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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Comment combattre
 le danger Le Pen ?

14 Mars 2011, 06:36am

Publié par PCF Villepinte

Politique - le 11 Mars 2011
 

Le Face-à-face de la semaine

Christophe Borgel, Secrétaire national du Parti socialiste aux élections.

Éric CoquereL, secrétaire national du Parti de gauche aux élections.

 

Les sondages montrant Marine Le Pen en progression reflètent-ils une réalité ? Éric Coquerel. Les sondages veulent manifestement donner un cadre dans lequel on espère nous installer à propos d’une élection qui n’aura lieu que dans quatorze mois, et dont la plupart des candidats sondés ne sont pas ceux qui sont ou seront désignés par leur parti. L’image que l’on veut nous imposer est celle du bipartisme, avec une troisième composante qui serait là à la fois pour effrayer et favoriser le bipartisme, dans un rôle de caution du système. C’est d’autant plus paradoxal à dix jours d’élections cantonales qui seront, elles, un sondage grandeur nature dont personne ne parle.

Christophe Borgel. Sauf à épouser la thèse que les instituts sont des menteurs ou des manipulateurs, ce que je ne crois pas, nous observons que tous les sondages depuis le début de l’année, et non seulement depuis la semaine dernière, recoupent ce que nous observons sur le terrain, à savoir une montée du Front national. Mais quand se combinent le sentiment de déclassement social et les interrogations sur le rôle de la France et la parole qu’elle porte dans le monde, et que, dans le même temps, le président de la République fait sauter les digues une à une sur les thèmes du rejet des immigrés, de la peur de l’autre, de l’étranger bouc émissaire, comment s’étonner que le FN retrouve de l’audience ? Cela étant, les sondages restent une photographie de l’opinion à un moment donné et ne constituent en rien la prédiction du résultat d’une élection.

 

Y a-t-il pour vous un risque 
de nouveau 21 avril 2002 
à la présidentielle de 2012 ?

Christophe Borgel. Sur le papier, ce risque existe, mais nous sommes à quatorze mois de l’élection. D’ici là, la question politique principale à résoudre ne tourne pas autour de la montée du FN, mais autour des politiques économiques et sociales et de la place du pays et de son message au monde. À travers un certain nombre de thématiques, de provocations aussi, le chef de l’État et une grande partie de l’UMP tentent d’entraîner le débat politique sur les terrains traditionnels du FN. Ils tablent, depuis l’opération menée sur l’identité nationale, sur la remontée du FN, soit pour reconstituer une réserve de voix au second tour dont ils ne bénéficient plus, soit pour jouer l’élimination de la gauche dans un nouveau 21 avril. Il n’y aurait rien de plus stupide à gauche que de s’enfermer uniquement dans un discours anti-FN qui deviendrait le centre de la vie politique. Il faut rester concentré sur l’essentiel, c’est-à-dire l’alternative à la politique de Nicolas Sarkozy.

Éric Coquerel. Tout ce qui ressort de ce que serait la progression du FN aujourd’hui est pour le moment une progression qui « cuit » la droite. On essaie de construire un cadre où le FN aurait changé et se serait doté d’un vrai discours social, qui rassemblerait des cohortes venues de la gauche. C’est un montage politique, et on regrette qu’à gauche des gens jouent ce jeu-là. Pour l’instant, ses voix viennent de droite parce que le gouvernement recycle des thèmes qui sont ceux du Front national et, du coup, permet qu’il y ait un transfert plus important. Pour éviter un nouveau 21 avril, il faut que la gauche fasse une bonne campagne, c’est ce à quoi s’emploie le Front de gauche. Le PS n’a qu’à faire en sorte d’aller chercher les voix populaires qu’il n’arrive plus à rassembler car il ne propose pas de politique de rupture nécessaire face à la situation de crise que l’on connaît aujourd’hui.

 

Ce risque justifie-t-il 
les appels à limiter le nombre 
de candidatures à gauche ?

Éric Coquerel. Ce n’est pas la diversité politique au premier tour qui explique le 21 avril. C’est d’abord le résultat d’une mauvaise campagne du candidat socialiste, qui a décidé à l’époque que ce ne serait pas celle des socialistes. Il est hors de question que, dans une période qui réclame des choix clairs et de vraies propositions alternatives politiques à gauche, nous devions nous ranger derrière une candidature du plus petit dénominateur commun parce que les sondeurs nous diraient, comme pour Ségolène Royal par le passé, qu’elle est la plus apte à battre droite et extrême droite. Ce serait la meilleure manière d’appauvrir la démocratie et de faire en sorte que la gauche perde une quatrième élection de suite.

Christophe Borgel. Chacun à gauche doit s’interroger de son côté, mais en ce qui concerne les socialistes, nous devons faire preuve de la plus grande responsabilité, donc faire en sorte que les étapes de la désignation de notre candidat ne soient pas autant de moments prétextes pour les socialistes à étaler des divisions. Il faut qu’ils montrent que ce qui les surdétermine, c’est l’objectif de bâtir une alternative avec le projet le plus solide et le plus juste pour y parvenir, et de désigner le candidat le mieux placé pour l’emporter. Ensuite, chacun sait que la gauche est constituée de plusieurs composantes qui sont légitimes à s’exprimer. Mais la pluralité ne doit pas conduire la gauche à jouer contre son camp.

 

Comment contrer la banalisation 
à l’œuvre du discours et de 
la personne de Marine Le Pen 
dans les médias et l’opinion ?

Christophe Borgel. Marine Le Pen a montré à travers ses propos sur l’immigration qu’elle est dans la lignée de son père et de l’histoire de l’extrême droite, où se combinent le rejet de l’autre, le repli national, et une espèce de discours populiste empruntant à une rhétorique prétendument sociale. On doit déconstruire ce discours et le dénoncer, mais c’est aussi dans l’affirmation d’une alternative que la gauche l’emportera. Après toute une année 2010 de défrichage, nous allons travailler à la rédaction et à l’adoption de notre projet après les cantonales. Ce travail sera achevé dans ses grands axes à la fin du mois de mai.

Éric Coquerel. La première façon de ne pas banaliser le FN est que la gauche apporte des réponses claires sur la répartition des richesses, l’écologie, la souveraineté populaire face aux décisions européennes comme le pacte de compétitivité… La seconde, c’est de refuser sans aucune réserve, de cautionner, comme le fait Libération jeudi, l’assimilation par le FN de plusieurs des grands thèmes de la gauche comme la laïcité, la défense des services publics. Alors qu’il ne fait que reprendre la fonction de l’extrême droite d’avant-guerre : servir de bouclier au capitalisme en recyclant la colère sociale dans un vote désignant les immigrés comme boucs émissaires. Au cours du mouvement social sur les retraites, Marine Le Pen non seulement n’était pas dans la rue, mais critiquait les syndicats.

 

(*) Ces deux entretiens ont été réalisés séparément, puis croisés par nos soins.

Entretiens (*) réalisés par Sébastien Crépel et Lionel Venturini

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