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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

La Quinzaine des réalisateurs

18 Mai 2011, 10:58am

Publié par PCF Villepinte

Culture - le 11 Mai 2011

 

Suivez chaque jour, l'actualité de la Quinzaine des réalisateurs du 64ème Festival de Cannes avec les envoyés spéciaux de l'Humanité.

  • Le tour du monde sans quitter son fauteuil 

18 mai. Par Jean Roy. Cinq films, cinq pays et autant de propositions d’écriture témoignent de la vitalité de la Quinzaine. 

Avec En ville, premier film de Valérie Méjen et Bertrand Schefer, nous quittons la ville du Havre – qui a nourri la Fée et le Havre – au profit de Nantes et Saint-Nazaire, décor naturel qui, cette fois encore, est puissamment partie prenante de l’œuvre. Une chaste histoire nous est contée, visiblement sans trop de sous mais avec un talent évident, en particulier au niveau du travail sur le langage qui n’est pas sans rappeler Garrel, Rohmer ou Mouret, encore qu’ici le naturalisme ne se double pas de théâtral. Peut-être vaudrait-il mieux évoquer Jean Eustache pour son sens de l’observation des adolescents au moment de la mue. Soit donc Iris (la très juste Lola Créton), seize ans, qui va rencontrer Jean (Stanislas Merhar), photographe parisien sur la quarantaine, qui va la changer en tous points des garçons de son âge. L’attirance est réciproque mais, quand il la prendra pour la première fois dans ses bras, ce sera en grand frère. On a vraiment aimé ce ton mezzo voce.

On a vraiment été dépaysé au contact de Busong, d’Auraeus Solito, premier film jamais tourné en palawanais, ce qui permet de constater que les autochtones sont considérés par les Philippins un peu comme les Corses parlant leur langue par les Parisiens. Cela est plastiquement très beau et visiblement une occasion de faire connaître et reconnaître son existence sur la planète culture, donc important politiquement. Pour le reste, on demeure un peu comme face à un film d’Apichatpong Weerasethakul en Thaïlande. Mieux vaut avoir grandi dans une culture du merveilleux et du shamanisme pour être certain d’en cerner toute la symbolique.

Avec Code Blue, Urszula Antoniak nous donne un de ces purs films de genre comme on en trouve à l’occasion dans le cinéma hollandais, voire celui-ci. On a aimé la photo très stylisée de cet exercice de style, l’utilisation minimaliste du Scope qu’on y trouve, pas forcément sa dimension d’initiation sexuelle, Hitchcock et De Palma ayant déjà très bien traité la question du voyeurisme.

Laetitia Casta et Thure Lindhardt dans The Island, de Kamen Kalev

Même remarque en ce qui concerne The Island, du Bulgare Kamen Kalev. On avait beaucoup aimé et défendu Eastern Plays. On le suit moins quand Laetitia Casta et Thure Lindhardt viennent vivre des amours torrides dans l’île bulgare paradisiaque de Bolchevik Island. Reconnaissons que le récit nous réserve quelques retournements pour le moins inattendus. Nous avons cependant préféré la qualité de l’image, le sens envoûtant du cadre et la musique prenante.

Maintenant, si vous voulez passer une nuit de déprime et d’errance à Rio, c’est O abismo prateado (la falaise argentée), de Karim Aïnouz, qu’il faut retenir. Un message de son mari laisse une femme dans l’angoisse. La tension durera jusqu’à l’aube. C’est beau Copacabana la nuit.

  • Impardonnables, d’André Téchiné

17 mai. Par Michel Guilloux. En appeler à Schopenhauer pour conjurer la suite ? C’est ce à quoi se livre en préambule Francis, le personnage d’écrivain interprété par André Dussollier qui cite le philosophe sur les mystères similaires des actes de créer et de procréer. L’essentiel d’Impardonnables se joue ensuite entre deux séquences de lent et beau travelling sur un quai, seul avant une fin ouverte, en compagnie d’une femme, Judith, au début. L’écrivain se déplace de Paris à Venise, comme le film, adapté du roman éponyme de Philippe Djian, situé au Pays basque. Et si les prénoms des autres protagonistes de l’histoire sont de même conservés, leurs relations en seront d’autant revisitées. --> Lire la suite

Carole Bouquet et André Dussollier dans Impardonnables

  • En direct de la quinzaine (17 mai) par Jean Roy

La fin du silence, de Roland Edzard, France. 1h20. 

C’est un enfant sauvage, comme chez Truffaut, en version jeune adulte, mais encore moins décidé à se laisser éduquer. Il s’appelle Jean et est incarné par Franck Falise, admirable interprète de vingt-deux ans, qui faisait les marchés quand il a répondu à une annonce de casting. À la maison, perdue dans des Vosges pluvieuses et froides, une crise familiale tourne à la bagarre, d’une brutalité réaliste digne de Garrel, de Bruno Dumont ou du Doillon du Petit Criminel. Une partie de chasse est prévue, Jean y a été invité comme rabatteur mais il s’est procuré une arme. On devine que cela va mal tourner, aidé en nos pressentiments par l’hostilité de la nature tant l’on sent et respire les éléments. C’est un premier film, mais il suffit pour assurer qu’un réalisateur est né.

Return de Liza Johnson. États-Unis. 1h37.

Dès la première minute, la caméra portée serrée donne le ton. Une soldate revient chez elle en fin de contrat, attendue et fêtée par les siens dans son village de la Rust Belt (la ceinture de la rouille, dont les États victimes du dépérissement de l’industrie lourde). Fêtée un jour, pas toujours. Les Plus Belles Années de notre vie, le classique de William Wyler, n’est pas loin, les séquelles du retour à la vie civile non plus. De thérapies de groupe en troubles du comportement, de refuge dans des substances qu’on ne saurait conseiller la perte de l’autorité maternelle devient inéluctable. Dans le ton libre qui fut celui de la génération 1970, Jerry Schatzberg ou Bob Rafelson.

Play de Ruben Östlund. Suède. 1h58.

Laisser le politiquement correct au vestiaire sans pour autant cautionner l’ostracisme, tel est le propos de Ruben Östlund, qui n’hésite pas à s’intéresser au quotidien d’une bande de Blacks vivant de rapine, d’escroqueries et d’expédients tout en tuant leur ennui en chahutant dans un centre commercial suédois aseptisé. Comme ils sont plus jeunes et bêtes que méchants, on finit par s’intéresser à eux comme à leurs copains blancs, d’autant plus que le réalisateur laisse toujours percer une pointe d’humour décalé comme dans les films de Roy Andersson.

  • Jeanne captive, de Philippe Ramos

16 mai. Par Dominique Widemann. Après son Capitaine Achab inspiré de Melville, Philippe Ramos inscrit dans l’histoire 
du cinéma sa Jeanne d’Arc en dépeignant le mystère de son rayonnement.

En l’an de grâce 1430, Jeanne d’Arc, qui, contre l’avis du roi Charles VII, persévérait à bouter l’Anglais hors de France, est arrêtée à Compiègne. Elle sera retenue en captivité par le puissant Jean de Luxembourg qui décide de la vendre à ses ennemis. La période historique du film de Philippe Ramos est donnée en un bref préambule inscrit sur fond noir. Le lyrisme des plans qui vont suivre n’en sera que plus saisissant. Contre-plongée et ralenti conjuguent leurs effets pour accompagner la chute d’une jeune femme depuis le haut d’une tour. Corps droit que l’habit d’homme d’alors affine de son dépouillement, bras retirés dans l’obstination de se livrer à la mort, elle tombe. L’infini de l’air qu’elle fend de son vol dessine l’espace du mystère qu’après d’autres (Dreyer, Bresson ou encore Panvilov) le cinéaste Philippe Ramos va explorer. --> Lire la suite



  •  En direct de la quinzaine (16 mai) par Jean Roy

The other side of sleep, de Rebecca Daly. Irlande, 1h28

C’est l’histoire d’une somnambule qui découvre ce qu’elle aurait mieux fait d’ignorer. Sans cela, elle serait banale, ouvrière quelconque dans une bourgade qui n’a rien d’excitant. Mais il y a ce corps, retrouvé mutilé. Presque sans parole mais avec une grande attention aux bruits, le film est tourné avec une caméra à l’épaule qui traque et cerne ce bout de femme énergique. Antonia Campbell-Hughes apporte sa grâce butée à la Charlotte Gainsbourg à son personnage. Un film d’atmosphère qui relève du thriller psychologique, bon film 
de genre un peu trop clos sur lui-même.

Eldfjall, de Runar Runarsson. Islande, 1h39

Alors qu’un volcan islandais s’active, un homme âgé (magnifique Theodor Juliusson à la longue barbe blanche) rompt avec la vie qui fut la sienne. Plus rien à faire pour occuper ses jours qu’à se chamailler et se houspiller avec son épouse, à recevoir ses petits-enfants, à vaquer aux travaux d’entretien quotidiens et à pêcher. Un jour, son épouse doit être hospitalisée et tous ses repères finissent en château de cartes tant elle s’occupait de tout. Le voilà seul. La suite développera ce tableau relevant de la peinture d’intérieur. Un premier film modeste tout en sensibilité.

Porfirio, d'Alejandro Landes. Colombie, 1h41


À la fin, et à la fin seulement, durant une chanson qui accompagne le générique, on saura tout. Sinon, cela aurait pu être le portrait d’un invalide dans son fauteuil, d’âge moyen, un peu gras et le cheveu rare, mais la moustache vaillante. Un homme du peuple qui vend des minutes de téléphone aux clients. Il ne marche plus depuis qu’il s’est ramassé une balle de la police qui passait par là. Depuis, il attend la compensation promise et semble bien parti pour attendre encore. On l’a dit, la fin surprendra.

  • La Fée, de Dominique Abel, Fiona Gordon
 et Bruno Romy

13 mai. Par Jean Roy. La Quinzaine des réalisateurs démarre avec une comédie musicale burlesque, féérique et déjantée signée par le trio de Rumba.  Le Havre devient la ville de tous les possibles avec des clins d’oeil à Moretti, aux frères Marx tendance Groucho.

Qui a vu les films précédents du trio Abel, Gordon, Romy, à savoir l’Iceberg et Rumba, sera en terrain de connaissance. Dominique Abel, qui est son propre acteur, c’est d’abord un grand corps dégingandé à la Buster Keaton semblant avoir beaucoup souffert. 

Le voici cette fois veilleur de nuit dans un hôtel qui ne croule pas sous les étoiles. Ce, au Havre, dont l’architecture de Jean Perret restera désormais liée à ce film comme Clermont-Ferrand a pu inspirer Eric Rohmer dans Ma nuit chez Maud. Survient un client qui ne parle pas français et à qui il faut faire comprendre que la maison n’accepte pas les chiens. --> Lire la suite


  • Ceci n’est pas un film, de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb


11 mai. Par Michèle Levieux. Depuis un an, Jafar Panahi a sa place réservée à Cannes, Venise, Berlin, Los Angeles. Cette fois, c’est la Quinzaine des réalisateurs qui lui offre un fauteuil. Jafar Panahi, immense cinéaste iranien doublé d’un homme d’honneur, ne mérite nullement ce que la « justice » de son pays lui fait vivre : l’attente d’une arrestation à la suite d’une sentence ignoble, six ans de prison et vingt ans d’inactivité cinématographique. Malgré tout, Jafar « sera » à Cannes avec Ceci n’est pas un film, tourné avec la complicité du cinéaste Mojtaba Mirtahmasb. Il a joint, à la copie envoyée au Festival il y a cinq jours, un message de sa main disant : « Nos problèmes sont nos fortunes. La compréhension de ce paradoxe prometteur nous invite à ne pas perdre l’espoir et à poursuivre notre chemin… » --> Lire la suite

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