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Fête de l'Humanité. Soprano, opiniâtre alpiniste du rap

27 Juillet 2019, 06:34am

Publié par PCF Villepinte

Fête de l'Humanité. Soprano, opiniâtre alpiniste du rap

Vendredi, 26 Juillet, 2019

Fara C.

Qu’il rappe, sans peur et sans reproche, ou bien qu’il psalmodie une mélodie, l’ancien membre de Psy 4 de la Rime s’adresse au cœur et à la conscience. Retour sur un parcours de combattant. Soprano se produira samedi 14 septembre, vers 19h30, sur la Grande Scène de la Fête de l'Humanité.

Déjà, avec le disque l’Everest, sorti en automne 2016 (et précédant le triomphal Phœnix, de 2018), l’opiniâtre alpiniste du rap avait atteint une notoriété vertigineuse. Quelques médias – les mêmes qui alignent volontiers de pauvres clichés sur le hip-hop et sur les quartiers défavorisés – lui ont quelquefois reproché de céder à une pop commerciale. Certes, son rap souhaite parler au plus grand nombre. N’empêche, Soprano est un homme libre, un artiste affranchi des idées préconçues. Parti de rien, il a construit, pierre après pierre, sa propre route de vie. Tout son parcours en témoigne.

Avec Phœnix, 6e album à son nom, l’ancien membre de Psy 4 de la Rime approfondit le sillon qu’il a creusé au cours de sa carrière solo: le plaisir du chant, des mélodies que l’on retient et, toujours, des messages qu’il destine en priorité aux plus jeunes. «En prenant de l’âge et en ayant à mon tour des enfants, je me suis ouvert à des préoccupations que je n’avais pas, nous confiait-il en 2017. Avant, la révolte prenait le dessus, parfois jusqu’à me tarauder. Je suis toujours hypersensible aux injustices, mais j’ai acquis de la maturité. Par exemple, quand on est adolescent, on ne comprend pas ses parents. Avec le temps, on saisit mieux les difficultés, parfois les drames, qu’ils ont traversés.»

Enfant des cités oubliées

Fragile, mégatube de Phœnix, traite du harcèlement qui s’abat sur des enfants à l’école et sur Internet. Il y évoque une fillette qui, broyée, commet l’irréparable. «Si fragile / Tous ces mots ont fini par la briser / Elle qui ne voulait qu’être aimée», psalmodie-t-il, à fleur de frisson. Rien que sur YouTube Fragile a dépassé les 13 millions de vues et fait l’objet de plus de 12000 commentaires. Au fur et à mesure qu’on avance dans la chanson, s’intensifie la dramaturgie. Au troisième couplet, quand celui que l’on surnomme affectueusement Sopra s’adresse à sa fille, l’émoi nous étreint: «Voilà pourquoi j’ai besoin que tu me parles de toi / Que tu partages avec moi tes rêves et tes doutes / Que tu saches que ton père sera toujours là / Pour arracher les mauvaises herbes sur ta route.»

L’histoire de Soprano n’a rien à voir avec un conte de fées. C’est le fruit d’un parcours du combattant, à l’instar de la majeure partie des jeunes qui, issus de cités oubliées, doivent faire bien plus que leurs preuves pour fracturer le plafond, non pas de verre, mais de béton qui claquemure leur avenir. Saïd M’Roumbaba (son vrai nom) est né de parents comoriens, tous deux modestes travailleurs. Il s’est tôt consacré au rap, avec ses acolytes de Psy 4 de la Rime. «Là d’où nous venons, nous sommes obligés de monter vingt étages pour que notre travail soit reconnu, souligne-t-il. Mais, attention, il suffit d’une erreur pour que nous soyons balancés sans pitié par la fenêtre. Et nous devons recommencer de zéro. Les décideurs refusent d’avouer la stigmatisation des quartiers populaires et le deux poids, deux mesures qui y est appliqué. Tant qu’une action ne sera pas menée sur le long terme pour réparer les décennies d’inégalités, la France ne trouvera pas la paix intérieure.»

C’est Akhenaton (d’IAM) qui, à la fin des années 1990, avait attiré mon attention sur Psy 4 de la Rime, alors que j’effectuais un reportage sur le hip-hop à Marseille. Brillait déjà le diamant à quatre faces que formaient Soprano, Alonzo, Vincenzo (trois cousins) et DJ Sya Styles, leur ami d’enfance. Tous quatre respectaient les envies de chacun, en permettant à des projets en solo de s’épanouir. «Si l’un monte une marche, et même dix!, les trois autres sont contents pour lui, mais aussi pour le groupe, parce que ça engendre une synergie qui profite à tout le monde», explique Soprano.

Une dépression surmontée

Le coup dur, imprévisible, inimaginable, a été la mort de DJ Sya Styles, emporté par le cancer en 2015. «Saloperie de maladie… L’association Sya Espoir a été fondée avec ses frères, avec l’idée de poursuivre son œuvre. Sya n’était pas qu’engagé dans la musique comme concepteur sonore hautement inventif. Dans la vie, il était habité par l’amour des autres et par un idéal de justice.» Des épreuves, Soprano en a affronté. Jusqu’à en perdre le goût de vivre et connaître une dépression. Mais, grâce à l’amour de sa famille et de ses vrais potes, grâce à sa volonté d’airain aussi, il a remonté la pente. Lui qui a rempli le Vélodrome de Marseille s’apprête, avec la simple fulgurance de sa voix, à embraser la Grande Scène.

www.soprano-lesite.fr; CD Phœnix (Parlophone/Warner Music).

Fête de l'Humanité

 

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