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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

LUTTES ter

, 14:44pm

Culture - le 20 Mars 2013

 

 

 

Documentaire : Le combat des salariés de Conti, une leçon de colère

 

 

 

Le film de Jérôme Palteau, la Saga des Conti, au cœur d’une révolte ouvrière, dessine une chronique sensible, qui suit à la trace la lutte exemplaire et contagieuse des ouvriers picards. La Saga des Conti, au cœur d’une révolte ouvrière, film documentaire 
de Jérôme Palteau. France, 2012, 1 h 37. 

«La classe ouvrière n’a pas disparu, on l’a rendu invisible », résument les sociologues Stéphane Beaud et Michel Pialoux. Début 2009, les Conti nous ont vengés de cette invisibilité. À Amiens ou Paris, en passant par Compiègne ou Hanovre : c’est simple, on ne voyait qu’eux. Comme un violent retour du refoulé, en forme de claque dans la figure du patronat. Le film de Jérôme Palteau, qui les a filmés depuis le début, dessine une chronique à mi-chemin entre le discours de la méthode et le récit d’apprentissage. Sur la méthode (comment se battre), le documentaire est un peu scolaire. Sur l’apprentissage (grandir grâce à la lutte), il excelle.

Le film s’ouvre sur la trahison originelle. En 2007, la direction avait proposé un retour aux 40 heures hebdomadaires, en échange de la promesse tacite de pérenniser le site. Mensonge et plan social, deux ans plus tard. Tout de suite, deux personnages de cinéma se détachent du lot et portent le documentaire. Xavier Mathieu, capable de retourner une préfecture ou un plateau télé. Et Didier Bertrand, calme sous sa crête punk, avec ses impayables tee-shirts Toots and the Maytals.

Tout partait de zéro et le film a des allures de récit d’initiation. « Moi, je savais défendre un collègue pour une augmentation. Je ne savais pas ce qu’était un comité de lutte et, quand je suis monté sur la palette pour expliquer le truc, j’ai prié pour qu’on ne me pose pas de question », avoue Xavier Mathieu. Rapidement, les AG deviennent le cœur battant du combat. Le creuset qui fournit les idées, le nouveau cadre de travail et, surtout, une dignité. « Maintenant, il n’y a plus de syndicat. C’est un pour tous et tous pour un ! » crie un salarié au début du film. Un « Tous ensemble ! » répété comme un mantra de combat.

« Un pour tous et tous pour un ». Cette morale de mousquetaire se double vite d’une morale de pirate. Impossible de sauver le site ? « Alors, ils devront mettre la main à la poche, ces bâtards », souffle Xavier Mathieu. Le documentaire de Jérôme Palteau est aussi l’histoire d’un millier de personnes qui cessent subitement de jouer le jeu. Ils prennent d’assaut le CE à Compiègne, ou l’AG des actionnaires à Hanovre. Et ça vole dans tous les sens, à l’image : des chaussures, des œufs, des drapeaux, des chaises. La colère est cinégénique, surtout quand elle était portée par l’enthousiasme parfois proprement délirant des Conti. Car la révolte est aussi affaire d’énergie et de plaisir, nous rappelle cette lutte joyeuse.

À la fin, le film s’attarde un instant dans le sillage des Conti. Partout où ils allaient, un mystérieux clochard les suivait. Il est là, dans une gare. « Et, du jour au lendemain, on ne l’a plus jamais revu », explique Xavier Mathieu. Un marginal, un pauvre, parmi d’autres, qui s’est reconnu en eux.

Mehdi Fikri