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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Audrey Vernon : « Les ouvriers ne se foutent pas de l’écologie »

25 Mars 2021, 07:54am

Publié par PCF Villepinte

Audrey Vernon lance la première salve, ce week-end, avec son spectacle, qu’elle veut entièrement gratuit, avant d’entamer sa tournée des ZAD. Magali Bragard

Habituée de la Fête de l’Humanité, Audrey Vernon a beaucoup joué son spectacle Comment épouser un milliardaire? dans les usines. En février, elle soutenait les salariés de la raffinerie de Grandpuits. Mardi, elle était à Amiens, aux côtés de Gaspard Fontaine, poursuivi pour le décrochage du portrait d’Emmanuel Macron.

Ce week-end, l’humoriste débute un tour de France des zones à défendre (ZAD), pour le lancement des Soulèvements de la Terre à Besançon, en jouant, gratuitement, Billion Dollar Baby, une adresse tragi­-comique à son bébé à naître sur fond de désastres environnementaux.

Quel est le sens de votre tournée des ZAD et de votre présence à Besançon?

Audrey Vernon J’ai beaucoup joué mon spectacle Comment épouser un milliardaire dans les usines. Cela m’avait nourri de connaître et de voir «en vrai» le monde ouvrier, que jabordais à travers le prisme des milliardaires dans mon spectacle. Au début de la pandémie, jai écrit un texte dans lequel jexpliquais ne pas vouloir dune réouverture des théâtres dans les mêmes conditions qu’avant, c’est-à-dire en faisant partie du cycle de la marchandise, en étant la récompense du salarié docile, en étant le divertissement qui est le pendant à notre asservissement.

Je suis ravie que cela ne reprenne pas. En tout cas, pas tout de suite. Vu ce que je dis dans Billion Dollar Baby, la gratuité a énormément de sens. Je parle des peuples premiers, qui sont plutôt des sociétés du don contre don. Ce spectacle sera plus dans le don que dans la vente. Je veux qu’il change le monde, donc je vais dans les lieux de résistance avant qu’il ne soit trop tard. Dans dix ans, je ne veux pas me dire que je n’ai rien fait.

Vous poursuivez dans la droite ligne de vos spectacles dans les usines…

Audrey Vernon Je parlais d’économie de façon théorique. Je voyais la pauvreté et la violence, mais aller dans les usines a rendu les choses plus concrètes, m’a fait connaître les gens, les familles et les lieux. J’entends souvent dire que les ouvriers se foutent de l’écologie. C’est complètement faux. L’écologie est une de leurs préoccupations principales. En récupérant l’usine d’Unilever, les Fralib ont tout de suite voulu arrêter l’aromatisation chimique pour revenir à l’aromatisation naturelle.

Ils ont racheté des champs de tilleuls pour faire du local et de l’écolo. C’est pareil pour la CGT, qui milite pour que Thales arrête de fabriquer des armes. Personne n’en parle. C’est dommage. À Grandpuits, j’ai joué pour des raffineurs qui veulent que Total répare les fuites des pipelines en Seine-et-Marne. L’écologie est au cœur de leurs préoccupations. Dire que les ouvriers ne pensent qu’à leur emploi est un mensonge. On ne leur rend pas assez hommage.

Une artiste peut-elle changer le réel?

Audrey Vernon Les œuvres d’art ont changé notre vision. Par exemple, sur la peine de mort, Dostoïevski ou Victor Hugo ont fait beaucoup plus évoluer les mentalités que les hommes politiques. Marx a écrit le Capital et inventé les notions qui nous font penser aujourd’hui. Notre culture n’est pas celle des chefs d’État, mais une culture de résistance, qui se transmet de génération en génération, sans l’aide de l’école. On nous bassine avec la Seconde Guerre mondiale, sans nous apprendre comment les résistants ont fait. C’est vraiment dommage qu’on ne nous explique pas comment on s’organise concrètement pour s’opposer au totalitarisme. Les artistes transmettent cette culture.

Quel regard portez-vous sur cette campagne des Soulèvements de la Terre?

Audrey Vernon Le texte est très bien écrit, très beau et très clair. Beaucoup d’associations font des choses concrètes. Aujourd’hui, des dizaines de menaces invisibles pèsent sur les générations à venir. Un génocide se prépare. Nous devons nous réveiller. Certains disent que j’exagère, que nous allons trouver des solutions. C’est ce qu’ont dû se dire beaucoup de peuples premiers, aujourd’hui disparus. Les Guaranis au Brésil se font assassiner par le gouvernement de Bolsonaro, des peuples d’Ouganda se font déporter à cause de Total. C’est aussi pour cette raison que je suis allée jouer à Grandpuits.

Que vous inspire l’occupation des théâtres?

Audrey Vernon Je suis pour toutes les récupérations de lieux qui nous appartiennent. J’ai décidé de mettre mon énergie dans les ZAD. Je comprends et je soutiens leur mouvement, mais instinctivement, j’ai du mal à prêcher pour ma paroisse. Cela dit, à Amiens ou à Besançon, ce sont les intermittents en lutte qui me fournissent toute l’infrastructure technique et font en sorte que je puisse jouer.

Qu’allez-vous faire lorsqu’ils vont rouvrir?

Audrey Vernon J’espère que le monde aura tellement changé que mon spectacle ne sera plus d’actualité. Je vais tout faire pour ne plus avoir à le jouer à la réouverture des théâtres. J’attends la libération pour faire des spectacles sur les petits oiseaux et des trucs non politiques. J’espère ne plus avoir à jouer un spectacle qui parle de l’extinction de l’humanité. Ce n’est pas possible de souhaiter la réouverture des théâtres cela.

En quoi les confinements ont-ils nourri votre réflexion?

Audrey Vernon Nous avons vécu tout ce que je souhaitais, c’est-à-dire l’arrêt des avions, du commerce et la décroissance. Pendant quelques jours, nous avons réduit nos émissions de gaz à effet de serre. Mais j’aimerais que cela soit un choix et pas qu’on nous l’impose. Comme le dit très bien le texte des Soulèvements de la Terre, on décide de tout pour nous. J’aimerais bien que nous soyons partie prenante, que nous décidions de quelles technologies nous avons envie.

Dans le spectacle, vous envisagez la possibilité que votre enfant en gestation assiste à la fin du monde…

Audrey Vernon Il faut changer maintenant, le temps nous est compté. Nous sommes dans un film de Bruce Willis. Et si tout le monde se caresse la barbe pendant dix ans, c’est fichu. Billy Wilder disait, à propos du nazisme: les optimistes ont été à Auschwitz et les pessimistes à Hollywood. Il ne faut pas être trop optimiste. Ce qui nous menace est tellement impensable et énorme quon ne peut pas se limaginer. Nous avons créé des monstres tellement menaçants – le nucléaire, les armes, les pesticides, les engrais – qu’ils peuvent détruire la vie sur Terre. Notre cerveau n’est pas fait pour penser cela. Je préfère être une pessimiste qui se trompe plutôt qu’une optimiste qui laisse faire.

 

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