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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Le Japon, deux mois après la catastrophe

21 Mai 2011, 11:57am

Publié par PCF Villepinte

Monde - le 19 Mai 2011

 

Radioactivité, pénurie d’électricité, récession, politique énergétique… Le Japon et le monde prennent la mesure des dégâts colossaux infligés par le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire de mars dernier.

La radioactivité est le problème le plus actuel ; et qui le restera encore pendant longtemps. Il est certainement bien trop tôt pour mesurer les conséquences des rejets radioactifs de Fukushima à long terme sur la santé, mais au Japon on se veut confiant. La zone à risque a été promptement évacuée, 85 000 personnes ont été déplacées. Le vice-ministre de la santé s’est exprimé cette semaine à ce sujet. De très nombreux contrôles ont été faits, ce qui lui permet d’assurer que les conséquences de la catastrophe de Fukushima seraient bien moindres qu’à Tchernobyl. "Nous ne pensons pas que les radiations au Japon contribueront à la multiplication des risques de cancer et de leucémie"." Mais nous devons étudier de plus près cette question" a-t-il tout de même modéré.
Aucun mort directement liée à la radioactivité n’est pour l’instant à déplorer. Un employé du site de Fukushima est décédé cette semaine, mais son taux de radiation étant faible, on nous assure que la cause du trépas est autre, même si elle reste à déterminer.

On remarque tout de même déjà quelques signes inquiétants. Des cendres très fortement radioactives (100.000 à 140.000 becquerels par kilogramme) ont été retrouvées dans trois stations d’épuration autour de Tokyo. Les autorités japonaises ont indiqué que la plus grande partie de ces cendres est d’ores et déjà recyclée comme composant dans des matériaux de construction. Il reste sur le site de Fukushima 90 000 tonnes d'eau stagnante fortement radioactive dont on ne sait que faire. La contamination des nappes phréatiques et de l'agriculture continue, dans un rayon pouvant aller jusqu'à 100 km autour de la centrale. Selon Greenpeace, du césium radioactif a été détecté sur des feuilles de thé récoltées à 300 Km de Fukushima. 3 400 vaches, 30 000 porcs et plus de 600 000 poulets vont également être abattus.
Autre signe de la contamination, les autorités russes arrêtent régulièrement des convois en provenance du Japon, principalement des pièces détachées pour automobiles, présentant des taux de radiations anormalement élevées, jusqu’à 6 fois la normale. Une soixantaine de convois ont été ainsi interceptés depuis mars.
La Russie procède également à d’importants tests dans les eaux du Pacifique Nord, la pêche au saumon y étant une activité vitale. Pas de signe de pollution nucléaire n’a encore été détecté, mais les scientifiques restent très vigilants et les mesures sont régulières.
Quant à la France, le taux de radioactivité dans le ciel métropolitain est passé de « très faible » à « négligeable », selon le Cniirad. « Négligeable » également devraient être les conséquences sur la chaîne alimentaire.

  • De Fukushima à la politique énergétique japonaise

Concernant la centrale en elle-même, trois objectifs principaux sont visés. En premier lieu, maintenir les réacteurs et les piscines de désactivation à basse température. Il faut aussi contrôler les rejets radioactifs (de nouvelles fuites ont été découvertes, la cuve du réacteur 1 étant trouée), puis faire en sorte que les personnes évacuées des environs de la centrale puissent regagner leur domicile.  Au Japon, on espère une stabilisation de la situation d’ici à janvier 2012, mais de nombreux experts internationaux doutent que ce soit possible.
Des employés de Tecpo (Tokyo Electric Power, qui gère la centrale) ont pu rentrer pour la première fois cette semaine dans les bâtiments abritant les réacteurs 2 et 3, mesurer les taux de radioactivité et évaluer les dégâts. Ils étaient parvenus à se rapprocher du réacteur 1 début mai. L'opérateur s'est ainsi rendu compte que le combustible nucléaire de ces trois réacteurs avait vraisemblablement fondu. Le plus endommagé étant le réacteur 3, car outre la fusion du cœur du réacteur, une explosion due à une accumulation d'hydrogène en a détruit le toit. Tecpo a dû concéder mercredi que les dégâts constatés dans la centrale étaient pires que prévu. Constat qui a mené à la décision prise ce vendredi de démanteler tout simplement les quatre premiers réacteurs, dès que ce sera possible. Seuls deux subsisteront (les 5 et 6), la construction des deux nouveaux sur le site de Fukushima, les 7 et 8, étant suspendue.

Cette situation plus que préoccupante a incité le Premier ministre japonais, Naoto Kan, à faire machine arrière sur l’ambitieux programme nucléaire qu’il soutenait (porter à la part du nucléaire à plus de 50% d'ici 2020, contre 30% actuellement). Entre les mauvaises nouvelles en provenance de la centrale et sa popularité en berne, il a déclaré mercredi que le Japon devait développer des énergies renouvelables comme l'éolien, le solaire et la biomasse. Il n'a pas pour autant annoncé qu'il fallait sortir du nucléaire.

  • Impact économique et risques de pénurie

De nombreuses entreprises japonaises avaient des usines autour de Sendai, dans le Nord-Est du Japon, la zone la plus durement touchée. De grandes installations de Sony, Panasonic, Toshiba ou encore Toyota ont été durement touchées. Ce à quoi il faut ajouter le manque d’électricité qui ralentit la production dans les usines encore en état de marche. Les conséquences sont à envisager à moyen terme : avec un risque de pénurie de certains composants (semi-conducteurs et mémoire), l’assemblage d’ordinateurs portables, appareils photos numériques, tablettes tactiles et autres gadgets high-tech pourrait bien être compromis d’ici à septembre.

Le secteur automobile souffre également. Les constructeurs viennent d’annoncer d’ailleurs que les jours de repos de leurs employés vont passer le jeudi et vendredi, en non plus le samedi et dimanche, car la consommation d’électricité est plus élevée en semaine que le weekend, ce qui leur permettra de disposer d’une plus grand quantité d’énergie. Entre les usines endommagées, les perturbations dans les circuits d'approvisionnement et le rationnement de l'essence, la production dans le secteur automobile tourne globalement au ralenti.

Tout ceci conjugué fait que jeudi, le gouvernement japonais a annoncé que le pays était tombé en récession. Un rebond est prévu dès octobre. On a appris à cette occasion que le coût du séisme et tsunami était évalué à près de 300 milliards de dollars. Et ceci ne prend pas en compte les rejets radioactifs de Fukushima, inestimables.

Autour du sujet, cette tribune de Christophe Alévêque : Radioactivez-vous !
Nicolas Sarkozy sera-t-il le dernier nucléariste au monde ?

 

Pierric Marissal

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