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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Involution(s) : le climat politique nous ramène-t-il aux années 1930 ?

14 Mars 2011, 06:41am

Publié par PCF Villepinte

Jean-Emmanuel Ducoin

Ma photoDislocation.
Puisque l’heure de l’inquiétude est pour nous largement dépassée, ne cachons pas notre gravité devant le bruit assourdissant de ce carillon de l’histoire qui n’en finit plus de sonner sans réveiller les consciences. À ce titre, le surgissement prévisible de Marine – bien plus dangereuse que Le Pen – est-il un symptôme durable ou un avertissement conjoncturel? Tout a été dit (ou presque) sur les récents sondages frelatés qui nous réfrigèrent et n’ont pour fonction qu’un épiphénomène allusif. Dénonçons au passage la funeste complicité des journalistes (et des publications) dans ces opérations politico-médiacratiques, illustration supplémentaire de l’amoralité de l’appareil d’information dominant.
Dans la Confession d’un enfant du siècle, publiée en 1836 entre deux insurrections révolutionnaires (1830 et 1848), Alfred de Musset tentait de sonder les mystères de son époque en utilisant cette formule restée célèbre : «On ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris.» Comment mieux résumer ce à quoi nous semblons faire face, dans cette France d’ici-et-maintenant aux arriérations idéologiques si prononcées qu’elles menacent jusqu’aux équilibres républicains élémentaires. L’absence (collective) de courage du présent, en tant que signe clinique de la fuite créatrice du réel, nous instruit sur la décomposition avancée de l’esprit citoyen français et des structures humaines afférentes, essentiellement due à la dislocation sociale, à laquelle viennent s’ajouter par capillarité toutes les autres blessures profondes de notre temps : crise de représentativité, des institutions, de l’éducation, générationnelle et éthique, etc., tandis que la plupart des actions publiques, réduites parfois à des danses macabres, se trouvent dévalorisées et souvent inopérantes.
Propagande. Néanmoins, car il y a un «néanmoins», acceptons que l’affaire soit sérieuse. Partout en France, nous prenons la mesure d’une véritable libération de la parole xénophobe et nihiliste, manifestation compulsive de cette forme de désillusion sociale vis-à-vis du climat politique et de l’actualité. Exemple? Face à des événements historiques dont l’importance symbolique peut égaler la chute du mur de Berlin, l’effet des révolutions égyptienne et tunisienne alimente les discours nationalistes là où il devrait plutôt rendre crédible les surgissements populaires : «Toute chose qui est, si elle n’était, serait énormément improbable», disait Paul Valéry. L’atomisation sociale, la perte des repères et les situations d’inquiétude brisent les élans et renvoient les plus fragiles à leurs attaches identitaires mortifères… À ce propos. Que font et où sont les forces progressistes, seules capables d’apporter une clairvoyance analytique et rationnelle à la vague de fond démocratique? Ne doit-on pas s’étonner de l’absence de mobilisation internationaliste que la gauche instituée (sic) aurait dû apporter aux mouvements d’émancipation de la Méditerranée? Trop peu de meetings de soutien. Aucun défilé massif à Paris pour appuyer la cause des jeunesses révoltées. Pourquoi laisser le terrain libre aux propos de bistrot des commentateurs poujado-vichystes, comme Zemmour, condamné mais acclamé en réunion publique à l’UMP par tous les thuriféraires de Nicoléon et de hauts responsables de la nation qui, dorénavant, emploient les mêmes mots que ceux utilisés par les négationnistes contre la loi Gayssot? Pourquoi ne pas répliquer pied à pied à la propagande dévastatrice de l’UMP sur la phobie ultra-identitaire du raz-de-marée étranger – terreau de toutes les peurs sur lequel progresse le FN?
Lucidité. Par un mouvement d’involution stupéfiant, jamais, depuis la guerre, les Français n’avaient à ce point engendré une logique de bouc émissaire dont les relents fascisants, à l’évidence, nous ramènent aux années 1930… Entre les conséquences désastreuses des politiques de Nicoléon (nous savions qu’il conduirait le pays au chaos), sa visite au Puy-en-Velay, bastion historique du pétainisme catholique, entre le procès Chirac, l’affaire Karachi, les conflits d’intérêts (Woerth, MAM, etc.), entre les palinodies crapuleuses du personnel socialiste à Marseille (attention aux suites) et les liaisons visibles droite-extrême droite dans le Sud-Est, autant dire que l’ambiance est au caniveau et aux moisissures. Les doutes et les ruptures de l’électorat encore concerné peuvent-elles générer le pire ? En France, historiquement, les désarrois de masse se transforment toujours en conflit de classes. Après la séquence sociale de l’automne, pour l’heure avortée, les citoyens se laisseront-ils embarquer sans boussole, sur un esquif qui prend l’eau, vers un rivage dont l’existence même est douteuse ? 
La lucidité est un venin – ou un antidote.

[BLOC-NOTES publié dans l'Humanité du 11 mars 2011.]

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