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Bienvenue sur le blog des communistes de Villepinte

Adrexo surfe sur la misère des petites retraites

3 Mars 2011, 12:05pm

Publié par PCF Villepinte

Social-Eco - le 1 Mars 2011

événement travail

 

 

Grand groupe de distribution postale de publicité non adressée, Adrexo fait travailler des salariés précaires, le plus souvent âgés, dans des hangars sans table, sans chaise et non chauffés. À Montpellier, le personnel se rebiffe. Montpellier,correspondance.

Une route sépare le golf de Baillargues de l’entrepôt d’Adrexo sur la commune de Mudaison, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Montpellier. Deux mondes. D’un côté un golf fréquenté par de nombreuses personnes fortunées et de l’autre côté de la route des salariés précaires, pour la plupart âgés, malmenés par des patrons sans scrupule. Contraste saisissant. Mais depuis plusieurs jours, avec leurs syndicats, les distributeurs de prospectus se rebiffent.

À Mudaison, 50 % du personnel a entre 50 et 80 ans, selon les responsables syndicaux. Beaucoup doivent ajouter un maigre revenu à leur pension trop basse. Jusqu’à présent ces salariés triaient dans un entrepôt sans chauffage, sans chaise et sans table, les palettes de bois faisant office de plan de travail. À la demande de l’inspection du travail, le tribunal de grande instance a exigé la mise en conformité des locaux. La direction a préféré alors bouter hors du hangar les salariés plutôt que de se conformer aux demandes du tribunal. Pourtant un courrier de l’inspection du travail adressé le 24 février à Adrexo rappelle le jugement du 17 février pour l’établissement de Mudaison : « Il a été ordonné d’assurer le chauffage des locaux, d’installer des postes de travail ergonomiques, de munir ces postes de sièges, d’équiper le personnel travaillant sur tout lieu d’utilisation d’engins de levage de chaussures de sécurité. Par ailleurs il a été constaté que le CHSCT n’a pas été consulté sur le changement d’organisation du travail. » Mais Adrexo s’entête. Aurore Verny, déléguée syndicale FO, le confirme : « À la réunion exceptionnelle qui s’est tenue vendredi après-midi, la direction a campé sur ses positions. Elle dit que chaque distributeur a trouvé une solution et que trier en dehors du dépôt est une décision prise volontairement et sans contrainte. » Sans contrainte, sauf que les salariés n’ont pas le choix, ils ont trop besoin de ce maigre revenu : « Ils exploitent la misère », ajoute la jeune déléguée.

 Exploitation des chômeurs et retraités

Les salariés sont priés désormais d’aller trier chez eux, certains le faisaient déjà mais tous n’ont pas cette possibilité, alors ils font comme ils peuvent, ils trient dans leur voiture ou sur le trottoir. Sur le site Internet d’Adrexo, on peut lire : « Pour Adrexo, la réussite d’un groupe passe par l’apport des compétences de tous les collaborateurs. Nous favorisons également l’intégration de personnes handicapées et de personnes retraitées… » Adrexo surfe sur la souffrance de milliers de femmes et d’hommes qu’elle emploie ; cette société fait de l’exploitation des chômeurs et retraités un label, l’intégration sociale version Adrexo.

Le vendredi est le jour où les distributeurs viennent s’approvisionner pour leurs tournées. Le ballet des véhicules s’étale de 9 heures à 12 heures sur le parking de l’entreprise. Jeunes étudiants, chômeurs, retraités viennent charger leur cargaison, plusieurs tonnes de publicités vont ainsi être réparties dans des milliers de boîtes à lettres, et c’est ainsi chaque semaine. Adrien Trivellato travaille toujours à 79 ans. « Ça complète ma retraite », souffle-t-il. Un autre témoigne : « Je gagne entre 300 et 500 euros mensuels, heureusement que j’ai mon épouse qui travaille, car moi je n’ai plus droit au chômage. » Âgé d’une soixantaine d’années, il ne souhaite pas donner son nom : « Je connais les loustics, ils exploitent les gens jusqu’à la moelle et après ils ne se gênent pas pour les virer ! »

Le projet de mécanisation du tri inquiète

Chaque jour les délégués de la CGT et de FO sont là, comme encore hier matin dans l’attente de la venue de l’inspecteur du travail. Sur le parking ils parlent avec les salariés et veulent « montrer à la direction qu’on ne lâche rien en attendant qu’elle se mette en conformité ». D’autres syndicalistes sont venus apporter leur soutien comme des délégués SUD PTT de Médiapost (groupe La Poste), société qui se partage le marché de la publicité non adressée avec Adrexo.

Ce qui inquiète aussi les syndicats, c’est le projet de mécanisation du tri qui serait dans les tiroirs. « Adrexo fait croire aux salariés que tout ce qui arrive est de la faute des syndicats, que s’ils n’avaient pas attaqué sur les conditions de travail la société n’aurait pas été amenée à modifier l’organisation du travail », explique Micheline Zanoni, déléguée CGT. Une stratégie classique de division qui se heurte aujourd’hui à la volonté de bon nombre de travailleurs d’Adrexo qui veulent stopper la précarité et revendiquent le respect de leur dignité.

Éloi Martinez

 

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