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Déconfinement. Les collectivités face au casse-tête du 11 mai

30 Avril 2020, 07:37am

Publié par PCF Villepinte

L’Humanité Jeudi, 30 Avril, 2020

Benjamin König

Ce sont sur les élus locaux que repose la responsabilité de concrétiser le plan de l’exécutif. S’ils se félicitent de la prise en compte des différences territoriales, ils demeurent très inquiets.

Annoncer d’abord, concerter ensuite: lusuelle méthode du gouvernement na pas vraiment été du goût des élus locaux. «La logique eût été de faire linverse», commente fataliste André Laignel, maire (PS) d’Issoudun (Indre) et vice-président de l’Association des maires de France (AMF). Après son discours à l’Assemblée nationale, Édouard Philippe s’est entretenu mercredi matin avec préfets et élus locaux, qui l’attendaient la besace remplie de questions.

Car tous ont le sentiment de se voir refiler la «patate chaude», comme le résume Gaby Charroux, le maire (PCF) de Martigues (Bouches-du-Rhône): «On attendait des réponses précises, notamment sur l’accueil des enfants dans les écoles et les crèches, ce qui est la préoccupation majeure. On n’en a eu aucune.» En ce domaine, le premier ministre a remis le couple «maire-préfet» au centre du jeu, en «laissant le maire dire aux responsables de l’éducation nationale» comment les écoles peuvent rouvrir.

 Mais, «ce que nous attendions, souligne André Laignel, c’est un véritable cahier des charges pour savoir dans quelles conditions nous pourrons rouvrir». Lui aussi a la sensation que le gouvernement «refile le bébé» et l’immense responsabilité qui va avec. «Comment voulez-vous que les collectivités territoriales et notamment les communes, puisque ce sont elles qui sont en première ligne, puissent prendre des décisions d’une sensibilité aussi exacerbée?»

«Le besoin dun cadre sanitaire clair et précis»

Cette date fatidique du 11 mai, pour les collectivités, est un «casse-tête impossible», juge pour sa part Patrice Bessac, le maire (PCF) de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui témoigne d’un «climat lourd, de peur, qui pourrait être renforcé par le classement du département». Allusion aux couleurs «rouge» ou «verte» attribuées aux territoires à partir de ce jeudi, selon la circulation du virus notamment.

Dans une Seine-Saint-Denis durement touchée, l’édile prévient qu’il ne mettra «pas en danger les enseignants, les personnels, les enfants et leurs parents par une action précipitée», et insiste sur «le besoin dun cadre sanitaire clair et précis». Mercredi, alors que le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, parlait de «protocole sanitaire», de «cadre national clair», de «souplesse locale et de dialogue» avec les élus, Patrice Bessac assurait n’avoir encore «aucune information» en la matière.

 Autre préoccupation majeure des municipalités: les crèches. «Ici, à Martigues, elles sont toutes publiques et municipales, et accueillent plus de 1000 enfants», explique Gaby Charroux, dont les interrogations demeurent très nombreuses sur le barriérage, la garderie, la cantine, les demi-groupes…

Et puis, il y a l’enjeu des masques. «Nous en avons commandé pour les personnels mais nous ne les avons toujours pas reçus», se désole Gaby Charroux. Partout, les collectivités ont dû tenter de pallier l’impéritie de l’État, non sans difficulté. Exemple dans les Deux-Sèvres, avec les 38 0000 masques commandés par le président du conseil départemental, Gilbert Favreau (LR), soit un par habitant.

Problème: ils narriveront que… courant juin. Comment faire pour organiser la reprise de la vie professionnelle et sociale, l’ouverture des commerces et des services publics sans eux? «Cette question des masques, ça vire à lobsession, s’alarme de son côté le maire de Martigues. On m’arrête dans la rue pour me poser la question.»

«Alerte pour les classes populaires»

Le 11 mai, c’est aussi la réouverture progressive des commerces et des transports. Avec là encore beaucoup d’incertitudes, par exemple sur les mesures de distanciation physique, notamment dans les transports en commun. Sans attendre la date clé, l’Île-de-France a mis en place mercredi la distribution de 500000 masques dans 130 gares de la région, «en lien avec les maires» et afin «damorcer l’équipement des salariés».

 L’association regroupant les régions de France se veut constructive. «En cohérence avec leur compétence économique, les régions apporteront leur pleine contribution à ladaptation locale du déconfinement pour permettre aux commerces, aux entreprises et aux chantiers de redémarrer dans le respect des gestes barrières», expliquent ses membres, tout en regrettant que «les hôtels, cafés et restaurants ne puissent pas rouvrir avant le 2 juin dans les départements verts».

Quant à la crise sociale et économique, pour beaucoup d’élus elle n’est pas traitée à la hauteur des enjeux. Patrice Bessac lance ainsi une «alerte pour les classes populaires», relayant leur étranglement financier. «On men parle dans la rue, rapporte-t-il: «Ça commence à être difficile pour le loyer.»» La réouverture des commerces et des marchés, avec le cortège de petits boulots qui en découle, est attendue comme une délivrance. «Jen suis heureux, mais jai peur que beaucoup de commerces de centre-ville se cassent la figure», s’inquiète Gaby Charroux.

Sans parler des cafés et restaurants, fermés jusqu’à nouvel ordre. Toutes les collectivités, notamment régions et intercommunalités, travaillent à des plans de soutien. Mais toutes sont également très inquiètes des répercussions financières, alors que leur budget doit être équilibré. L’AMF et l’association France urbaine préviennent: «Il sera indispensable de clarifier la question de la prise en charge financière par l’État des surcoûts liés au déconfinement.» Pour les élus locaux, le 11 mai ressemble à la fois à une première étape et à une urgence absolue.

Benjamin König

 

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