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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

L'Humanité des débats Sexisme

30 Mai 2011, 05:46am

Publié par PCF Villepinte

Une arme contre le changement démocratique de la société

Par Maryse Dumas, conseillère confédérale CGT.

 

La première fois que j’ai employé le qualificatif « sexiste », c’était, si ma mémoire est bonne, il y a une trentaine d’années, à l’occasion d’un débat sur la plate-forme revendicative de la CGT qui exigeait « la retraite à cinquante-cinq ans pour les femmes et à soixante ans pour les hommes ». J’étais en désaccord avec cette proposition parce qu’elle établissait une distinction liée au sexe (donc sexiste) plutôt qu’en fonction des postes ou des conditions de travail propres à tel ou tel type d’emploi ou de catégorie socioprofessionnelle, quitte à mettre en évidence, selon les cas, leur prédominance féminine ou masculine (ce que fait la CGT aujourd’hui et depuis de nombreuses années).

Cette anecdote me permet d’illustrer ce que j’entends par sexisme : l’assignation à un rôle, une place, un comportement spécifiques parce que né(e) femme ou homme. Le sexisme est une question éminemment politique car il se nourrit de la culture historique et des structures sociales économiques et politiques qui caractérisent telle ou telle société. Je ne crois pas que les femmes aient de façon innée telle ou telle qualité ou compétence ou défaut que n’auraient pas les hommes, et réciproquement. C’est une affaire de culture, d’éducation, de mentalités, et de structure de la société. Parvenir à l’égalité suppose d’intervenir sur tous ces aspects de manière concomitante, c’est en cela que c’est un enjeu de transformation fondamentale et démocratique de la société. C’est aussi pour cela que c’est si long, si difficile et jamais gagné une fois pour toutes.

Je me bats (avec beaucoup d’autres heureusement) pour la mixité dans le travail, dans la société, dans le syndicalisme et ses responsabilités. Je ne le fais pas au nom d’une prétendue supériorité des femmes dans tel ou tel domaine, ou parce qu’elles seraient plus ceci ou moins cela que les hommes, ce qui relèverait alors d’une démarche sexiste, je le fais au nom d’un objectif visant l’égalité et la démocratie, en tant que droits humains fondamentaux, valables pour les deux sexes.

Dans la plupart des cas les qualités prétendument « innées » attribuées aux femmes ou relevant de « l’éternel féminin » (fortement exploitées par les employeurs et la publicité) sont à mettre en rapport avec des millénaires de culture qui nous ont habitués à un partage de rôles et (donc des compétences) quasiment intangible entre les hommes et les femmes : aux premiers le travail rémunérateur, la vie sociale et le pouvoir, aux secondes le travail invisible et gratuit, dans la sphère domestique et au service des autres, un rôle subalterne et subordonné dans la vie sociale.

Cela explique pour une large part la tolérance sociale au fait que le travail des femmes reste toujours moins rémunéré que celui des hommes (elles représentent 2/3 des salariés à bas salaires et 80 % des salariés à temps partiel), qu’il est plus souvent précaire et qu’il reste pour l’essentiel cantonné dans des professions qui prolongent dans le salariat les fonctions traditionnellement occupées par les femmes à la maison, professions plus mal rémunérées et offrant moins d’ouvertures de carrière et de promotions que celles à prédominance masculine.

Le sexisme ordinaire commence là et se prolonge dans l’infériorisation, l’humiliation, voire le ravalement des femmes à un rôle de strict objet sexuel : sous tous ces aspects, le sexisme a pour objet que rien ne change dans les rapports sociaux de sexe, pour que rien ne change dans la société elle-même.

Il revient aux organisations démocratiques (syndicales, associatives, politiques) de coaliser leurs efforts pour encourager les femmes à ne pas tolérer ces comportements, à les dénoncer, à user de leurs droits. Ces organisations ont aussi pour devoir de porter ces questions en termes d’enjeu de société et de transformation sociale et démocratique et de contribuer à ce que le combat soit mené, ensemble, par les femmes et les hommes attachés à une société du bien vivre, du respect mutuel et de la démocratie.

Il y a quelques années, la CGT a adopté une charte « égalité dans la CGT », qui prévoit expressément l’incompatibilité totale entre des propos ou comportements relevant de la violence sexiste et un mandat ou une fonction de responsabilité dans cette organisation. Savoir balayer devant sa porte, s’appliquer à soi-même ce qu’on exige des autres ne suffit sans doute pas pour éradiquer le sexisme, mais cela y participe. Reste à le mettre véritablement en œuvre, à le faire connaître du plus grand nombre, voire à ce que d’autres organisations s’en inspirent : le combat ne fait que commencer.

Maryse Dumas

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