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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Interview exclusive pour Cidéfil de Akira Kasai.

29 Juin 2011, 06:31am

Publié par PCF Villepinte

Cidefil 28 juin 2011

JPG - 26.4 koInterview exclusive pour Cidéfil de Akira Kasai, membre de la chambre des représentants (Japon), vice-président de la commission internationale du Parti communiste japonais

mardi 28 juin 2011



 

Suite au terrible tremblement terre qui a touché le Japon le 11 mars dernier, suivi d’un tsunami et d’une catastrophe nucléaire, l’ANECR a pris contact avec des élus progressistes japonais pour envisager une coopération et les aider à surmonter cette épreuve.

Trois mois après cette tragédie, un député communiste japonais fait le point pour nous sur la situation des zones les plus touchées, sur l’exceptionnelle campagne de solidarité conduite par les communistes japonais et sur le dossier du nucléaire :

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Lysiane Alezard

«  Lysiane Alezard : Trois mois après les tragédies du tremblement de terre et du tsunami, dans quel état se trouvent les zones les plus touchées ? De quoi manquent les habitants ? Combien de personnes sont concernées ?

Akira Kasai : L’énorme tremblement de terre (magnitude 9) et le tsunami qui s’en est suivi ont dévasté la zone de Tohoku (nord est du Japon) et ses côtes pacifiques. Depuis le 26 juin, 15 500 personnes sont mortes et 7 306 ont disparu, plus de 100 000 habitations et bâtiments ont été totalement détruits et plus de 460 000 partiellement. En outre, l’accident très sérieux, de niveau 7, de la centrale nucléaire de Fukushima Daishi de TEPCO (la compagnie d’électricité de Tokyo) est loin d’être réglé, ce qui a rendu de nombreuses régions proches radioactives.

Plus de 100 jours ont passé, mais 125 000 personnes continuent d’être évacuées. Ces gens ont perdu leur maison, leurs biens, leur lieu de travail et sont partis uniquement avec leurs vêtements sur le dos. Il leur manque encore de la nourriture et des biens de consommation courante. Le autorités locales fournissent des repas de base, mais ce sont surtout les bénévoles des autres régions du Japon qui fournissent des repas chauds et le nécessaire du quotidien.

Il est aussi urgent de fournir des logements. Il n’existe aucune intimité dans les centres d’urgence (comme les gymnases et autres), ce qui fait que les gens veulent sortir de ces habitations provisoires, mais il n’y a pas encore eu assez de constructions. Les victimes du désastre essayent de reprendre une vie normale soit en occupant des logements provisoires, soit en habitant dans leur logement. Mais beaucoup sont contraints d’opter pour des abris, car une fois sortis des centres d’urgence, il leur est difficile de trouver les informations, l’aide ou la nourriture nécessaires.

Tendre la main aux victimes reste très important en ce moment.

L.A. : Comme la solidarité nationale est-elle organisée : quels sont les rôles de l’Etat et des collectivités locales ?

A.K. : Peu de temps après la catastrophe, beaucoup de gens, y compris des personnalités de la télévision et du monde sportif ont exprimé leur solidarité aux victimes et aux régions touchées. Des soirées de solidarité, des actions diverses ont été engagées pour recueillir des dons.

Dans la sphère politique, les partis de la majorité et de l’opposition ont coopéré pour aider les victimes. Des représentants de chaque parti et du gouvernement se sont réunis quotidiennement pour débattre des mesures à prendre. Un collectif budgétaire a été créé pour prendre en charge le déblaiement des gravats et la construction de pré-fabriqués ; il a été soutenu par l’ensemble des partis.

Mais les partis diffèrent beaucoup sur les politiques à mener pour sortir de la catastrophe. Le parti communiste japonais (PCJ) considèrent comme essentiels les deux principes suivants.

Tout d’abord, c’est la reconstruction de la vie détruite des victimes qui doit être à la base de la reprise. Deuxièmement, les victimes doivent être des acteurs décisifs du processus de reconstruction et les autorités ne doivent pas leur imposer des plans de reconstruction. Ces projets doivent se faire sur la base d’un consensus des habitants et il doit être mené par les autorités locales (villages, villes, préfectures) et le gouvernement, et c’est essentiellement à l’Etat de prendre en charge les ressources nécessaires.

L.A. : Comment votre parti a-t-il choisi de réagir à cette situation tragique ?

A.K. : Le comité central du PCJ s’est réuni immédiatement le 11 mars et a créé une commission spéciale pour gérer la catastrophe du grand Est japonais ; il a décidé de tout faire pour coopérer au sauvetage et aux activités de secours des victimes du tremblement de terre et du tsunami. A la tête de cette commission, le président du PCJ, Shii Kazuo, a déclaré : « Tous les organes du parti, les membres des assemblées, des fédérations et les adhérents doivent être à la pointe des actions pour aider à secourir et à soulager les victimes de la catastrophe. »

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Manifestation à Tokyo le 26 avril 2011
"Non aux centrales nucleaires ! Remboursez-nous les pertes liées à la destruction des produits agricoles ! ".
Les agriculteurs des regions de Tohoku et de Kanto, touchés par l’accident de la centrale de Fukushima, devant le siège de TEPCO, à Tokyo.

Depuis le 19 juin, le PCJ et ses sympathisants ont recueilli près de 6 millions d’euros dans tout le pays et ont versé directement l’argent aux 82 gouvernements locaux, 22 coopératives agricoles et 46 coopératives piscicoles des préfectures de Iwate, Miyagi et Fukushima (les zones dévastées par le désastre).

Nous avons aussi fait en sorte que des bénévoles se rendent dans les régions frappées, depuis fin avril. 6 000 personnes ont pris part à des actions bénévoles organisées par le PCJ dans ces zones depuis plus de trois mois que s’est produite la catastrophe.

Shii Kazuo , le président du PCJ, Ichida Tadayoshi, le responsable du secrétariat et d’autres législateurs ont mené plusieurs enquêtes sur le terrain dans la région et formulé à partir de ces missions deux propositions d’aide à la reprise, qu’ils ont présentées devant le parlement japonais, en demandant aux autorités et aux organisations affiliées de soutenir ces propositions.

De concert avec les victimes, les membres de la Diète japonaise et les adhérents et représentants du PCJ dans les zones touchées n’ont cessé d’appeler le gouvernement et les municipalités à améliorer les conditions de vie dans les centres d’urgence pour empêcher les décès de victimes dans ces centres, du fait du manque d’hygiène.

Grâce aux efforts du PCJ, par exemple, les autorités des préfectures concernées ont décidé de fournir de meilleurs repas et un environnement plus confortable aux victimes réfugiées dans les centres d’urgence.

Un élu communiste de l’assemblée de la Préfecture de Miyagi, Endo Ikuko, a déclaré : « une alimentation adaptée et des installations sanitaires sont essentielles pour les réfugiés. Nous demandons aux autorités municipales qui gèrent ces centres de mettre en œuvre dans le détail la décision des responsables de la Préfecture d’améliorer les conditions d’accueil et nous appelons à augmenter encore le budget pour les centres d’urgence afin de répondre aux besoins des victimes. « 

De nombreux adhérents du PCJ dans les régions touchées sont eux-mêmes des victimes, mais en partageant la douleur des habitants, ils sont déterminés à repartir à zéro et à tout faire pour aider les gens à reprendre une vie normale. Les bâtiments du PCJ ont été détruits et à la fin mai, 43 adhérents du parti, dont un élu local et des responsables locaux, étaient morts, et 16 disparus.

Le comité du PCJ du district de Tobu est responsable de la coordination des actions du PCJ dans les villes de Ishinomaki, Kesennuma, Tome, Higashi Matsunima, Onagawa et Minamisanriku. Un mois après la catastrophe, le 9 avril, la commission de ce district a organisé une réunion pour la première fois depuis le tremblement de terre.

Une adhérente du comité qui a perdu son logement, sa mère, son frère cadet et sa femme dans le tsunami, a participé à la réunion. « Je tenais vraiment à vous revoir tous », a-t-elle dit en larmes. Un adhérent de la ville de Kesennuma a raconté que le bâtiment du comité de la ville avait été inondé jusqu’au toit par le tsunami mais ce comité a désormais repris ses activités grâce à l’aide de comités locaux du PCJ des environs. Takano Hiroshi, membre de l’assemblée locale du PCJ à Onagawa a raconté : « ma maison a aussi été emportée par le tsunami. Mais il est encore plus difficile pour moi d’accepter l’idée que j’ai perdu de nombreux êtres chers, des lecteurs d’Akahata de longue date (journal du PCJ) et mes partisans. » Il a expliqué qu’il écoutait ce que ses concitoyens exprimaient comme besoins , en montrant un guide réalisé par le PCJ concernant les programmes d’aide que les habitants peuvent solliciter.

Mizusawa Fujie, adhérente locale de Ishinomaki, a dit qu’elle prenait en charge deux réfugiés dans son logement et qu’elle apporte des produits de secours à d’autres victimes. Abe Ritsuko, adhérente à Onagawa, a expliqué qu’elle distribue une lettre d’informations de base pour les victimes.

De nombreux lecteurs de Akahata du district de Tobu sont morts et le réseau de distribution du journal reste en grande difficulté. D’après un adhérent, qui en a la responsabilité, « mais lorsque j’ai contacté les lecteurs du journal, ils ont immédiatement répondu qu’ils s’abonneraient de nouveau. Je souhaite rétablir le système de distribution au plus vite.

L.A. : En France, de nombreuses initiatives ont été prises pour recueillir des fonds. D’après vous, qu’est-ce qui est le plus utile tout de suite et à plus long terme ?

A.K. : Au Japon, nous sommes vraiment très touchés et reconnaissants de l’aide et de la solidarité de la population française et d’autres pays dans le monde. Vos dons de solidarité et toutes vos actions sont très appréciées bien sûr, mais ce sont vos messages de solidarité qui ont par-dessus tout donné beaucoup de courage aux personnes des zones touchées.

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De jeunes militants du PCJ
De jeunes militants du Parti communiste japonais s’attèlent à évacuer la boue des quartiers habités d’une des régions
frappées par la catastrophe (11 juin, préfecture de Miyagi)

L.A. : Comment abordez-vous la question de l’énergie nucléaire au Japon ?

A.K. : Il y a deux points.

1) Tout d’abord, il faut mettre un terme à la crise dans la centrale nucléaire de Fukushima et dédommager les victimes. Le PCJ n’a de cesse de demander que toute la sagesse et la compétence de la Commission sur la sûreté nucléaire, des constructeurs de centrales, des institutions de l’énergie atomique, des universités, des experts japonais et étrangers et des ingénieurs compétents consacrent leurs efforts à empêcher que la crise ne s’aggrave et qu’elle soit surmontée. Pour y parvenir, le gouvernement, TEPCO et les constructeurs de centrales nucléaires doivent fournir toutes les informations pertinentes qu’ils possèdent sur la situation actuelle.

Les gouvernements successifs, de même que l’industrie nucléaire, ont mis en avant « un mythe de la sécurité nucléaire », en répétant sans cesse que « les centrales nucléaires japonaises sont sûres » et ils ne se sont pas préparés à des accidents graves, malgré de nombreuses alertes. La gravité de ces conséquences est désormais patente.

Le Japon doit donc mettre en place un institut indépendant de régulation. Ce nouvel organisme devrait avoir un mandat fort et rester strictement indépendant de l’industrie nucléaire et des autres groupes d’intérêt, pour ne pas promouvoir, mais plutôt démanteler les centrales nucléaires au Japon.

Le PCJ demande au gouvernement de prendre toutes les mesures pour atténuer les épreuves subies par les populations du fait de cette crise permanente de la centrale nucléaire, de protéger la santé et la vie des citoyens, de fournir rapidement des données précises sur la pollution radioactive aux autorités locales et aux habitants. Le PCJ demande aussi à TEPCO et au gouvernement de prendre entièrement en charge les préjudices liés à l’accident.

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Miyo Soga
Miyo Soga, conseillère municipale de la ville de Shiogama (préfecture de Miyagi), écoute et prend soin d’une personne âgée dans un centre d’urgence. Sa tension est fortement montée (20 mars).

2) Deuxièmement, il faut retirer le soutien à l’énergie nucléaire et engager un véritable changement de politique pour aller vers les énergies renouvelables.

Plusieurs faits ont été clairement mis à jour par cet accident.

Les catastrophes liées aux accidents de centrales nucléaires sont d’une nature exceptionnelle par rapport à tout autre type d’accidents causés par l’homme. Une fois qu’un accident grave se produit dans une centrale nucléaire et que de la matière radioactive se propage dans l’environnement, aucun moyen technologique ne peut la contenir. Les dégâts se répandent géographiquement sans limite, avec des conséquences pour des générations entières. L’existence même de communautés locales est mise en danger.

Nous devons nous poser la question fondamentale de savoir si l’état actuel des technologies de production de l’énergie nucléaire lui permet d’exister dans la société, malgré ses terribles catastrophes pour l’humanité liées à la possibilité d’accidents. La production d’énergie nucléaire est pour le moment fondée sur une technologie imparfaite et sujette à des accidents.

Après une année de fonctionnement, un réacteur d’un million de kilowatts accumule autant de matières radioactives (« cendres de la mort ») que produirait un millier de bombes atomiques du type d’Hiroshima au moment de leur détonation. L’humanité ne possède toutefois pas la technologie permettant de maintenir en isolement sécurisé ces matières radioactives. Cette réalité a été douloureusement mise en évidence par les accidents de Three Mile Island en 1979, de Tchernobyl en 1986 et de Fukushima en 2011. La technologie actuelle manque aussi d’une méthode d’élimination sûre du combustible nucléaire usagé.

Nous devons donc nous demander si nous devons continuer à utiliser cette technologie intrinsèquement imparfaite.

Pour commencer, il est impensable de posséder un grand nombre de centrales aussi dangereuses au Japon, l’un des pays les plus touchés par les tremblements de terre et les plus enclins aux tsunamis. Cela saute aux yeux lorsque l’on voit les résultats de la catastrophe.

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Teruhiko Sato
Teruhiko Sato (à gauche), conseiller municipal de Yamada (préfecture de Iwate), écoute les griefs des pêcheurs (15 juin).

D’ailleurs, en parlant tout particulièrement de la centrale nucléaire de Fukushima lors d’un débat au Parlement japonais avant que l’accident ne survienne, un député communiste avait demandé que des mesures soient prises pour améliorer les conditions de sécurité dans la centrale, en soulignant que si un tremblement de terre et un tsunami frappaient la centrale en même temps, elle ne pourrait plus être alimentée en électricité, ce qui entraînerait une fusion du cœur. Cependant, le gouvernement a ignoré l’avertissement et n’a pris aucune mesure de précaution. Cette inaction a finalement préparé le terrain de l’accident nucléaire, créant ainsi de très nombreux problèmes de gestion de l’accident.

Le PCJ va alerter l’opinion publique pour établir un consensus national visant à rompre la production d’énergie nucléaire.

L.A. : Quel lien établissez-vous entre le défi de l’abolition des armes nucléaires et la question de l’énergie nucléaire ?

A.K. : Le Japon est le seul pays au monde où l’arme nucléaire a été utilisée et en tant que parti qui a toujours exigé l’abolition de l’arme nucléaire, le PCJ ne souhaite plus jamais revoir de catastrophe liée à la radioactivité. Nous sommes déterminés à tout faire pour parvenir à une société sans énergie nucléaire et à un monde sans armes nucléaires. »

 

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