence de refermer «la longue parenthèse de la préhistoire du capitalisme». Pourquoi «sortir» de ce système et de son mode de développement est-il «à ce point» vital?

Frédéric Lordon Pour une raison des plus simples et, me semble-t-il, des plus impérieuses: le capitalisme détruit lhumanité. Il la détruit du dehors, en lui rendant la planète inhabitable.

Il la détruit du dedans, en démolissant la vie concrète des individus, poussés par l’exploitation, à bout de souffrance, de dépression, d’épuisement – parfois jusqu’à se tuer eux-mêmes –, en libérant chez les dominants des tendances sadiques inhumaines, en détruisant les liens sociaux par la marchandisation de tout, en faisant régner partout dans la société la misère intellectuelle, culturelle et morale de l’entreprise, spécialement dans les start-up, dont la langue dégénérée dit à elle seule de quelle forme de vie effondrée elles sont le «joyau».

Nous savions tout ça depuis un moment, et voilà maintenant qu’il y a les épidémies, dont le Covid-19 n’est que la première. Bien sûr, le discours hégémonique s’empresse de nous le faire voir comme un événement malheureux et surtout totalement exogène. Malheureusement, il y a des raisons de plus en plus sérieuses de penser que le déchaînement viral a tout à voir avec la dévastation environnementale dont le capitalisme est le véritable agent.

Le Covid-19, comme bon nombre des saloperies qui suivront, est le produit même du capitalisme. La crise du Covid est une crise du capitalisme. Survenant sur un commencement de prise de conscience, à la fois tardive et alarmée, à propos de la destruction, en voie d’être irréversible, des conditions de l’habitabilité terrestre, le phénomène pandémique, pourvu qu’on le rapporte à ses vraies causes, devrait aider à «concentrer les esprits». Et à faire cheminer lidée que, désormais, le capitalisme est un péril pour lhumanité.

Face au capitalisme et son imaginaire de l’argent, vous dites qu’il faut mener «un combat dimages». Vous avancez une «société humaine», celle dun communisme «luxueux»…

Frédéric Lordon L’exercice des «figures» était dautant plus nécessaire que le simple mot «communisme» suscite par réflexe une avalanche dimages historiques toutes plus repoussantes les unes que les autres, à base dappartements collectifs, de Gosplan fou et de goulag. Qui pourrait avoir la moindre envie de communisme devant pareil spectacle?

Mais ces images appartiennent à tout ce quon veut sauf au communisme. Les expériences historiques doù elles sont tirées ne peuvent à aucun titre être dites «communistes». À ces images désastreuses, réelles au regard de l’histoire, mais mensongères quant au communisme, il faut opposer d’autres images, si elles sont encore d’anticipation – puisque en définitive le communisme n’a jamais, n’a pas encore, eu lieu.

Ces images sont celles de la garantie économique générale qui, du moment où elle libère les individus de la servitude de la vie à gagner, et surtout des contraintes dans lesquelles elle se gagne, les place dans les conditions de s’adonner librement à leur activité d’élection. Librement, c’est-à-dire en donnant le meilleur d’eux-mêmes. Même quand ils sont pris dans le salariat, les gens ne rejettent pas forcément leur activité en tant que telle. Ils souffrent des conditions dégradées dans lesquelles la férule capitaliste les leur fait faire.

C’est simple: quand les gens récupèrent la possibilité de faire les choses bien, ils les font bien. Donc belles. Le communisme luxueux, cest de vivre entouré de moins dobjets, mais engendrés de libres désirs, donc beaux et bien faits.

Comment faire vivre ces figures du communisme? Face à un système hégémonique de domination, il y a les «luttes ensemble». Est-ce suffisant?

Frédéric Lordon Ça ne peut l’être qu’à la condition de donner sa vraie qualification à la «lutte ensemble»: révolutionnaire. Cest dailleurs la suite logique de mon hypothèse quant à la fermeture historique de la «possibilité social-démocrate».

Le capital a conquis une emprise si totale sur les sociétés que rien, sinon une force proprement renversante – révolutionnaire –, ne pourra plus le conduire à lâcher quoi que ce soit. Il faut s’en convaincre: on nobtiendra plus rien de lui. Cest bien la raison pour laquelle toutes les forces politiques ou syndicales qui se sont historiquement inscrites dans l’horizon de la «transaction social-démocrate» sont vouées à la crise terminale.

En nobtenant plus rien, logiquement elles ne servent plus à rien. Pendant ce temps, le capitalisme poursuit, déchaîné, sa course folle vers le désastre. Mon livre n’a pas d’autre intention que de rendre ces choses aussi claires que possible, et qu’on en tire les conséquences.

Quels sont alors la stratégie politique et le sujet révolutionnaire?

Frédéric Lordon Je ne crois pas que la réponse préexiste à la question. Elle se dégage dans le mouvement même, tel qu’il fait l’histoire révolutionnaire.

 

Commenter cet article