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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Musique. Les Pogues, ou l’histoire d’une ballade irlandaise énervée

23 Janvier 2021, 07:53am

Publié par PCF Villepinte

L'Humanité

Vendredi 22 Janvier 2021

Éric Serres

Leurs BBC Sessions 1984-1986 nous font revivre, en 23 titres, l’aventure d’un groupe qui fit de la folk celtique un tourbillon aux allures punk.

Écouter les Pogues, nos poseurs préférés, c’est un peu comme se balader sur les berges de la Liffey à Dublin, direction le quartier de Temple Bar. Une fois arrivé, de pub en pub – mais ils sont fermés en ce moment –, il faut laisser la musique s’échapper et s’écraser bruyamment sur les pavés humides de la petite rue toujours bondée. Une pinte de Smithwick’s ou de Guinness à la main, c’est au choix? Et pourquoi pas un Black Bushmills?

C’est aussi débarquer à Cork et regarder s’étaler ces langues d’herbe vertes comme l’Irlande doucement vers l’océan. Les Pogues sont tout cela sur ce The BBC Sessions 1984-1986. Cet album, sorti tout droit de Maida Vale, les studios londoniens de la radio de service public, est sans aucun doute une page d’histoire à ne pas manquer.

Le CD de 23 titres, dont sept inédits, capture le groupe aux meilleurs moments de sa carrière, passant du chahut «pubesque» initial de la période Red Roses For Me au développement dun son plus travaillé de Rum, Sodomy and the Lash et annonçant la transition électrique plus affirmée de If I Should Fall from Grace with God.

Mais revenons à ce qui a fait que tout cela a été possible pour les Pogues avec ces sessions BBC ou Peel. Bien avant que nos trublions anglo-­irlandais n’y passent, dans les années 1960, les maisons de disques, craignant que la diffusion des disques sur les ondes ne fasse chuter leurs ventes, avaient fait voter une loi imposant aux radios un quota maximal d’heures de diffusion. Face à ce diktat, les radios le contournent et enregistrent des séances en direct dans leurs studios.

C’est ainsi qu’en 1967 la première BBC Session est diffusée sur Radio 1. De 1967 à sa mort en 2004, c’est le DJ anglais John Peel qui animera, sans interruption, les John Peel Sessions. Le principe est simple: il invite un des artistes du moment à jouer quinze à vingt minutes en studio. Avec un flair légendaire, il révélera ainsi David Bowie, Joy Division, les Smiths ou encore Nirvana au début de leur carrière… Peel était l’incontournable pour les groupes émergents, dont les Pogues.

Alcool, sueur et mélancolie

Revenons cette fois-ci à nos moutons, loin d’être des anges, mais bien irlandais pour la plupart. N’est-ce pas, sir Shane MacGowan? Ce disque est un témoignage exceptionnel de lavènement de ce groupe folk punk. Et même si les versions proposées ne diffèrent pas vraiment de celles déjà connues, elles offrent la spontanéité et la fraîcheur du live. C’est plein de classiques. On y trouve des ballades émouvantes, sorties tout droit de la bouche édentée de Shane MacGowan (A Pair of Brown Eyes, The Auld Triangle). On y danse sur la sautillante Sally MacLennane. 

Mais on y retrouve aussi des chansons imprégnées d’alcool et de pubs, comme  Streams of Whiskey. D’autres penchent encore vers cette mélancolie toute celtique, lorsqu’il faut finalement rentrer chez soi, Dirty Old Town. Enfin, n’oublions pas cette odeur de sueur d’une journée de m… au boulot qui poursuit ce Poor Paddy on the Railway. Toute la première partie des enregistrements date de 1984, alors que le groupe s’appelle encore Pogue Mahone.

Pour rappel, nos trublions viennent tout juste de faire la première partie des Clash et de signer sur le label punk Stiff. Mais la fête ne dure qu’un temps. Dans les années 1990, Shane MacGowan fait dérailler le groupe.  Le documentaire Crock Of Gold, réalisé par Julien Temple, le montre plongeant dans la triste décadence implicite à cette fin d’histoire. En 1991, MacGowan quitte d’ailleurs le groupe et Joe Strummer le remplace un temps. Il y revient pourtant en 2001, et la famille reprend la route sans passer par la case studio: «Je suis retourné avec les Pogues et nous avons recommencé à nous détester», déclarait en 2015 l’édenté magnifique.

Reste que cette terre mouvementée d’Irlande sera toujours pleine de bonnes surprises. Qu’elles viennent du sud ou du nord de l’île, la musique y jaillit toujours. De Thin Lizzy aux Undertones, de Stiff Little Fingers aux Boomtown Rats en passant par U2, sans oublier Sinéad O’Connor, les Cranberries et aujourd’hui Fontaines DC, l’esprit du large fait de ce gros bout de rocher un vivier sans cesse renouvelé qui a la farouche envie de pousser la chanson jusqu’au bout de la nuit. 

musique

 

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